Yom HaShoah 2021 : Les 6 survivants qui allumeront les torches à Jérusalem
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Yom HaShoah 2021 : Les 6 survivants qui allumeront les torches à Jérusalem

Les rescapés honorés cette année sont : Shmuel Naar, Zehava Gealel, Yossi Chen, Halina Friedman, Sara Fishman et Manya Bigunov

De gauche à droite, de haut en bas : Manya Bigunov, Sara Fishman, Halina Friedman, Yossi Chen, Zehava Gealel, Shmuel Naar : les six survivants de la Shoah qui allumeront une torche au mémorial de Yad Vashem, à Jérusalem, le 7 avril 2021, lors de Yom HaShoah. (Crédit : Yad Vashem / Capture d’écran Instagram)
De gauche à droite, de haut en bas : Manya Bigunov, Sara Fishman, Halina Friedman, Yossi Chen, Zehava Gealel, Shmuel Naar : les six survivants de la Shoah qui allumeront une torche au mémorial de Yad Vashem, à Jérusalem, le 7 avril 2021, lors de Yom HaShoah. (Crédit : Yad Vashem / Capture d’écran Instagram)

Après une édition 2020 perturbée par la pandémie, la cérémonie officielle de Yom HaShoah se déroulera cette année à peu près normalement, ce mercredi 7 avril à 20h00 (heure israélienne), au mémorial de Yad Vashem, à Jérusalem. Elle se tiendra en présence du président Reuven Rivlin et du Premier ministre Benjamin Netanyahu, de dignitaires, de rabbins et de survivants de la Shoah. Les commémorations se poursuivront le lendemain dans tout le pays.

Comme chaque année, six rescapés de la Shoah ont été sélectionnés par le mémorial pour allumer six flambeaux, en mémoire des six millions de Juifs assassinés pendant la Shoah.

Les survivants honorés cette année sont, dans l’ordre : Shmuel Naar, Zehava Gealel, Yossi Chen, Halina Friedman, Sara Fishman et Manya Bigunov.

Leurs histoires personnelles font écho au thème central choisi par Yad Vashem pour cette Journée du souvenir : « Jusqu’au dernier Juif : il y a 80 ans, débutait l’extermination de masse. »

Les parcours individuels de ces six survivants seront retracés par le biais de courts métrages, diffusés pendant la cérémonie, qui sera retransmise sur le site de Yad Vashem, à la télévision et à la radio israélienne, sur YouTube, sur les réseaux sociaux et ci-dessous, traduite en français :

Shmuel Naar

Shmuel Naar. (Crédit : Yad Vashem / Instagram)

Shmuel Naar est né en 1924 en Grèce, dans une famille de neuf enfants. Au printemps 1941, les Allemands ont occupé Thessalonique et son père, brutalement battu, est décédé des suites de ses blessures. Début 1942, les Juifs de la ville ont été confinés dans le ghetto du Baron Hirsch et, en mars 1943, déportés, principalement à Auschwitz.

Shmuel a alors été séparé de sa mère. Lorsqu’il a demandé aux anciens du camp où étaient ses proches, ils lui ont montré la fumée des crématoires.

En janvier 1945, il a été contraint à une marche de la mort, sous la pluie et la neige, vêtu d’une seule chemise.

Au camp de Bergen-Belsen, il a là aussi connu la faim et les corps entassés des morts du typhus, jusqu’à la libération en avril 1945 par l’armée britannique.

De retour en Grèce, il a découvert que toute sa famille avait été assassinée pendant la Shoah. En novembre 1945, le navire d’immigrants illégaux Berl Katzenelson à destination de la terre d’Israël sur lequel il a embarqué a été intercepté par les Britanniques. Pour éviter les camps de détention, Shmuel a sauté dans l’eau glacée et nagé jusqu’au rivage.

Il a combattu au sein de la brigade Givati lors de la guerre d’Indépendance, puis dans toutes les guerres d’Israël jusqu’à celle de Kippour, comme médecin militaire.

Shmuel et sa femme Miriam ont eu trois enfants, dix petits-enfants et onze arrière-petits-enfants.

