Washington condamne Abbas pour son opposition à l’accord de cessez-le-feu à Gaza
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Washington condamne Abbas pour son opposition à l’accord de cessez-le-feu à Gaza

Jason Greenblatt a déclaré à l’Autorité palestinienne qu’ils "devaient faire partie de la solution" et que le temps était venu de faire des "choix difficiles"

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, (à droite), avec Jason Greenblatt, conseiller et envoyé spécial du président américain pour les négociations internationales, au bureau d'Abbas à Ramallah, en Cisjordanie, le 14 mars 2017. (Crédit : WAFA)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, (à droite), avec Jason Greenblatt, conseiller et envoyé spécial du président américain pour les négociations internationales, au bureau d'Abbas à Ramallah, en Cisjordanie, le 14 mars 2017. (Crédit : WAFA)

WASHINGTON – Les États-Unis ont critiqué mercredi l’Autorité palestinienne pour avoir cherché à saper les négociations de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas à Gaza, affirmant que l’Autorité palestinienne devait faire des « choix difficiles ».

La déclaration de l’envoyé américain au Moyen-Orient, Jason Greenblatt, survient alors que le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, aurait déclaré qu’un cessez-le-feu négocié par l’Egypte à Gaza ne se produirait qu’en « passant sur son cadavre ».

« L’Administration Trump soutient fermement les efforts du président Al Sissi et du gouvernement égyptien visant à faciliter un accord afin de rétablir le calme à Gaza et de créer les conditions permettant à l’Autorité palestinienne d’assumer pleinement ses responsabilités à Gaza », a déclaré Greenblatt.

« L’Autorité palestinienne ne peut pas critiquer depuis la marge. L’Autorité palestinienne devrait faire partie de la solution pour les Palestiniens de Gaza et les Palestiniens dans leur ensemble », a-t-il déclaré. « Sinon, d’autres vont combler ce vide. »

« Le leadership consiste à faire des choix difficiles », a déclaré Greenblatt sans nommer directement Abbas.

« Les habitants de Gaza et les Israéliens dans les environs de Gaza souffrent depuis trop longtemps », a déclaré Greenblatt. « Il est temps que l’Autorité palestinienne mène le peuple palestinien – et tous les Palestiniens – vers un avenir meilleur. »

Les propos de Greenblatt ont peu de chances de faire basculer l’avis d’Abbas. L’Autorité palestinienne a accusé à plusieurs reprises Greenblatt et le reste de l’équipe de Trump au Moyen-Orient d’être partiaux et d’avoir adopté la position israélienne.

Des enfants palestiniens chez eux en train de lire des livres à la lumière des bougies en raison d’une pénurie d’électricité dans la ville de Gaza, le 13 juin 2017. (AFP / THOMAS COEX)

Les négociations indirectes entre le Hamas et Israël auraient fait état d’un assouplissement du blocus de dix ans sur Gaza – sans pour autant que le blocus soit totalement levé. Israël affirme que le blocus vise à empêcher les Palestiniens de Gaza de se procurer des armes et d’autres équipements militaires.

Ces derniers mois, Israël et le Hamas se sont livrés à de nombreuses violences et à des manifestations hebdomadaires à la frontière de Gaza. Des émeutes ont éclaté et des attaques contre les troupes israéliennes ainsi que des tentatives d’infiltration et de sabotage de la clôture ont été menées. Au plus fort des violences, le Hamas a tiré des dizaines de roquettes sur Israël et ce dernier a touché des cibles du Hamas dans la bande de Gaza.

Le sud d’Israël a également été confronté à des centaines d’incendies à la suite du lancement de cerfs-volants et de ballons incendiaires survolant la frontière depuis Gaza. Selon des responsables israéliens, des millions de shekels de dégâts ont été causés.

