L’ancien Premier ministre Ehud Barak avait mis le producteur de Hollywood tombé en disgrâce Harvey Weinstein en contact avec une entreprise israélienne constituée majoritairement d’anciens agents du Mossad pour étouffer tous les récits détaillant les accusations proférées à son encontre d’agressions et de harcèlement sexuels impliquant des douzaines de femmes.

Le New Yorker a indiqué lundi que Weinstein avait fait appel à des agences de sécurité privées pour « collecter des informations sur les femmes et les journalistes qui ont tenté d’exposer les allégations » selon lesquelles il aurait agressé sexuellement des femmes, et notamment à Black Cube, une agence de renseignement privée dont le siège se trouve à Tel Aviv.

Après que la Deuxième chaîne a fait savoir mardi que Weinstein avait été présenté à Black Cube par Barak, l’ancien Premier ministre a admis avoir mis en contact le producteur et l’agence mais a précisé qu’il ignorait les raisons pour lesquelles Weinstein s’intéressait à leurs services.

« Il y a plus d’un an, Harvey Weinstein a demandé à Barak s’il connaissait une entreprise israélienne dont il avait entendu parler et qui était capable de lui venir en aide pour des problèmes commerciaux qu’il rencontrait. Barak a confirmé à [Weinstein] que l’entreprise dont il avait entendu parler était probablement Black Cube », a expliqué un porte-parole de Barak dans un communiqué. « Barak ne connaît pas bien personnellement l’entreprise ou ses cadres mais il a transmis à Weinstein les informations de contact ».

« Barak ne savait pas jusqu’à ce matin que les services de l’entreprise avaient été loués par Weinstein, ou dans quel objectif ou pour quelles opérations », a ajouté le communiqué.

Black Cube a fait savoir à la Deuxième chaîne, en réponse au reportage, que l’entreprise, conformément à sa politique, ne parlait pas de ses clients, tout en soulignant que le travail accompli se trouve toujours dans les limites de la légalité.

Harvey Weinstein au dîner de gala du Centre Simon Wiesenthal à Beverly Hills, Californie, le 24 mars 2015. (Crédit : Imeh Akpanudosen/Getty Images via JTA)

Sur son site internet, l’agence se présente comme étant « un groupe sélectif de vétérans issus des services de renseignement d’élite israéliens, spécialisée dans les solutions individualisées apportées aux affaires complexes et aux défis litigieux ».

Ronan Farrow, qui est également l’auteur du reportage initial paru dans le New Yorker et qui détaillait les accusations contre Weinstein, a affirmé avoir obtenu une copie du contrat passé entre le producteur et Black Cube, qui a été signé au mois de juillet.

Farrow a indiqué que « l’objectif explicite des enquêtes » était « de mettre un terme aux publications des accusations d’abus lancées à l’encontre de Weinstein. »

Selon le reportage, durant l’année où l’entreprise a travaillé pour Weinstein, les agents de Black Cube ont visé des douzaines de femmes pour collecter des informations personnelles à leur sujet, notamment leurs histoires sexuelles, tentant de les empêcher d’accuser publiquement Weinstein de harcèlement ou d’agression.

Il ajoute que des agents de Black Cube ont rencontré Rose McGowan, une actrice américaine qui a accusé Weinstein de viol, en utilisant de fausses identités – se présentant notamment comme un défenseur des droits des femmes – et enregistré secrètement leurs conversations.

Weinstein aurait suivi de près ce travail, même si ses avocats ont également travaillé auprès des enquêteurs. Parmi eux, David Boies, devenu célèbre pour avoir représenté l’ancien vice-président Al Gore lors de l’affaire hautement significative qui l’avait opposé à Bush devant la Cour suprême.

Boies lui-même avait signé le contrat avec Black Cube, stipulant qu’il oeuvrerait pour empêcher le New York Times de sortir ses histoires sur Weinstein. Au même moment, sa firme représentait le New York Times dans des dossiers séparés. Boies a confirmé au New Yorker que son cabinet était engagé dans ces contrats.

La porte-parole de Weinstein, Sallie Hofmeister, a fait une déclaration au New Yorker, accusant le journal de transmettre « des inexactitudes et des théories conspirationnistes ».

Eric Cortellessa a contribué à cet article.