Zehava Gealel

Zehava Gealel. (Crédit : Yad Vashem / Instagram)

Zehava Gealel est née en 1935 à La Haye, aux Pays-Bas, de Jocheved et Zeev Stahl.

La famille, qui comptait trois enfants, possédait un magasin de produits laitiers casher. En 1942, deux ans après la conquête nazie des Pays-Bas, Zeev a affirmé que ses enfants avaient une maladie contagieuse et, comprenant la situation, leur médecin a confirmé les faits aux nazis. Les enfants et Jocheved ont ainsi pu échapper à la déportation, mais Zeev a été assassiné à Auschwitz.

Fin 1942, Zehava et sa famille ont été envoyés au camp de Westerbork et, en mai 1943, à celui d’Amersfoort. En avril 1944, ils ont été transférés au camp de concentration de Ravensbrück, en Allemagne.

« La peur était si grande qu’aucun enfant ne pleurait, même dans les conditions les plus difficiles », a expliqué Zehava. Alors que Jocheved a été envoyée aux travaux forcés, Zehava s’est occupée de son petit frère Josi, 3 ans.

À l’hiver 1944-1945, elles ont été conduites au camp de concentration de Bergen-Belsen. Zehava et sa mère ont eu à ramasser et empiler des cadavres pour une tranche de pain supplémentaire. Elles ont survécu malgré la maladie et la famine, jusqu’à la libération en avril 1945.

Zehava a immigré en mars 1948 en Israël, est devenue infirmière et a travaillé pour plusieurs hôpitaux et auprès du président israélien Yitzhak Ben-Zvi. Mariée à Abraham, elle a perdu deux de ses trois enfants : David pendant son service de réserve, et Zeev d’une crise cardiaque.

Yossi Chen

Yossi Chen. (Crédit : Yad Vashem / Instagram)

Yossi Chen est né en 1936 à Łachwa, en Pologne (Biélorussie actuelle), fils aîné de Dov Berl et Chaya Sara Chinitz.

La veille de Pessah 1942, les Juifs ont été enfermés dans le ghetto de la ville, sous occupation allemande depuis juillet 1941.

Beaucoup y sont morts de faim, de surpopulation ou d’épidémies, dont la grand-mère de Yossi. Dès août 1942, les Juifs ont appris la liquidation des ghettos voisins et organisé leur résistance avec le soutien du Judenrat, le conseil juif du ghetto.

Un soulèvement a éclaté quand les Allemands ont rassemblé la population. Le Judenrat a encouragé les Juifs à fuir vers les forêts, mais la majorité d’entre eux a été abattue.

Dans le chaos, Yossi, 6 ans, s’est enfui dans les bois. Sa mère et son frère cadet, Moshe, ont été assassinés. Le lendemain, il a retrouvé son père. Son oncle a été tué par balle alors qu’ils tentaient de rejoindre les partisans – ce que Yossi et son père sont parvenus à faire.

Yossi est tombé malade, mais a survécu. L’Armée rouge a libéré la zone en juillet 1944 et, après un séjour dans un camp de personnes déplacées, Yossi et son père ont embarqué sur l’Exodus. Ils ont rallié Israël en août 1948. Yossi a fait carrière au sein des renseignements militaires et du Mossad. Marié à Nechama, il a eu trois filles et neuf petits-enfants.

Halina Friedman

Halina Friedman. (Crédit : Yad Vashem / Instagram)

Halina Friedman est née à Lodz en 1933, fille unique de Wolf et Anna Herling, marchands prospères.

Anna a cousu une somme d’argent dans la robe de sa fille quand les Allemands ont envahi la Pologne, et la famille est partie à Varsovie. Ils se sont retrouvés dans le ghetto, avec la sœur d’Anna et sa famille.

Un jour, pendant la grande Aktion de l’été 1942, les enfants du ghetto ont été transportés et abattus par mitrailleuse. Halina est tombée, sans être blessée, parmi des dizaines d’enfants morts, sentant qu’elle ne devait pas bouger. Elle se souvient encore aujourd’hui des cadavres allongés sur le sol. Elle est rentrée chez elle la nuit tombée.

