USA : Une étudiante juive lutte contre les disparités raciales dans le dépistage
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USA : Une étudiante juive lutte contre les disparités raciales dans le dépistage

Tal Lee s'est portée volontaire pour administrer jusqu'à 300 tests quotidiens dans le cadre d'une initiative visant à lutter contre le COVID-19 chez les Afro-Américains

Tal Lee, étudiante en médecine, à gauche, et l'infirmière Michele Morton travaillent avec le Black Doctors COVID-19 Consortium pour offrir des tests gratuits au coronavirus (Autorisation :  Lee/ via JTA)
Tal Lee, étudiante en médecine, à gauche, et l'infirmière Michele Morton travaillent avec le Black Doctors COVID-19 Consortium pour offrir des tests gratuits au coronavirus (Autorisation : Lee/ via JTA)

JTA — En début de journée, Tal Lee rejoint le parking, aux abords d’une église, où elle effectue des tests de dépistage au coronavirus – un parking sur lequel elle verra défiler des centaines de voitures.

Portant deux masques faciaux rehaussés d’une visière et une blouse de protection, Lee travaille aux côtés de médecins, d’infirmiers et d’étudiants en médecine, comme elle. Ils effectuent des tests de dépistage – recueillant jusqu’à 300 échantillons par jour – au coronavirus dans les quartiers majoritairement afro-américains de Philadelphie. Ils se sont rassemblés sous les auspices d’une initiative lancée par une chirurgienne locale pour combattre le taux élevé de décès des suites de la pandémie dans la communauté afro-américaine, une initiative appelée « Black Doctors COVID-19 Consortium ».

Prendre part à cette initiative a été un choix qui s’est imposé de lui-même pour Lee, qui est étudiante en quatrième année au sein du Philadelphia College of Osteopathic Medicine et qui prévoit de travailler comme gynécologue-obstétricienne dans des établissements accueillant des populations défavorisées.

Avant d’intégrer la faculté de médecine, elle a passé un an à travailler dans une camionnette médicale par le biais d’Avodah, un groupe juif de défense de la justice sociale à New York, qui fournit des soins de santé – et notamment des traitements préventifs et des tests de dépistage au VIH – aux sans-abris et aux immigrants sans papiers qui vivent dans la rue.

Lee, 28 ans, explique que les valeurs du judaïsme lui ont donné l’envie de passer à l’action quand ses stages ont été annulés pour cause de pandémie.

« C’est l’une des principales raisons pour lesquelles je fais ça », dit-elle. « Je pense que vivre nos valeurs et nos croyances, c’est très important. C’est une chose d’en parler, d’en tirer les leçons, mais c’est une autre chose de traduire en actions ce en quoi nous croyons. »

Photo d’illustration : Un personnel soignant emmène des échantillons prélevés pour un test de coronavirus dans une structure de dépistage du type drive-in à Melbourne, en Floride, le 8 avril 2020. (Crédit : Paul Hennessy/ Echoes Wire/ Barcroft Media via Getty Images/ via JTA)

Les communautés juives ont été parmi les premières frappées par la pandémie aux Etats-Unis. Mais, cette dernière empirant, il est clairement apparu que les Afro-Américains étaient, de loin, les plus représentés parmi les cas de maladie et de décès dans tout le pays. À Philadelphie, les Afro-Américains représentent 54 % des décès, même s’ils ne forment que 40 % de la population.

De nombreux facteurs contribuent à ces disparités mais l’accès inégalitaire aux tests de dépistage joue probablement un rôle. Ala Stanford, une femme médecin, a donc décidé de prendre les choses en main et a collecté plus de 150 000 dollars sur Internet pour couvrir les coûts du dépistage, des équipements de protection et des prospectus de sensibilisation fournis par le consortium. Un grand nombre de personnes venant se faire tester gratuitement n’ont pas d’assurance-santé ou d’accès possible à un fournisseur de soins.

Stanford indique qu’elle a eu l’idée de fonder le consortium après avoir entendu des responsables de la santé évoquer les taux élevés de décès parmi les Américains de couleur, sans pour autant entreprendre quoi que ce soit.

« J’en ai eu assez de ne rien faire », a-t-elle expliqué au Philadelphia Inquirer, « et j’ai donc appelé les autorités locales, j’ai appelé l’État et je leur ai dit : ‘Alors, que fait-on dans nos communautés les plus durement touchées ? Je veux pouvoir aider.’ C’est resté lettre morte parce que rien ne s’est passé ».

Lee aide les patients à remplir les papiers administratifs, elle parle avec eux de leurs symptômes et aide à préparer les écouvillons avant qu’un médecin ou un infirmier ne fasse le test.

L’équipe travaille huit heures par jour – qu’il pleuve ou qu’il vente – en portant de multiples couches de vêtements de protection. Lee s’était inquiétée, de prime abord, d’attraper le virus auprès des malades.

Photo d’illustration : Des personnels soignants attendent des malades sur le site de dépistage du coronavirus de la Brightpoint Health et de l’UJA-Federation of New York à Brooklyn, à New York, le 8 mai 2020. (Crédit : Angela Weiss / AFP)

« La personne en face de moi peut avoir le coronavirus », se souvient-elle avoir pensé. « C’est angoissant – je ne vais pas dire que cela ne l’est pas. »

Mais le soulagement éprouvé par les patients à l’idée de pouvoir être dépistés compense l’inquiétude. Elle a récemment aidé à faire tester une mère et ses quatre enfants, dont plusieurs se trouvaient déjà dans un état de santé qui les rendait plus vulnérables face au COVID-19 et à d’éventuelles complications des suites de la maladie.

« Mais de simplement voir le bonheur de cette mère lorsqu’elle a appris les résultats de ces enfants, c’est très agréable de pouvoir offrir cela à quelqu’un », s’exclame-t-elle.

En plus de son bénévolat au service de l’initiative, une ou deux fois par semaine, Lee participe également à un effort multiconfessionnel visant à livrer des produits alimentaires aux personnes dans le besoin.

« C’est pour moi », se rappelle-t-elle avoir pensé quand elle a entendu parler de l’initiative Black Doctors COVID-19 Consortium. « C’est exactement ce que je veux faire et voilà que ça se présente comme ça à moi. »

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