Visant la Turquie, des députés proposent de reconnaître le génocide arménien
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Visant la Turquie, des députés proposent de reconnaître le génocide arménien

Deux législateurs ont soumis des projets de loi appelant Israël à reconnaître les massacres commis par les forces ottomanes et à organiser des commémorations annuelles

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

La communauté arménienne de Jérusalem manifeste devant la Knesset suite au récent accord diplomatique entre le gouvernement israélien et la Turquie, pour demander que l'Etat d'Israël reconnaisse le génocide arménien, le 5 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
La communauté arménienne de Jérusalem manifeste devant la Knesset suite au récent accord diplomatique entre le gouvernement israélien et la Turquie, pour demander que l'Etat d'Israël reconnaisse le génocide arménien, le 5 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Deux députés israéliens ont indiqué mercredi qu’ils proposeraient des projets de loi pour officiellement reconnaître le génocide arménien alors que les relations entre Israël et la Turquie sont en chute libre dans un contexte de crise diplomatique en raison des affrontements meurtriers qui ont eu lieu à la frontière avec Gaza.

Amir Ohana, député du Likud, a indiqué qu’il remplirait les premiers papiers nécessaires à l’élaboration d’un projet de loi appelant Israël à officiellement reconnaître comme un génocide le massacre d’environ 1,5 million d’Arméniens par les forces ottomanes pendant la Première guerre mondiale. Itzik Shmuli, législateur issu de l’Union sioniste de l’opposition, a expliqué pour sa part qu’il déposerait un projet de législation recommandant au pays de commémorer officiellement ce génocide chaque année.

Le ministre des Renseignements Israel Katz a fait savoir qu’il appuierait pour sa part une reconnaissance du génocide, tout comme le ministre de l’Education Naftali Bennett et la députée de l’Union sioniste Tzipi Livni mardi.

Israël — ainsi que d’autres pays, notamment les Etats-Unis et l’Allemagne – se sont abstenus jusqu’à présent de reconnaître le génocide arménien, redoutant la colère de la Turquie.

Jérusalem et Ankara ont expulsé mardi leurs ambassadeurs et consuls respectifs alors que le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président turc Recep Tayyip Erdogan ont eu des échanges cinglants lors d’une querelle publique attisée par les violences à Gaza, la veille.

Le député Itzik Shmuli (Union sioniste) prend la parole lors d’une réunion du Comité du travail, de la protection sociale et de la santé à la Knesset, le 7 mars 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

La proposition de loi de Shmuli demande à la Knesset de reconnaître officiellement le génocide et de le commémorer annuellement lors d’une date précise. Le législateur veut également qu’Israël reconnaisse le massacre, moins reconnu à l’international, d’environ 300 000 Assyriens, également entre les mains du régime ottoman, prédécesseur de la Turquie moderne.

« Au-delà du fait que de nombreux pays reconnaissent d’ores et déjà le meurtre du peuple arménien, il y a également le fait qu’il n’y a plus de raison de faire preuve d’une sensibilité particulière dans notre relation avec les Turcs au vu des propos d’incitation contre Israël tenus par le président turc Recep Tayyip Erdogan, » aurait dit Shmuli selon la chaîne publique Kan.

Katz, haut-ministre et membre du parti du Likud au pouvoir, a déclaré à Kan que rien n’empêchait la reconnaissance du génocide et a également attiré l’attention sur l’opération menée par les militaires turcs sur le territoire syrien contre les communautés kurdes.

« Il n’y a aucune raison morale de ne pas reconnaître l’Holocauste arménien », a-t-il dit. « Erdogan est en train de mener un transfert des Kurdes et il est approprié de lui répondre. S’il rappelle ses ambassadeurs alors nous le faisons aussi ».

Le député Likud Amir Ohana à la Knesset le 28 décembre 2015 (Photo: Porte-parole de la Knesset)

Livni a fait part de son soutien, disant à Kan que « la reconnaissance du génocide arménien est une affaire morale. Erdogan est un extrémiste et un partenaire du Hamas ».

Ohana a expliqué que son projet de loi demanderait la mise en place d’une commémoration annuelle du génocide arménien.

« Il est temps de reconnaître l’injustice terrible qu’ont subi les Arméniens », a-t-il écrit sur sa page Facebook. « Est-il possible que l’Etat-nation juif, après tout ce que nous avons traversé, ne le reconnaisse pas ? », s’est-il interrogé.

Le ministère de la Santé de Gaza, avec à sa tête le Hamas, a indiqué que 60 Palestiniens avaient été tués et plus de 2 700 blessés lors des affrontements de lundi.

L’armée israélienne a déclaré pour sa part mardi qu’au moins 24 personnes mortellement touchées appartenaient aux mouvements terroristes du Hamas et du Jihad islamique. Israël clame que le groupe terroriste du Hamas encourage les violences, les utilisant comme couverture pour des attentats.

Les manifestations ont semblé faiblir mardi, avec seulement environ 4 000 Gazaouis qui auraient rejoint les affrontements sur la frontière, selon les militaires israéliens, un chiffre à comparer avec les 40 000 Palestiniens qui ont pris part aux émeutes violentes le long de la clôture de sécurité dans la journée de lundi.

Des émeutiers palestiniens pendant les affrontements avec les soldats israéliens à proximité de la frontière entre Gaza et Israël à Rafah, à Gaza, le 14 lmai 2018 (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Ankara a réagi avec fureur à ces affrontements qui ont eu lieu le même jour que le déplacement officiel de l’ambassade des Etats-Unis de Tel Aviv à Jérusalem, au mépris des critiques internationales.

Cette flambée entre Netanyahu et Erdogan est la dernières d’une série d’altercations qui viennent menacer des relations d’ores et déjà agitées entre les deux pays, des relations qui n’ont été rétablies que récemment après une rupture de plusieurs années.

En 2016, Israël et la Turquie ont formellement mis un terme à une querelle de cinq ans suite à l’assaut d’un navire à destination de Gaza par des commandos israéliens, une opération pendant laquelle dix Turcs avaient été tués.

Le 20 janvier, Ankara a lancé une offensive aérienne et terrestre dans l’enclave d’Afrin, en Syrie, pour déraciner les Unités kurdes de protection du peuple (YPG) dans le secteur, que la Turquie considère comme un groupe terroriste mais qui, selon les Etats-Unis, sont des acteurs essentiels du combat contre les jihadistes de l’Etat islamique.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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