Le soulèvement du ghetto de Varsovie a éclaté à la veille de Pessah 1943 et, grâce à un jeune Polonais, Jerzy Koźmiński, qui a soudoyé un SS, la famille est sortie du ghetto deux par deux, dans le coffre d’une voiture. Les deux derniers à partir, Anna et Wolf, ont été dénoncés et arrêtés.

Wolf s’est échappé, mais Anna a été déportée et tuée à Auschwitz.

Pendant 18 mois, Halina et ses proches ont été cachés, confrontés à la faim et aux bombardements, chez Jerzy et sa belle-mère – qui ont été reconnus Justes parmi les nations en 1965. La ville a été libérée en janvier 1945 par l’Armée rouge. En 1950, Halina a immigré en Israël et s’est illustrée dans l’humanitaire et l’aide aux soldats handicapés. Avec son mari Abraham, rescapé de la Shoah, elle a eu trois enfants, sept petits-enfants et cinq arrière-petits-enfants.

Sara Fishman

Sara Fishman. (Crédit : Yad Vashem / Instagram)

Sara Fishman (née Berkovich) a vu le jour en 1927 en Tchécoslovaquie (Ukraine actuelle), dans une famille hassidique de dix membres.

Les premiers ghettos dans la région ont été établis en avril 1944 et son père l’a envoyée avec ses deux sœurs aînées, Hinda et Rivka, chez des parents en Hongrie, mais ne sont pas parvenues à destination. Arrêtées, elles sont passées par les ghettos de Halmi et de Nagyszőllős, avant d’être déportées à Auschwitz, où elles ont retrouvé leur sœur cadette Pnina.

Hinda, malade, a été transportée à l’infirmerie et n’en est jamais revenue. Au cours d’une sélection, Sara a été envoyée en travaux forcés à l’extérieur d’Auschwitz, puis transférée à Bergen-Belsen.

Trois mois plus tard, elle a été jetée dans un wagon pour un voyage de trois semaines sans destination. Parfois, les gardes faisaient descendre certaines femmes, les abattaient, et le train repartait.

Enfin, le convoi s’est arrêté dans une zone boisée, les gardes allemands ont disparu et les prisonniers ont retrouvé leur liberté. Sara est partie en Suède pendant six mois et a appris que ses sœurs Pnina et Rivka avaient survécu à Auschwitz et étaient rentrées en Tchécoslovaquie. Elles étaient les trois seules survivantes de la famille.

Début 1949, Sara a immigré en Israël, servi dans l’armée israélienne pendant la guerre d’Indépendance, puis a crée une prospère entreprise de tricot. Avec son mari Yoël, elle a eu deux enfants, cinq petits-enfants et cinq arrière-petits-enfants.

Manya Bigunov

Manya Bigunov. (Crédit : Yad Vashem / Instagram)

Manya Bigunov est née en 1927 à Teplyk en Ukraine, benjamine des trois enfants de Nahum et Frima.

En juillet 1941, la ville a été occupée par les Allemands. Manya et sa mère, comme d’autres habitants, ont été réquisitionnées pour les travaux forcés.

Le 27 mai 1942, des travailleurs du camp, dont sa mère, ont été arrêtés et conduits dans une forêt voisine. Tous les passagers des camions ont été abattus, dont sa mère Frima.

Manya est passée par différents camps de travail avant de s’échapper et de rentrer à Teplyk. En septembre 1942, elle est arrivée au ghetto de Bershad en Transnistrie, où elle a connu la faim, le froid et le typhus.

Son père l’a rejoint en 1943 et est mort de maladie en février 1944, trois semaines avant l’arrivée de l’Armée rouge.

Après la libération, Manya a retrouvé son frère et sa sœur à Teplyk et a épousé Naftoli Bigun, un soldat de l’Armée rouge, mort en 1961 à 39 ans. Elle a immigré en Israël en 1992 avec sa fille et ses deux petites-filles. Elle a œuvré sa vie durant à préserver la mémoire des Juifs de Teplyk assassinés dans la Shoah, témoignant notamment dans des écoles.

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