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Washington décourage toute initiative unilatérale d’Israël avant la visite de Biden

Washington s'inquiète principalement des constructions d'implantation dans la zone E1, l'AP menaçant de rétrograder les liens si ce projet israélien doit aller de l'avant

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le président américain Joe Biden, à droite, rencontre le Premier ministre Naftali Bennett dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, DC, le 27 août 2021. (Crédit : Nicholas Kamm/AFP)
Le président américain Joe Biden, à droite, rencontre le Premier ministre Naftali Bennett dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, DC, le 27 août 2021. (Crédit : Nicholas Kamm/AFP)

L’administration américaine pousse actuellement Israël à éviter toute initiative bilatérale susceptible d’endommager davantage les liens avec les Palestiniens en amont du voyage du président Joe Biden au sein de l’État juif et en Cisjordanie, le mois prochain, ont affirmé deux responsables israélien et palestinien au Times of Israel dans la journée de mercredi.

Ce message appelant à la retenue a été transmis au cours d’une série d’entretiens entre une délégation américaine en visite et de hauts-responsables israéliens et palestiniens, la semaine dernière. Des réunions et des conversations récentes avec des officiels de l’Autorité palestinienne « ont fait office de signal d’alarme » à Washington, qui a pris conscience de l’urgence du problème et du niveau de délabrement atteint par les relations israélo-palestiniennes, a indiqué une source proche du dossier.

Les États-Unis s’inquiètent toute particulièrement de l’initiative prise par Israël de faire avancer des plans de construction d’implantation – un projet « apocalyptique », selon ses critiques – dans la Zone E1 de Cisjordanie. Après des reports répétés suite aux pressions exercées à l’international, le ministère de la Défense a inscrit le dossier au registre d’une audience programmée le 18 juillet, audience pendant laquelle des objections juridiques au projet seront soulevées et très probablement écartées.

La délégation en visite, qui était dirigée par la vice-secrétaire d’État américaine aux Affaires du Proche-Orient, Barbara Leaf, a vivement recommandé à Israël d’annuler l’audience qui devrait avoir lieu quatre jours seulement après le déplacement de Biden, ont confié les responsables israéliens et palestiniens.

L’officiel israélien a noté que Jérusalem ne pourrait pas répondre à une telle requête à ce stade au vu de la fragilité du gouvernement, qui comprend des partisans de droite issus du mouvement pro-implantation qui pourraient être prêts à lâcher la coalition. Il a ajouté qu’un report du plan concernant la Zone E1 pourrait peut-être être décidé à une date plus proche de l’audience dont il a, par ailleurs, minimisé la portée, faisant remarquer qu’il faudrait encore longtemps avant de commencer les travaux.

Le projet envisage la construction de 3 412 habitations entre Maale Adumim et Jérusalem, au cœur de la Cisjordanie, ce qui romprait la continuité existante entre les quartiers palestiniens de Jérusalem-Est et les villes palestiniennes de Ramallah et de Bethléem.

La vice-secrétaire d’État au Moyen-Orient Barbara Leaf, à gauche, rencontre le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas au bureau de ce dernier à Ramallah, le 11 juin 2022. (Crédit : State Department/Twitter)

Les conseillers de Biden ont également vivement recommandé à Israël de stopper les opérations militaires telles que les démolitions de maison et les expulsions en Cisjordanie et à Jérusalem-Est et de mettre un terme aux raids dans les villes Palestiniennes de la Zone A, qui sont censées être placées sous le plein contrôle de l’AP. L’armée israélienne entre régulièrement dans la Zone A mais ces opérations ont redoublé, ces derniers mois, suite à une vague d’attentats terroristes meurtriers qui a coûté la vie à 19 personnes.

C’est au cours d’un de ces raids, dans le nord de la Cisjordanie, à Jénine plus précisément, que la journaliste d’Al-Jazeera Shireen Abu Akleh avait été tuée – un décès qui avait fait grand bruit. Selon l’AP, elle a été délibérément prise pour cible par les soldats de Tsahal tandis que l’État juif affirme que cette mort est survenue pendant un échange de coups de feu avec des hommes armés palestiniens. Les responsables israéliens déclarent qu’ils ne seront en mesure de déterminer l’origine du tir que si l’Autorité palestinienne accepte de leur confier la balle meurtrière à des fins d’analyse.

Ramallah, affirmant qu’Israël utilisera la balle pour blanchir la responsabilité des soldats, a refusé jusqu’à présent de répondre à la demande de Jérusalem. Toutefois, des officiels de l’administration américaine ont utilisé leurs entretiens récents avec des responsables palestiniens – notamment avec le président de l’AP, Mahmoud Abbas, et avec le ministre des Affaires civiles, Hussein al-Sheikh — pour les exhorter à remettre la munition à Jérusalem, a fait savoir un responsable palestinien.

Le site d’information Ynet a annoncé que l’État juif avait demandé aux États-Unis d’aborder la question en amont de l’arrivée de Biden, et qu’il aurait aussi demandé à Washington d’intervenir dans la démarche faite par l’AP auprès du Bureau du procureur de la Cour pénale internationale dans l’affaire de la mort d’Abu Akleh.

