NATIONS UNIES – Le fameux plafond de verre se fissure un peu, mais il est encore fermement en place. C’est ce que disent les grandes lignes d’un rapport du gouvernement d’Israël soumis aux Nations unies, à New York, la semaine dernière

La Knesset a adopté près de 50 initiatives visant à promouvoir l’égalité entre les sexes et l’émancipation des femmes au cours des quatre dernières années.

Et pourtant, les femmes israéliennes sont encore victimes de discrimination dans presque tous les aspects de leur vie, ce qui se manifeste notamment au niveau des systèmes de justice religieuse et familiale, des écarts de salaires et de leur sous-représentation dans les postes électifs.

Un rapport intitulé « La condition de la femme en Israël » a été remis à l’ONU le 11 mars lors d’un colloque de deux semaines sur les femmes (qui s’est terminé le 20 mars).

« Il y a une prise de conscience à propos de ce phénomène et les femmes en parlent ouvertement. Elles commencent à être fières de se dire féministes », a déclaré l’actrice et réalisatrice israélienne Hana Azoulay Hasfari au Times of Israël, au cours d’une interview dans la cafétéria bondée de l’ONU.

« Notre mission à l’ONU cette semaine est de mettre en avant ces progrès. »

Azoulay Hasfari, avec la Secrétaire de la Knesset Yardena Meller-Horowitz, Jean Judas de l’organisation de défense des personnes handicapées Beit Issie Shapira, et Hava Karrie, directrice adjointe du Centre de formation en leadership pour les femmes Golda Meir du mont Carmel, étaient présentes à New York pour assister à la 59e Commission des Nations unies sur la condition de la femme.

Durant le sommet de deux semaines, qui a débuté le 9 mars, des représentants des gouvernements du monde entier entendent travailler pour faire avancer l’égalité des sexes à tous les niveaux, y compris l’interdiction des mariages d’enfants, l’amélioration de l’accès aux soins de santé, l’élimination de la violence contre les femmes, l’augmentation de l’égalité politique, la lutte contre les écarts salariaux et l’amélioration des droits des filles.

Le sommet marque le 20e anniversaire de la Déclaration de Pékin, qui avait été achevée lors de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes de 1995. Comme à l’époque, l’égalité des sexes reste l’objectif principal de ce sommet annuel.

Dans le cadre du sommet, les femmes israéliennes ont participé à un séminaire de mi-journée, organisé par la mission israélienne à l’ONU et intitulé « L’éducation : la force derrière l’émanciation des femmes ».

La politique locale, la clé pour davantage de femmes politiques

Au cours de l’entretien avec le Times of Israël, les quatre femmes assurent que l’Etat a un rôle important à jouer dans l’émancipation des femmes et la conversation s’est rapidement orientée sur la politique.

Même s’il n’y a jamais eu autant de femmes à la Knesset qu’ajourd’hui – 29 des 120 députés sont des femmes – la politique, au niveau local, reste un domaine majoritairement masculin. Seuls 2,7 % des maires israéliens sont des femmes.

Aux États-Unis, les femmes représentent 17,6 % des maires des villes de plus de 30 000 habitants, selon le Centre américain pour les femmes et la politique de l’Université Rutgers.

Au Congrès américain, les femmes détiennent 104 sièges sur un total de 535 sièges ; au Sénat, les femmes occupent 20 des 100 sièges, et à la Chambre des représentants, elles détiennent 84 sièges sur 435.

Sur 136 pays, Israël a été classé 57e pour l’émancipation politique des femmes. Les États-Unis, sont classés 54e, la Jordanie 119e, et l’Arabie saoudite occupe la 117e place.

Selon un rapport de 2014 du Forum économique mondial, sur 136 pays, Israël a été classé 57e pour l’émancipation politique des femmes. Les États-Unis, sont classés 54e, la Jordanie 119e et l’Arabie saoudite occupe la 117e place.

Pour aider à changer l’équilibre du pouvoir en Israël, la Knesset a adopté une loi pour attribuer 15 % supplémentaires de financement aux listes des partis municipaux lorsque les femmes représentent au moins un tiers de leurs membres.

