Vingt ans après le 11 septembre, l’Arabie saoudite cherche à polir son image
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Vingt ans après le 11 septembre, l’Arabie saoudite cherche à polir son image

Les réformes, sous l'impulsion de MBS, ont mis à mal "les structures et les réseaux de l'islam radical dans le pays" dont 15 ressortissants étaient impliqués dans les attentats

Des tours de Ryad, la capitale de l'Arabie saoudite et le principal pôle financier du pays, le 16 décembre 2016. (Crédit : FAYEZ NURELDINE / AFP)
Des tours de Ryad, la capitale de l'Arabie saoudite et le principal pôle financier du pays, le 16 décembre 2016. (Crédit : FAYEZ NURELDINE / AFP)

Vingt ans après les attentats du 11-Septembre menés majoritairement par des Saoudiens, le royaume ultraconservateur d’Arabie saoudite s’efforce de projeter l’image d’un pays ouvert et tolérant avec une série de réformes économiques et sociales.

Les attentats revendiqués par le réseau jihadiste Al-Qaïda ont fait près de 3 000 morts. Tombée un temps en disgrâce, l’Arabie saoudite a réussi ensuite à se rapprocher à nouveau de l’allié américain.

Le riche pays du Golfe, premier exportateur de pétrole brut au monde et partenaire de longue date des Américains, a nié toute implication dans les attaques, dont pas moins de 15 des 19 auteurs étaient des ressortissants saoudiens.

Mais ce n’est que ces dernières années, sous l’impulsion du prince héritier Mohammed ben Salmane, que le royaume a lancé une série de réformes pour sortir de la dépendance au pétrole et corriger l’image d’un pays longtemps accusé d’exporter une doctrine sunnite wahhabite rigoriste.

Les femmes ont été autorisées à conduire, les cinémas ont rouvert et la mixité a été permise lors de concerts pop.

Une Saoudienne fume du tabac dans un café à Jiddah, en Arabie Saoudite, le 11 novembre 2010. (Crédit : AP Photo/Hassan Ammar, Dossier)

Ces réformes constituent « l’une des conséquences sur le long terme » du 11 septembre, estime Yasmine Farouk, chercheuse au centre de réflexion Carnegie Endowment for International Peace.

Selon des familles de victimes du 11 septembre, des documents secrets pourraient contenir des preuves que le gouvernement saoudien avait des liens avec les auteurs de l’attentat. Le président américain Joe Biden a annoncé leur déclassification prochaine.

Mercredi, l’ambassade d’Arabie saoudite à Washington a salué l’annonce de M. Biden, en « réitérant le soutien de longue date (de Ryad) à la déclassification totale » de tout document « dans l’espoir de mettre fin une bonne fois pour toutes aux accusations sans fondement contre le royaume ».

« Absence de dialogue »

Pour Yasmine Farouk, le monde a affaire à « une nouvelle Arabie saoudite ». Avec l’ascension du prince héritier, des changements presque inimaginables par le passé pour ce pays ultraconservateur se sont succédés.

Le gouvernement a mis à l’écart la police des mœurs qui chassait les clients des centres commerciaux aux heures de prière ou empêchait les personnes de sexe opposé de se retrouver au même endroit.

Les magasins et restaurants peuvent aujourd’hui rester ouverts pendant les cinq prières quotidiennes, alors qu’ils devaient fermer jusqu’à encore récemment.

Le pays, terre des lieux les plus saints de l’islam, cherche aussi à attirer les touristes grâce à des paysages pittoresques encore peu exploités.

Des femmes devant un panneau « I LOVE RIYADH » dans un centre commercial de Riyad, la capitale de l’Arabie saoudite, le 31 octobre 2020. (Crédit : FAYEZ NURELDINE / AFP)

Le royaume est désormais « un endroit profondément différent et bien meilleur », estime Ali Shihabi, conseiller du gouvernement saoudien.

Selon lui, ces réformes ont mis à mal « les structures et les réseaux de l’islam radical dans le pays. Le réservoir de jeunes Saoudiens endoctrinés par l’islam réactionnaire s’assèche rapidement ».

Mais, pour Yasmine Farouk, les réformes ne sont « pas suffisantes » pour éradiquer l’extrémisme, en l’absence de « dialogue avec la société qui permettrait de confronter les arguments des extrémistes ».

« Un dialogue est très important pour atteindre les objectifs au lieu de simplement imposer des changements aux gens. »

« Tâche colossale »

En tout état de cause, l’introduction de réformes sociales n’a pas marqué l’arrêt de la répression contre toute opposition ou militantisme de la société civile, avec un régime politique particulièrement hostile aux débats publics.

Si les réformes ont été saluées par les ONG internationales, ces dernières dénoncent toujours la répression brutale des voix dissidentes comme l’emprisonnement de militantes des droits des femmes ou encore l’assassinat du journaliste critique Jamal Khashoggi, tué au consulat saoudien à Istanbul.

Et même si le royaume a pris pour cibles les prédicateurs islamistes fondamentalistes, le radicalisme dans la société n’est pas éradiqué.

Pour Kristin Diwan, chercheuse au centre Arab Gulf States Institute à Washington, les réformes doivent avant tout cibler le système éducatif, longtemps associé au wahhabisme.

« Réformer tout un système éducatif -les programmes, les instituteurs, les institutions- est une tâche colossale qui s’apparente à recréer la société elle-même », observe-t-elle.

Dans cette photo du 24 octobre 2018 publiée par la Saudi Press Agency, SPA, le Prince héritier Mohammed ben Salmane intervient lors de la conférence Future Investment Initiative à Riyadh, en Arabie Saoudite. (Saudi Press Agency via AP, File)

Les autorités passent actuellement en revue les manuels scolaires qui dénigrent les non-musulmans et le ministère de l’Education a annoncé qu’il travaillait sur un nouveau programme promouvant « les valeurs de la liberté de pensée et de la tolérance ».

En 2018, le prince Mohammed a déclaré qu’il souhaitait supprimer tous les éléments « extrémistes » du système éducatif.

« Il ne fait aucun doute que l’intention est là, mais la mise en œuvre prendra du temps », constate Kristin Diwan.

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