La résolution 2334 adoptée vendredi à l’ONU est « biaisée et honteuse », a déclaré samedi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, réagissant pour la première fois au vote.

« La décision qui a été prise est biaisée et honteuse, mais nous la surmonterons (…) cela prendra du temps mais cette décision sera annulée », a déclaré M. Netanyahu lors d’une cérémonie retransmise à la télévision israélienne.

Il s’en est pris plus particulièrement au « gouvernement Obama » qu’il a accusé d’avoir opéré « un coup anti-israélien honteux aux Nations unies ».

Netanyahu a souligné que le président américain Barack Obama avait ainsi brisé un engagement américain datant de l’époque du président Jimmy Carter de ne pas « dicter les termes de la paix à Israël au Conseil de sécurité des Nations unies ».

Il a ajouté qu’il avait donné des directives au ministère des Affaires étrangères pour qu’il réévalue d’ici un mois « tous les engagements d’Israël avec l’ONU, y compris le financement par Israël d’organismes des Nations unies et la présence en Israël de représentants de l’ONU ».

Il a précisé qu’il avait déjà donné l’ordre de réduire de 30 millions de shekels (environ 7,5 millions d’euros) le financement par Israël de cinq organismes de l’ONU « particulièrement hostiles » à Israël.

Voici la retranscription de son discours prononcé le 24 décembre :

« Citoyens d’Israël, je voudrais vous rassurer. La résolution qui a été adoptée hier aux Nations unies est biaisée et honteuse, mais nous la surmonterons. La résolution établit que le quartier juif de la Vieille Ville de Jérusalem est un ‘territoire occupé’. C’est délirant.

La résolution établit que le mur Occidental est un ‘territoire occupé’. Ceci aussi est délirant. Il n’y a rien de plus absurde que de dire que le mur Occidental et le quartier juif sont des territoires occupés. Il y a ici aussi une tentative, qui ne réussira pas, d’imposer les termes d’un accord permanent à Israël. Vous pouvez vous rappeler que la dernière fois que quelqu’un a essayé de faire cela, c’était [l’ancien président américain Jimmy] Carter, un président extrêmement hostile à Israël, qui a récemment déclaré que le Hamas n’était pas une organisation terroriste. Carter a fait voter des décisions radicales contre nous aux Nations unies de manière similaire, et elles ont aussi échoué. Nous nous sommes opposés à cela, et rien ne s’est produit.

Tous les présidents américains depuis Carter ont respecté l’engagement américain d’essayer de ne pas dicter les termes d’un accord permanent à Israël devant le Conseil de sécurité. Et hier [vendredi], en opposition totale avec cet engagement, et avec une déclaration explicite du président [Barack] Obama lui-même en 2011, l’administration Obama a mené un complot anti-Israël honteux aux Nations unies.

Je voudrais vous dire que non seulement la résolution qui a été adoptée ne nous rapprochera pas de la paix, mais elle l’éloigne. Elle nuit à la justice ; elle nuit à la vérité. Pensez à cette absurdité, un demi-million d’êtres humains sont assassinés en Syrie. Des dizaines de milliers de personnes sont massacrées au Soudan. L’ensemble du Moyen Orient est en feu, et l’administration Obama et le Conseil de sécurité choisissent de se liguer contre la seule démocratie du Moyen Orient, l’Etat d’Israël.

Quelle honte !

Mes amis, je voudrais vous dire, au premier soir de Hanoukka, que cela ne leur profitera pas. Nous rejetons catégoriquement cette résolution, tout comme nous avons rejeté la résolution des Nations unies qui affirmait que le sionisme était équivalent au racisme. Il a fallu du temps, mais cette résolution a été annulée ; cela prendra du temps, mais celle-ci aussi sera annulée.

Maintenant, laissez-moi vous dire pourquoi elle va être annulée. Elle sera annulée, pas pour nos retraits, mais pour notre persévérance et celle de nos alliés. Je vous rappelle que nous nous sommes retirés de Gaza, nous avons déraciné des communautés et sorti des personnes de leurs tombes. Cela nous a-t-il aidé aux Nations unies ? Cela a-t-il amélioré nos relations avec les Nations unies ? Nous étions frappés par des milliers de roquettes, et aux Nations unies nous avons été frappés par le rapport Goldstone !

Je vais donc vous dire ce qui est évident, je le sais, pour la vaste majorité des citoyens israéliens : nous avons appris la leçon, et on ne nous y reprendra pas. Mais je vais aussi vous dire autre chose : nous ne sommes pas seuls. J’ai parlé hier soir avec beaucoup de dirigeants américains. J’ai été ravi d’entendre des membres du Congrès américain, démocrates comme républicains, affirmer qu’ils mènent une guerre totale contre cette résolution, avec tout le pouvoir dont ils disposent.