« Etre élu au niveau local est un tremplin pour le niveau national. Mais il faut faire plus pour encourager les jeunes femmes à s’impliquer dans le leadership, à participer en premier lieu », affirme Meller-Horowitz, qui est devenue la première secrétaire féminine générale de la Knesset en 2004.

Impliquer les jeunes femmes est un travail de longue haleine et doit commencer dès le plus jeune âge ; par exemple en suivant des cours de leadership comme ceux que propose le Centre de formation Golda Meir, comme le suggère Karrie.

Dans le passé, les cours de formation comprenaient l’enseignement à reconnaître les préjugés sexistes dans la gouvernance locale et les obstacles à la participation égale des femmes. Des sessions de formation montrent comment toutes les strates de la société, de la planification urbaine à la sécurité, bénéficient de la participation des femmes.

« Beaucoup de ces villes et villages sont marqués par le patriarcat. Nous devons partir du bas vers le haut. »

« Beaucoup de ces villes et villages sont marqués par le patriarcat. Nous devons aller du bas vers le haut. Il est très important de faire émerger des dirigeantes locales et de le faire au niveau local », explique Karrie.

Selon le rapport israélien, l’Autorité pour la promotion de la condition de la femme en Israël organise également des cours de leadership pour les femmes, dans le but de créer un noyau de femmes ayant le potentiel pour occuper des postes clés. Au cours de l’année 2013, environ 700 femmes ont participé à ces sessions.

Et même s’il reste beaucoup à faire, tout n’est pas si sombre, note Rolene Marks, une défenseuse des droits des femmes qui est également volontaire pour la Women’s International Zionist Organization (WIZO).

Marks se réjouit de constater des changements, en particulier dans la communauté religieuse.

« Les femmes ultra-orthodoxes jouent plus que jamais un rôle dans la politique », s’enthousiasme Marks dans un entretien téléphonique depuis sa maison en Israël.

Adina Bar-Shalom, fille du Grand Rabbin Ovadia Yosef, le 23 septembre 2013 (Crédit : Flash90)

Adina Bar-Shalom, fille du Grand Rabbin Ovadia Yosef, le 23 septembre 2013 (Crédit : Flash90)

En début d’année est né Bezchutan : les femmes haredi pour le changement. C’est le premier parti politique israélien dédié aux femmes ultra-orthodoxes.

La Knesset a également adopté un projet de loi rendant obligatoire la représentation des femmes au sein du comité responsable de la nomination des juges rabbiniques.

L’écart salarial entre les sexes s’élève à 60 % dans le monde

A part la participation à la vie politique, le rapport examine l’emploi et les salaires. Et il reconnaît : « La baisse de l’écart salarial entre hommes et femmes reste très stable au fil des ans, malgré une abondante législation exigeant un salaire égal pour un travail égal. »

L’écart de rémunération entre les sexes s’élève à 60 % dans le monde, selon le Forum économique mondial, basé en Suisse.

Bien que la loi israélienne interdise la discrimination fondée sur le sexe dans l’emploi et les salaires, les femmes gagnent en moyenne près de 32 % de moins que les hommes

Bien que la loi israélienne interdise la discrimination fondée sur le sexe dans l’emploi et les salaires, les femmes gagnent en moyenne près de 32 % de moins que les hommes, selon le Bureau Central des Statistiques (BCS) israélien.

Les femmes israéliennes gagnent une moyenne mensuelle de 7280 shekels, tandis que les hommes gagnent 10 683 shekels en moyenne.

Cet écart de salaire s’explique en partie par le fait que les femmes travaillent en moyenne moins d’heures que les hommes.

Mais l’écart de salaire horaire entre les femmes et les hommes israéliens est tout de même de 15,5 %.
Les femmes américaines gagnent 77 % de ce que gagnent les hommes et supportent des écarts de salaires dans presque toutes les professions, selon l’Association américaine des femmes diplômées des universités.

Les femmes australiennes font face à un écart de rémunération entre les sexes de 17 %.

