USA : une théorie du complot sur le rôle de Soros dans les troubles grandit
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USA : une théorie du complot sur le rôle de Soros dans les troubles grandit

L'ADL fait état d'une hausse massive des tweets anti-Soros, alors que des commentateurs de droite prétendent à tort que le milliardaire paie les manifestants dans tout le pays

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

George Soros, fondateur et président de Open Society Foundations, avant la cérémonie de remise du prix Joseph A. Schumpeter à Vienne, en Autriche, le 21 juin 2019. (AP Photo/Ronald Zak)
George Soros, fondateur et président de Open Society Foundations, avant la cérémonie de remise du prix Joseph A. Schumpeter à Vienne, en Autriche, le 21 juin 2019. (AP Photo/Ronald Zak)

WASHINGTON – Alors que les protestations de masse font rage à travers les États-Unis au sujet du meurtre par la police de George Floyd, un homme noir non armé, les théoriciens du complot venant de la droite se sont tournés vers un croque-mitaine prévisible : George Soros.

Selon l’Anti-Defamation League (ADL), une nouvelle vague de fausses accusations sur le milliardaire de gauche a fait surface depuis que les manifestations ont commencé à s’opposer au racisme systémique après la mort de George Floyd.

Dans les villes américaines de la semaine dernière, les manifestations pacifiques ont dégénéré en violence et en désordre, les affrontements entre la police et le public s’intensifiant lundi après que le président américain Donald Trump a menacé de lâcher l’armée sur les citoyens américains, et que les policiers ont tiré des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc sur les manifestants à Washington et ailleurs.

« Nous avons certainement constaté une augmentation très spectaculaire du nombre de théories du complot anti-Soros », affirme Aryeh Tuchman, directeur associé du Centre sur l’extrémisme de l’ADL. « C’est très fréquent que des commentateurs et des dirigeants de droite dans les médias attribuent les actions sur le terrain à Soros, qui, selon eux, paie des manifestants pour se montrer et faire avancer son prétendu programme anti-américain ».

Cette affirmation sans fondement a circulé sur les réseaux sociaux et d’autres plateformes fréquentées par les trolls d’extrême droite. Par exemple, l’organisation a effectué une analyse de Twitter et constaté que le nombre de tweets dénonçant George Soros avait augmenté en flèche depuis le début des manifestations.

« Ils sont passés d’environ 20 000 par jour à plus de 500 000 par jour », a-t-il déclaré.

L’idée a été avancée par des utilisateurs ayant un vaste nombre d’abonnés, comme l’acteur et provocateur de droite James Woods, un ardent défenseur de Trump.

« Soyons clairs », a-t-il tweeté lundi. « Notre problème aujourd’hui n’est pas le noir contre le blanc. Notre problème aujourd’hui est George Soros contre l’Amérique. » Woods compte 2,4 millions d’abonnés sur Twitter.

Néanmoins, ces théories conspirationnistes ne sont pas l’apanage du web. Aryeh Tuchman indique que l’ADL a repéré des pancartes anti-Soros lors des manifestations contre le confinement la semaine dernière.

Un invité de la chaîne conservatrice Fox News a appelé à chasser l’homme d’affaires du pays.

« Suivez l’argent et je soupçonne que vous allez trouver la Fondation Open Society et les empreintes digitales de George Soros », a déclaré le militant républicain Niger Innis lundi, en référence à la fondation de celui-ci qui octroie des subventions. « Cet homme aurait dû être expulsé il y a plusieurs décennies. Il est la destruction de notre civilisation et un danger clair et présent pour notre pays ».

Dans une interview au Times of Israel, Aryeh Tuchman a indiqué qu’il existe toute une série de théories de ce type sur George Soros, mais que toutes lui imputent essentiellement la responsabilité des troubles généralisés aux États-Unis.

« Certaines d’entre elles sont relativement simples : ce sont les gens qui prétendent sans preuve que Soros paie les manifestants, les fait venir en bus, des choses comme ça », a-t-il expliqué.

« Ensuite, il y a des théories conspirationnistes plus radicales qui disent non seulement qu’il fait venir les manifestants et les paie, mais aussi que cela faisait partie de son programme pour provoquer la chute des États-Unis ou mettre en œuvre un programme mondialiste, ou encore pour confisquer les armes à feu ».

Des manifestants protestent contre la mort de George Floyd, dimanche 31 mai 2020, près de la Maison Blanche à Washington. Floyd est mort lors de son interpellation à Minneapolis. (AP Photo/Alex Brandon)

George Soros, qui est juif, a souvent été la cible de théories conspirationnistes, dont beaucoup sont de nature antisémite. Les dirigeants juifs américains et les chiens de garde de l’antisémitisme l’ont décrit comme un Rothschild des temps modernes, qui sert de matière aux racistes et antisémites pour faire des allégations sans fondement sur les prétendus riches Juifs cherchant à dominer le monde.

Cela dit, Aryeh Tuchman soutient que les récentes théories du complot anti-Soros liées aux manifestations pour George Floyd ne se concentraient pas sur l’identité juive du magnat des affaires.

« Le nombre de ces théories conspirationnistes qui invoquent explicitement l’antisémitisme est très, très faible », commente M. Tuchman. « Il n’y a pas cette augmentation massive des théories du complot antisémites de George Soros. La grande majorité se concentre sur Soros en tant qu’acteur politique ou social et ne se concentre pas sur son héritage juif ».

Pourtant, a-t-il ajouté, ces idées peuvent souvent conduire à des formes plus manifestes d’antisémitisme.

« Une fois qu’une personne croit à une théorie du complot non antisémite, elle est plus susceptible d’accepter une version antisémite d’une théorie conspirationniste », a-t-il expliqué. « Et nous savons qu’il existe une sous-culture antisémite florissante, qui utilise George Soros comme raccourci pour désigner les efforts des juifs mondialistes pour dominer le monde et saper la nation ».

Une caricature antisémite du dessinateur Ben Garrison dépeint des officiels du gouvernement en marionnettes de George Soros et des Rothschild. (Ben Garrison)

Né à Budapest en 1930, George Soros avait 13 ans lorsque les nazis ont envahi la Hongrie. Il a réussi à survivre à la Shoah, et sa famille a acheté des documents qui disaient qu’ils étaient chrétiens. En 1947, il immigre en Angleterre pour étudier à la London School of Economics.

De là, il a commencé son travail dans la finance par l’intermédiaire d’une banque londonienne, Singer and Friedlander, où il était courtier. Des années plus tard, il fonde Soros Fund Management.

Grâce à sa fortune, George Soros est devenu un donateur fréquent pour les causes progressistes et démocratiques ; sa richesse est estimée à environ 8 milliards de dollars, ce qui fait de lui l’une des personnes les plus riches du monde.

Mais depuis son entrée en politique, on lui a aussi régulièrement imputé la responsabilité de choses qu’il n’a tout simplement pas faites. En 2011, il a été faussement accusé d’avoir financé le mouvement Occupy Wall Street.

Ces dernières années, Trump a plus d’une fois accusé sans fondement Soros d’avoir fomenté des agitations aux États-Unis.

En octobre 2018, il a affirmé sans preuve que l’homme d’affaires payait des manifestants pour qu’ils protestent contre la nomination à la Cour suprême de Brett Kavanaugh, qui était soupçonné d’agression sexuelle, et a répandu un mensonge selon lequel le milliardaire était derrière les prétendues caravanes de migrants essayant d’infiltrer le pays.

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