Yamina sur le départ, Smotrich dénonce l’agenda « faible et raté » de Netanyahu
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Yamina sur le départ, Smotrich dénonce l’agenda « faible et raté » de Netanyahu

Après l'échec des négociations de coalition, le ministre sortant dénonce l'approche "médiocre" du Likud ; le Premier ministre aime les partenaires "petits et soumis", a-t-il accusé

Bezalel Smotrich, à la Cour suprême de Jérusalem, le 27 mars 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)
Bezalel Smotrich, à la Cour suprême de Jérusalem, le 27 mars 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Les négociations de coalition tendues entre le parti de droite Yamina et le Likud ont de nouveau échoué mardi, et la faction de six sièges semble prendre le chemin de l’opposition, alors que les anciens alliés continuent à se rejeter la faute.

« La nuit dernière, il est enfin devenu clair que Yamina a décidé de quitter le bloc de droite », a rapporté le Likud dans un communiqué mardi matin.

Les demandes du leader de Yamina, Naftali Bennett, « n’ont aucun rapport avec la taille électorale de son parti, ou avec les priorités du sionisme religieux », a accusé le Likud, et Yamina de « demander quatre portefeuilles de haut rang [du cabinet] qui n’ont aucun lien avec le sionisme religieux ».

En réponse, le n°3 de Yamina, Bezalel Smotrich, le ministre des Transports sortant, s’est insurgé contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans un message posté sur Facebook, déclarant que le Premier ministre avait fait preuve d’une attitude « paternaliste, condescendante et irrespectueuse » envers la droite religieuse.

Netanyahu « ne voit que Netanyahu », a dénoncé M. Smotrich.

Il a qualifié les politiques de droite du Likud de « médiocres », sa diplomatie de « conciliante », son attitude envers le système judiciaire de « faible et soumise » et ses positions sur les questions de l’identité juive de « vacillantes ».

Smotrich, dont le parti a fidèlement soutenu Netanyahu lors de trois élections peu concluantes au cours desquelles il n’a pas réussi à réunir une majorité pour former un gouvernement, a déclaré que le Premier ministre « aime [ses partenaires] petits, soumis… lui laissant l’arène nationale à sa guise en tant que leader incontesté ».

Netanyahu, a-t-il affirmé, veut maintenir le sionisme religieux « dans un coin sectoriel » tout en lui refusant une véritable influence sur les questions centrales de l’État.

En quarante ans à la tête du pays, a clamé Smotrich, le Likud a obtenu « des résultats très limités dans presque tous les domaines ».

Et il a juré de présenter depuis l’opposition « une véritable alternative de droite » aux « échecs et aux équivoques » de Netanyahu.

Le Premier ministre avait appelé Naftali Bennett lundi soir pour proposer à la petite alliance forte de six sièges les ministères de l’Éducation et des Affaires de Jérusalem, un poste de vice-ministre « important » responsable du volontariat pour le service national et la Division des implantations qui supervise leur développement en Cisjordanie.

L’intéressé, de son côté, a exigé les ministères de la Santé et des Transports, ainsi que la présidence de la puissante commission des Lois de la Knesset.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, avec le ministre de la Défense Naftali Bennett de Yamina, le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri du Shas, le ministre de la Santé Yaakov Litzman et le député Moshe Gafni de Yahadout HaTorah lors d’une réunion des chefs des partis du bloc de droite à la Knesset, le 4 mars 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Lundi, Naftali Bennett a rapporté que son parti n’avait demandé que deux ministères, mais qu’il en souhaitait un avec une réelle influence dans le prochain gouvernement, qui, selon lui, leur a été refusé dans la proposition du Likud.

« Le refus de Bennett d’accepter la proposition généreuse de Netanyahu, qui laisse à Yamina toutes les questions importantes pour la communauté religieuse sioniste, montre que le parti n’est pas intéressé par l’idéologie, mais par la siège-ologie« , a réagi le Likud, en référence aux sièges dans le gouvernement.