Les femmes israéliennes qui travaillent comme enseignantes et infirmières ainsi que les travailleuses sociales sont financièrement mieux loties que celles occupant des postes dans le secteur de la vente et de la prestation de soins.

La disparité salariale touche également les femmes des minorités et la population handicapée. « Même au sein de la population handicapée, les hommes handicapés gagnent plus que les femmes handicapées », relève Jean Judas.

Les femmes sont promues à des postes seniors tandis que les hommes sont embauchés à ces postes seniors. Seuls 33 % des postes de management sont occupées par des femmes. Et dans le secteur high-tech, les femmes représentent 35,5 % du nombre total de travailleurs, rapporte le Bureau Central des Statistiques israélien.

Cependant, comme le remarque Rolene Marks, dans certains secteurs de l’économie, les femmes ont marqué des points.

« Les femmes ne sont peut être pas assez représentées dans le business, mais je pense que les écarts se resserrent. Par exemple, dans le milieu universitaire, nous assistons à de réels progrès », se félicite-t-elle.
Les femmes représentent 58 % des personnes employées dans des professions académiques en Israël, selon le rapport présenté à l’ONU.

En 2013, Malka Schaps est devenue la première doyenne ultra-orthodoxe. Elle a en effet été nommée doyenne de la Faculté de Sciences Exactes de l’Université Bar-Ilan.

En outre, pendant l’année scolaire 2013-14, 58 % des étudiants de l’enseignement supérieur étaient des femmes, révèle le BCS. En comparaison, en 1969-1970, les femmes représentaient 43 %, soit moins de la moitié, des étudiants qui fréquentaient l’enseignement supérieur.

A l'Université Bar-Ilan (Crédit : Courtesy)

A l’Université Bar-Ilan (Crédit : Courtesy)

Le ministère de la Science, de la Technologie et de l’Espace veut augmenter le pourcentage de femmes qui visent des diplômes avancés en sciences physiques. 38 % des étudiants qui suivent ce type de cursus sont actuellement des femmes. A titre de comparaison, les femmes américaines constituent actuellement 41 % des docteurs en sciences.

La discrimination sociale touche davantage les femmes

Comme le souligne Jean Judas, qui travaille pour Beit Issie Shapira, les femmes souffrent également de discrimination sociale, un autre domaine où il reste beaucoup à faire. Le ministère de la protection sociale interdit aux femmes de plus de 40 ans d’adopter des nouveau-nés. Les femmes séropositives et handicapées sont également interdites d’adopter.

« Souffrir d’une double stigmatisation est une catastrophe. Etre une femme et être handicapée. Etre une femme et être séropositive. Etre une femme et avoir plus de 40 ans, énumère Judas. Toute personne possède le droit de décider. Cela ne devrait pas être contraire à la loi. »

Dans la droite ligne de l’idée du droit de la femme à choisir son destin, Hasfari a projeté une partie de son film de 2014 « Orange People » lors du séminaire de l’ONU.

Capture d'écran du film "Orange People"

Capture d’écran du film « Orange People »

Hasfari raconte l’histoire de sa mère, mariée à l’âge de 12 ans. Le film retrace la façon dont le traumatisme a touché trois générations de femmes israéliennes d’origine marocaine.

En 2013, Israël a relevé l’âge légal du mariage pour les filles de 17 à 18 ans afin d’encourager les jeunes femmes à terminer leurs études secondaires.

Pour la même raison, la Jordanie voisine a également récemment relevé l’âge légal du mariage à 18 ans pour les garçons et les filles. Il était auparavant de 16 ans pour les garçons et de 15 ans pour les filles.

« L’éducation des filles et des femmes, ce n’est pas seulement apprendre à lire et à écrire, assène Hasfari. C’est aussi l’affirmation de soi. C’est apprendre à être économiquement indépendante. En tant que féministe, je pense que nous, les femmes, portons toujours cette ancienne mémoire collective, du temps où nous étions traitées comme des objets. Il s’agit désormais d’obtenir le pouvoir pour prendre le contrôle et changer notre destin. »