Environ 170 Palestiniens ont été tués par les tirs israéliens depuis le début de ces manifestations hebdomadaires, selon un ministère du Hamas. Le Hamas a reconnu que des dizaines de personnes avaient été tuées. Un soldat israélien a été abattu par un tireur d’élite palestinien.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas préside une rencontre du comité exécutif de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) au siège de l’Autorité palestinienne dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 28 juillet 2018. (Crédit : ABBAS MOMANI/AFP)

Selon Abbas, « si l’accord de paix [entre Israël et le Hamas] est signé sans la permission de l’Autorité palestinienne, il serait illégal et constituerait une trahison », aurait-il déclaré lors de conversations privées, d’après Hissein al-Sheikh, un membre éminent du Fatah.

Les sanctions de M. Abbas visant à faire pression sur le Hamas afin qu’il abandonne le contrôle de la bande de Gaza – y compris l’arrêt des versements de salaires aux ouvriers de Gaza et la fin du financement de l’électricité –, ont contribué à exacerber la situation humanitaire dans l’enclave.

En ce qui concerne les pourparlers de réconciliation entre Palestiniens, qui en sont actuellement au point mort, le membre du Fatah a déclaré que les désaccords entre les factions s’exacerbaient et qu’un tel accord « n’a jamais semblé aussi éloigné ».

Abbas serait également furieux contre l’Egypte, qui a participé aux négociations de trêve entre Israël et le Hamas et qui a accepté d’échanger avec des membres du groupe terroriste qui gouverne la bande de Gaza sans sa présence.

« Les Egyptiens ne lisent pas correctement la carte et portent atteinte aux intérêts nationaux palestiniens », a déclaré al-Sheikh. « Les pourparlers avec le Hamas, qui a pris le contrôle de Gaza par la force et sans le consentement de l’Autorité palestinienne, sont inacceptables et constituent un acte de défiance à l’encontre des dirigeants palestiniens. »

Le parti du Fatah d’Abbas et le Hamas sont profondément divisés depuis plus de dix ans. Le Hamas, groupe terroriste islamiste qui cherche ouvertement à détruire Israël, a pris le contrôle de Gaza de l’Autorité palestinienne, contrôlée par le Fatah, en 2007. Depuis, plusieurs tentatives de réconciliation ont échoué.

Mercredi matin, le dirigeant du Hamas, Yahya Sinwar, a déclaré qu’il n’y avait pas encore d’accord de cessez-le-feu concret avec Israël et averti que si les hostilités reprenaient, le groupe terroriste pourrait lancer des centaines de roquettes vers l’État juif.

Le leader du Hamas Ismail Haniyeh (G) et le leader du Hamas dans la bande de Gaza Yahya Sinwar lors d’un rassemblement marquant le 30e anniversaire de la fondation de l’organisation terroriste islamiste, dans la ville de Gaza, le 14 décembre 2017. (Mohammed Abed/AFP)

« Ce que la résistance a lancé durant 51 jours au cours de la dernière guerre pourrait être lancé en cinq minutes lors de toute agression [future] », a-t-il averti, faisant référence au conflit de 2014.

Selon le site d’information Walla, il aurait affirmé que « le Hamas pourrait déclencher des sirènes d’avertissement de roquettes dans la région de Tel-Aviv pendant six mois consécutifs ».

« Jusqu’à présent, il n’y a pas de texte final concernant un cessez-le-feu. Ce qu’on fait circuler, ce sont des propositions et des idées », a ajouté M. Sinwar à des journalistes et analystes palestiniens à Gaza, selon l’agence de presse Shehab, liée au Hamas. « Nous avons décidé de mettre fin au siège de notre peuple, qui a le droit de vivre dans la dignité. »

Sinwar a également déclaré que les discussions concernant un échange de prisonniers progressaient sur une voie séparée et n’étaient pas liées à l’accord de cessez-le-feu. Le Hamas détient les corps de deux soldats israéliens ainsi que deux civils. Israël a déclaré par le passé qu’un assouplissement du blocus ne pourrait être facilité avant leur libération.

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