« Il est dommage qu’en raison de querelles internes, Bennett et ses amis aient décidé de rejoindre l’opposition de gauche avec Yair Lapid [de Yesh Atid-Telem] et Heba Yazbak [de la Liste arabe unie] ».

Plusieurs sites d’information en hébreu ont cité le ministre de la Défense sortant, supposément lors de son appel de lundi soir avec Netanyahu, accusant ce dernier de refuser de négocier.

« Vous n’agissez pas à notre égard comme si nous étions vos partenaires loyaux depuis une très longue année. Il n’y a pas eu de négociations sérieuses. Rien de nouveau n’a été proposé en un mois et demi [de pourparlers]. Vous nous voulez à l’extérieur. Nous nous en tiendrons au fond, et nous soutiendrons de l’extérieur toute mesure qui reflète un programme de droite ».

Les dirigeants de Yamina (de gauche à droite) : Betzalel Smotrich, ministre des Transports, Naftali Bennett, ministre de la Défense, Ayelet Shaked, ancienne ministre de la Justice, et Rafi Peretz, ministre de l’Éducation, au siège du parti lors de la nuit des élections à Ramat Gan, le 2 mars 2020. (Flash90)

Lundi, Naftali Bennett a affirmé que Netanyahu ne voulait pas de Yamina dans le prochain gouvernement.

« Comment je le sais ? Parce que Netanyahu et Gantz ont déclaré la formation d’un ‘gouvernement d’urgence pour le coronavirus’. Le ministère le plus important dans ce domaine est le ministère de la Santé, et ils le fuient de toutes leurs forces comme si ce ministère était lui-même une pandémie », a dénoncé le chef de Yamina lors d’une conférence de presse.

D’après les rumeurs, Kakhol lavan réclamerait aussi le portefeuille de la Santé, même si l’accord de coalition Likud-Kakhol lavan signé le 20 avril octroie le ministère au bloc de Netanyahu. Ce dernier aurait exigé trois des ministères de Kakhol lavan en échange, une demande que Gantz a jusqu’à présent refusée.

Si Yamina ne rejoint pas le gouvernement, a averti son numéro un, « nous construirons un autre modèle de gouvernement » à partir des bancs de l’opposition.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) s’entretient avec le ministre de la Défense et leader de Yamina Naftali Bennett lors d’une réunion avec les chefs des partis de droite à la Knesset, le 4 mars 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Comme Smotrich mardi, il a accusé le Likud de Netanyahu de vouloir que Yamina soit « inutile et sans influence ».

Le Likud a répondu : « Le Premier ministre Netanyahu prend une mesure historique en appliquant la souveraineté à la Judée et à la Samarie, et au lieu de participer à cette mesure, Bennett cède à une lutte politique interne [au sein de Yamina], est prêt à abandonner la place du sionisme religieux au sein du gouvernement et fuit ses responsabilités ».

Yamina a été un élément clé du bloc religieux de droite de Netanyahu au cours des deux dernières élections, bien que le Premier ministre et Naftali Bennett entretiennent une relation tendue.

Ayelet Shaked, la présidente du parti Yamina, à droite, avec les membres du parti Bezalel Smotrich, ministre des Transports, au centre, et Rafi Peretz, le ministre de l’Education, au quartier général du parti Yamina, lors de la soirée électorale à Ramat gan, le 17 septembre 2019. Photo par Flash90

La rupture des pourparlers mardi est survenue après que Netanyahu a demandé à Gantz de le laisser ajouter des ministères supplémentaires au nouveau gouvernement – ce qui porterait à 36 le nombre total de ministres devant prêter serment jeudi, le plus élevé jamais atteint – dans le but d’y inclure Yamina.

Le départ de l’alliance sioniste-religieuse atténue les difficultés de Netanyahu au sein du Likud, où un grand nombre de députés de haut-rang sont en concurrence pour un nombre de ministères plus restreint que dans le dernier gouvernement. Selon les termes de l’accord de coalition Gantz-Netanyahu, la moitié des portefeuilles ministériels du nouveau gouvernement doit revenir au bloc de 19 députés de Gantz et l’autre moitié au bloc de 59 députés de Netanyahu.

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