Yaalon : les USA cèdent le leadership au Moyen-Orient à la Russie et à l’Iran
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Yaalon : les USA cèdent le leadership au Moyen-Orient à la Russie et à l’Iran

L’EI ne peut être vaincu que "par des troupes au sol", mais les troupes occidentales sont "un dernier ressort"

Moshe Yaalon au Forum Saban, le 4 décembre 2015 (Photo : autorisation)
Moshe Yaalon au Forum Saban, le 4 décembre 2015 (Photo : autorisation)

WASHINGTON – Le ministre de la Défense israélien Moshe Yaalon a appelé les Etats-Unis à jouer un rôle plus important dans le combat contre le groupe terroriste Etat islamique (EI) et au Moyen-Orient en général, et a mis en garde contre l’influence accrue des russes et des iraniens dans la région, pendant un discours prononcé vendredi soir au Forum Saban de l’Institution Brooking.

S’exprimant devant un public formé des anciens négociateurs pour la paix Martin Indyk, Dennis Ross et David Makovsky, ainsi que de nombreux membres du Congrès, Yaalon a décrit les liens sécuritaires entre les Etats-Unis et Israël comme « superbes », insistant même sur les efforts du président américain Barack Obama pour accélérer le renouvellement d’un accord de défense clé entre Jérusalem et Washington.

Yaalon, qui a occasionnellement irrité Washington avec ses critiques stridentes du Secrétaire d’Etat John Kerry, a été relativement prudent quand on lui a demandé si Obama agissait correctement dans sa réponse à l’EI et à la guerre civile syrienne.

« C’est un défi mondial [et] je crois que les Etats-Unis devraient être le leader du monde occidental pour relever ce défi, » a répondu Yaalon. Dans l’ensemble de la région, a-t-il insisté, mécontent, « la Russie joue un rôle plus significatif que celui des Etats-Unis. Nous n’apprécions pas que le Roi Abdallah de Jordanie aille à Moscou, que les Égyptiens aillent à Moscou, que les Saoudiens aillent à Moscou. »

Il a résumé : « Les Etats-Unis doivent jouer un rôle plus actif dans notre région. » Il a affirmé qu’il était préférable « d’éviter des troupes occidentales au sol d’une part », mais a noté que, d’autre part, « vous ne pouvez pas vaincre Daesh [l’acronyme arable de l’EI] sans troupes au sol. »

« Vous devez donner du pouvoir aux troupes au sol locales, » a ajouté Yaalon, suggérant que les troupes américaines devraient en faire davantage pour soutenir à la fois les groupes sunnites modérés et les forces kurdes. « Des troupes occidentales dans notre région devraient être le dernier ressort » a-t-il déclaré.

Yaalon a aussi insisté sur le danger d’une implication accrue de l’Iran en Syrie, notant que « les seules attaques terroristes perpétrées ces deux dernières années sur le plateau du Golan côté syrien l’ont été par le CGRI » – le Corps des Gardiens de la Révolution islamique.

Le ministre de la Défense a déclaré que le président syrien Bachar el-Assad, qui a été soutenu par l’Iran pendant des années, n’apprécie pas les opérations du CGRI à la frontière du Golan, mais n’a pas le pouvoir de faire ou de dire quoi que ce soit à leurs propos.

En absence d’un commandement américain dans la région, Yaalon a averti que la Russie jouait un rôle dominant dans le conflit syrien. De plus, a-t-il ajouté, Israël « s’inquiète » de l’implication de l’Iran dans les pourparlers multipartites sur la Syrie menés par Kerry à Vienne. « Le processus de Vienne, dont je ne suis pas certain qu’il réussira, fournit à l’Iran l’opportunité de gagner du pouvoir, de gagner de l’hégémonie » a suggéré Yaalon.

Décrivant la Syrie comme « une omelette, voire de la shakshuka [un plat israélien avec des œufs pochés] », Yaalon a suggéré que les « œufs cassés » de la société syrienne seraient presque impossible à remettre en l’état. « La Syrie va souffrir d’une instabilité chronique pour une très longue période. Nous ne pouvons pas apercevoir la fin de cette tragédie. »

Bien que Yaalon ait calmé sa rhétorique contre l’accord nucléaire iranien depuis qu’il a été conclu en juillet, il a rappelé que « nous considérons toujours cet accord comme une erreur historique ».

« Ce que nous avons accompli est de retarder le programme nucléaire iranien pour 10-15 ans » a-t-il déclaré, décrivant la fin de cette période comme « un tournant ».

En attendant, dit-il, ce n’est pas une coïncidence que la Jordanie et l’Egypte aient toutes deux exprimé un intérêt à acquérir du savoir-faire nucléaire civil auprès de la Russie. Un autre dérivé de l’accord, a-t-il dit, est la course aux armes conventionnelles en réponse à la capacité accrue de l’Iran à financer des groupes militants dans la région, maintenant que les sanctions ont été levées et que l’argent étranger coule à nouveau à flot dans le pays.

Yaalon a affirmé que bien que le dernier rapport de L’Agence Internationale de l’Energie Atomique démontre que l’Iran a « trompé l’Occident encore et encore », il « croît [maintenant] qu’ils vont se conformer » aux termes de l’accord. « Pourquoi ? Parce qu’ils ont besoin d’argent pour leur économie », a-t-il conclu.

« L’Iran est sous une forte pression économique mais est toujours décidé à devenir une puissance militaire nucléaire » a-t-il affirmé. Yaalon a aussi rappelé le récent dégel dans les relations entre Washington et Jérusalem à la suite du conflit sur l’accord nucléaire. « Les relations entre nos deux institutions de défense sont superbes, superbes, rien de moins » s’est-il vanté.

Obama lui-même, a révélé Yaalon, a demandé à ce que le nouveau mémorandum de 10 ans sur l’aide militaire soit conclu dans les deux prochains mois. Le renouvellement du mémorandum est une priorité d’Israël, et Yaalon a rencontré régulièrement son homologue américain Ash Carter pour en discuter. Se penchant sur les violences actuelles en Israël, le belliciste ministre a accusé les incitations palestiniennes d’être la racine de la remontée depuis quelques mois d’attaques violents menées par des Palestiniens contre des cibles israéliennes.

« Nous ne voulons pas régner sur les Palestiniens, » a dit Yaalon, mais en se plaignant que les perspectives de paix soient limitées par la pauvreté de la gouvernance palestinienne.

« Depuis l’aube du sionisme, nous n’avons pas eu de direction palestinienne qui reconnaisse le droit d’Israël à exister en tant qu’Etat juif » a-t-il déclaré.

Yaalon défend une approche lente et progressive envers l’indépendance palestinienne, précisant qu’en tant que ministre de la défense, il recommanderait que même dans un accord final Israël maintienne son contrôle des « frontières extérieures » de l’Etat palestinien. « Nous ne voulons pas les gouverner, mais nous ne devrions pas nous précipiter, dit-il. Faisons des progrès petit à petit. »

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