De leur côté, les ministres israéliens qui ont rencontré Leaf ont refusé de relâcher les opérations militaires en Cisjordanie, disant qu’elles sont nécessaires pour la sécurité du pays, a dit le responsable israélien. Toutefois, le site Walla a rapporté qu’Israël avait accepté une requête soumise par les États-Unis, celle de reporter la démolition de l’habitation du terroriste qui avait commis un attentat à Tel Aviv, au mois d’avril dernier – initialement prévue mercredi, elle a été reportée et elle aura lieu après le déplacement de Biden.

Une demande de réaction transmise au département d’État américain n’avait pas obtenu de réponse au moment de la rédaction de cet article.

Dans un entretien téléphonique, le mois dernier, Abbas avait fait savoir au secrétaire d’État Antony Blinken qu’il était prêt à revoir encore ses relations avec Israël à la baisse en raison « des violations du droit international » commises par Israël « à Jérusalem-Est et en Cisjordanie », a indiqué un responsable palestinien.

Abbas ne décolère pas contre l’administration américaine pour ce qui est, selon lui, une incapacité à revenir sur les mesures imposées par l’administration Trump.

La délégation de Leaf espérait rassurer Ramallah sur le fait que Washington travaille toujours dans la perspective d’une solution à deux États, même si les responsables américains avaient précisé ne pas avoir l’intention de lancer de nouvelle initiative de paix dans l’immédiat.

La bonne volonté affichée par les gouvernements américain et israélien dans les relations avec Ramallah, l’an dernier, s’est presque totalement dissipée ces derniers mois. Biden a, certes, rétabli les relations diplomatiques et le versement de centaines de millions de dollars d’aide aux Palestiniens dans les mois qui ont suivi sa prise de fonctions. Il s’est également engagé à rouvrir le consulat américain à Jérusalem, mission de facto auprès des Palestiniens fermée par l’ex-président Trump en 2019. Mais face à l’opposition de la fragile coalition au pouvoir en Israël, il a tardé à tenir sa promesse de campagne, au grand dam de l’AP.

La semaine dernière, les États-Unis ont annoncé avoir rétabli une ligne de communication avec l’AP qui avait été précédemment coupée par Trump. Cette liaison était à l’origine assurée le consulat de Jérusalem et elle avait été intégrée par l’administration précédente dans l’ambassade des États-Unis en Israël plus globalement. Aujourd’hui, le poste créé, qui servira de canal direct entre les deux parties, relèvera directement de Washington, et non de l’ambassadeur des États-Unis en Israël, de manière très symbolique.

Refusant d’être considérée comme un sous-ensemble des relations américaines avec Israël, l’AP avait pour l’essentiel boycotté l’Unité des affaires palestiniennes – désormais Bureau des affaires palestiniennes. Rien n’indique toutefois et pour le moment que la politique à Ramallah changera sensiblement.

Les États-Unis avaient dans l’idée de nommer le Sous-Secrétaire adjoint, Hady Amr, au poste d’envoyé spécial auprès des Palestiniens, afin de renforcer les relations avec l’AP. Néanmoins, Abbas n’aurait pas très bien pris la nouvelle lors de son appel avec Blinken et le projet serait aujourd’hui en suspens, ont déclaré deux responsables américain et palestinien au Times of Israel .

Le cabinet d’Abbas a déclaré que le leader palestinien avait mis à profit sa rencontre avec la délégation américaine pour exiger une fois de plus que les États-Unis rouvrent le consulat ainsi que la mission diplomatique de l’Organisation de libération de la Palestine à Washington. Biden s’était engagé, lors de sa campagne, à rouvrir le poste fermé par Trump en 2019. Abbas a également appelé Biden à abandonner la loi de 1987 considérant l’OLP comme une organisation terroriste. Une telle décision exposerait le président démocrate aux critiques de ses rivaux qui exigent que l’AP réforme sa politique d’aide sociale, et notamment les versements faits aux prisonniers et aux familles des attaquants qui ont tué des Israéliens.

Les liens de l’AP avec Israël se sont sensiblement détériorés ces derniers mois, après une courte embellie, en juin 2021, dans la foulée de la prise de pouvoir de l’actuel gouvernement israélien. Abbas avait à cette occasion eu de nombreux entretiens avec des ministres israéliens de haut rang et Jérusalem avait octroyé un nombre record de permis de travail pour les Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza, dans le but de renforcer l’AP. De telles mesures se sont raréfiées ces derniers mois, sous la pression du flanc droit d’une coalition israélienne toujours plus fragilisée, qui exige une ligne plus agressive à Jérusalem-Est et en Cisjordanie.

Le mois dernier, Israël a autorisé la construction de quelque 4 500 logements, dont la majorité devraient être situés en Cisjordanie. Cette décision a été prise dans le sillage de heurts répétés entre la police israélienne et les Palestiniens sur le mont du Temple, un jour après la mort, dans des circonstances contestées, de la journaliste d’Al Jazeera, Shireen Abu Akleh, autant d’événements qui ont suscité une grande colère parmi les Palestiniens.

Biden doit arriver en Israël et en Cisjordanie le 13 et le 14 juillet, avant de s’envoler directement pour l’Arabie saoudite où il rencontrera les responsables de six pays-membres du Conseil de Coopération du Golfe – l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn, Oman, le Qatar et le Koweït – plus les chefs de l’État de l’Irak, de l’Égypte et de la Jordanie.

Des initiatives visant à renforcer les liens entre Israël et ses voisins arabes – notamment avec Ryad, qui n’entretient aucune relation officielle avec l’État juif – seront entreprises dans le cadre de ce déplacement.

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