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Zohar Palti, opposé à l’attaque de l’Iran en 2012, rejette un nouvel accord nucléaire

Selon l'ex-chef du Mossad, les projets israéliens d’attaque avaient permis à Obama de conclure le JCPOA ; si les Iraniens développent une bombe, alors "nous aurons carte blanche"

Zohar Palti s’entretient avec la Treizième chaîne dans une interview diffusée le 25 mars 2022. (Crédit : Capture d’écran de la Treizième chaîne)
Zohar Palti s’entretient avec la Treizième chaîne dans une interview diffusée le 25 mars 2022. (Crédit : Capture d’écran de la Treizième chaîne)

Un ancien haut responsable du Mossad, qui a achevé son mandat à la tête du bureau politico-militaire de l’armée cette semaine, s’est adressé publiquement aux médias pour la première fois, expliquant comment il s’était opposé aux projets israéliens d’attaque de l’Iran il y a dix ans et dans quelle mesure il s’opposait au nouvel accord nucléaire sur le point d’être conclu.

S’adressant au quotidien Haaretz, Zohar Palti a déclaré qu’il avait pris la tête de l’opposition au projet de mesures militaires contre les installations nucléaires iraniennes voulu, en 2012, par le Premier ministre et le ministre de la Défense de l’époque, Benjamin Netanyahu, et Ehud Barak.

« Au cours du printemps-été 2012, les préparatifs opérationnels avaient atteint leur apogée. D’après ce que j’en savais, [Netanyahu et Barak] se préparaient à attaquer », a-t-il déclaré au journal.

« Je ne prétends pas sonder les cœurs. Mais lorsque Tsahal reçoit l’ordre de se déployer à « P+16 » [attaque possible dans les 16 jours], que les avions de ravitaillement en vol de l’armée de l’air sont rappelés de leur grande maintenance, c’est qu’il y a une situation d’urgence. L’armée de l’air a mis tous ses avions en l’air afin de se préparer. Des risques ont été pris au cours de cette période », a-t-il déclaré.

« Mais qu’allez-vous attaquer en Iran ? Une installation d’enrichissement ? Je suis favorable à une frappe en cas d’urgence, si l’on a le couteau la gorge, comme l’avait dit [l’ancien chef du Mossad Meir] Dagan. Mais ce n’était pas le cas en 2012 ou les années qui ont précédé », a-t-il ajouté.

Palti, qui a travaillé pendant plusieurs décennies pour le Mossad et le renseignement militaire avant d’être nommé à la tête du Bureau politico-militaire du ministère de la Défense en 2017, a rejeté l’argument selon lequel les préparatifs de l’attaque étaient une ruse de Netanyahu et Barak pour peser sur la décision américaine.

« Donc, ces deux hommes auraient berné le chef d’état-major, le chef du renseignement militaire, le commandant de l’armée de l’air ? Qu’auraient-ils eu à y gagner? Ils auraient préparé une opération fallacieuse aux dépens du chef d’état-major ? Je n’y crois pas un instant », a-t-il conclu.

Il a également affirmé que la conduite d’Israël au cours de cette période avait précipité les efforts américains pour parvenir à un accord intérimaire avec l’Iran en 2013, et à l’accord nucléaire lui-même en 2015.

« Nous avons instillé un certain sentiment d’urgence chez eux et cela a conduit l’administration Obama à créer un canal de négociation secret avec l’Iran. Un an plus tard, l’accord intérimaire était signé et le projet d’attaque, abandonné », a-t-il souligné.

Dans une interview séparée à la Treizième chaîne, Palti a affirmé qu’Israël aurait carte blanche pour agir contre l’Iran si ce dernier se dotait de la bombe.

« S’ils développent une bombe, à mon avis, nous pourrons agir à notre guise. Si les Iraniens construisent une bombe et continuent sur la voie actuelle, il n’y aura pas une démocratie sur terre, et certainement pas un de nos alliés, pour nous arrêter. Au contraire. Ils respecteront notre droit de prendre nos propres décisions, sur la base de nos capacités. »

Le responsable de la défense Zohar Palti, au centre, présente au ministre bahreïni de la Défense Abdullah Bin Hassan Al Nuaimi un protocole d’accord tout juste signé par le ministre de la Défense Benny Gantz au siège de la défense bahreïnie, le 3 février 2022. (Crédit : Ariel Hermoni/Ministère de la Défense)

Palti a également dénoncé l’accord émergent visant à rétablir l’accord nucléaire après le retrait des États-Unis en 2018, affirmant qu’il ne répondait pas aux préoccupations israéliennes telles que la poursuite des enquêtes de l’organisme de surveillance atomique de l’ONU sur les activités nucléaires illicites présumées de l’Iran.

« Remarquez, ils ne nous le demandent pas vraiment. Pour les États-Unis et les Européens, ce qui est important en ce moment, c’est d’arrêter l’enrichissement de l’uranium… et ils veulent aussi retirer l’Iran de l’ordre du jour pour se concentrer sur l’urgence du moment – la Chine et la Russie-Ukraine », a-t-il indiqué à Haaretz.

« À partir du moment où l’accord sera signé, des milliards de dollars vont affluer en Iran. Et cet argent n’ira pas aux populations civiles, il servira avant tout au financement du terrorisme des Gardiens de la Révolution », a poursuivi Palti.

« Les Américains doivent comprendre qu’en fin de compte, ils devront de nouveau faire face à l’Iran. »

Cette image, réalisée le 17 avril 2021 et tirée d’une vidéo diffusée par Iran Broadcasting, IRIB, une chaîne de télévision d’État, montre plusieurs centrifugeuses bordant la salle endommagée le 11 avril 2021, à l’usine d’enrichissement d’uranium de Natanz, à 322 km au sud de la capitale, Téhéran. (Crédit : IRIB via AP)

Les interviews ont été publiées jeudi, au moment-même où le ministre iranien des Affaires étrangères affirmait que Téhéran était prêt à parvenir à un accord durable avec les puissances mondiales et attribuait le dernier obstacle de la relance de l’accord nucléaire à une vision prétendument « irréaliste » des États-Unis.

Plus tôt dans la semaine, le Département d’État américain avait reconnu les « progrès significatifs » réalisés par les négociateurs à Vienne ces dernières semaines, en exprimant toutefois des mises en garde importantes.

« En fait, nous nous préparons à des scénarios avec ou sans retour à la mise en œuvre complète du JCPOA », a déclaré le porte-parole, Ned Price.

Les négociations nucléaires avaient presque atteint leur terme sur l’accord plus tôt ce mois-ci, avant que la Russie n’exige que son commerce avec l’Iran soit exempté des sanctions occidentales contre l’Ukraine, semant la confusion.

Les négociateurs ne se sont pas encore réunis dans la capitale autrichienne, et on ignore encore quels obstacles demeurent.

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