J’ai entendu exactement la même chose de nos amis de la future administration, qui ont dit qu’ils mèneraient une guerre totale contre cette résolution. Et j’ai entendu ceci de la part de toutes les opinions publiques américaines, républicains, démocrates, juifs, non juifs. Alors que je parlais hier avec les dirigeants du Congrès et la future administration américaine, ils me l’ont dit sans équivoque.

‘Nous sommes écœurés de ceci, et cela ne continuera pas. Nous changerons cette résolution. Nous ne permettrons à personne de nuire à l’Etat d’Israël.’ Ils ont annoncé leur intention de voter une loi qui réprimande les pays et institutions qui tentent de nuire à Israël. Ils ont déclaré que cela inclurait les Nations unies elles-mêmes. Je vous rappelle que les Nations unies reçoivent un quart de leur budget, 25 %, des seuls Etats-Unis.

Pendant mon discours le plus récent devant les Nations unies, en septembre, j’ai annoncé qu’une tempête était attendue aux Nations unies avant que cela n’aille mieux. Nous savions que ceci était possible et nous attendions que ceci arrive. La résolution qui a été votée aux Nations unies hier s’inscrit dans le chant du cygne de vieux monde qui a des préjugés contre Israël, mais, mes amis, nous entrons dans une nouvelle ère. Et tout comme le président élu Donald Trump l’a dit hier, elle commencera bien plus tôt que vous ne le pensez. Pendant cette nouvelle ère, le prix à payer pour ceux qui nuisent à Israël sera bien plus élevé, et ce prix ne sera pas exigé uniquement par les Etats-Unis, mais aussi par Israël.

Deux pays [Nouvelle Zélande et Sénégal] avec lesquels nous avons des relations diplomatiques ont co-présenté la résolution contre nous aux Nations unies ; par conséquent, j’ai ordonné hier que nos ambassadeurs soient rappelés du Sénégal et de Nouvelle-Zélande. J’ai ordonné que toute l’aide israélienne au Sénégal soit interrompue, et d’autres mesures seront prises. Ceux qui travaillent avec nous en tireront des bénéfices parce qu’Israël a beaucoup à donner aux pays du monde.

Mais ceux qui travaillent contre nous perdront, parce qu’il y aura un prix diplomatique et économique à leurs actes contre Israël. De plus, j’ai ordonné au ministère des Affaires étrangères d’achever, d’ici un mois, une réévaluation de tous nos contacts avec les Nations unies, notamment le financement israélien des institutions des Nations unies et la présence de représentants des Nations unies dans le pays. Mais je n’attends pas, j’ai déjà ordonné dès maintenant la suspension [du versement de] la trentaine de millions de shekels qui finance cinq institutions des Nations unies, qui sont particulièrement hostiles à Israël. J’ai déjà ordonné que cela s’arrête, et d’autres mesures seront prises.

Nous sommes en campagne pour améliorer nos relations avec les nations du monde. Et cela prendra plus de temps, et j’ai dit cela aussi, jusqu’à ce que nous améliorons nos relations avec les pays des cinq continents, et que cela se reflète dans leurs décisions au sein des institutions des Nations unies.

Mais je voudrais vous dire autre chose, et écoutez attentivement ce que je vais dire. Contrairement à ce que vous pourriez penser, il est très probable que la résolution scandaleuse d’hier soir accélère ce processus, parce que c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

La résolution d’hier soir est un appel aux armes pour tous nos nombreux amis aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde, des amis qui sont écœurés de l’hostilité des Nations unies envers Israël, et ils comptent modifier fondamentalement les Nations unies. Par conséquent, je vous le dis ce soir avec les termes de nos sources : la douceur viendra de l’amer, et ceux qui ont été maudits seront bénis.

Ici, pour le premier soir de Hanoukka, je suis aux côtés des Maccabées de notre temps, les soldats israéliens et les héros blessés de Tsahal. Je vous salue et vous le dis clairement : la lumière dissipera les ténèbres. L’esprit des Maccabées vaincra. Joyeux Hanoukka.

Un haut responsable israélien, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat, avait estimé plus tôt dans la journée que l’abstention des Etats-Unis à l’ONU révélait « le véritable visage de l’administration américaine ». « Maintenant, nous sommes en mesure de comprendre avec qui nous avons eu affaire ces huit dernières années », avait-il ajouté.

Même si la résolution ne prévoit pas de sanctions contre Israël, les responsables israéliens craignent qu’elle ne facilite les poursuites à la Cour pénale internationale et n’encourage des sanctions contre les produits des colonies.

« On ne peut en même temps défendre l’expansion des colonies israéliennes et une solution à deux Etats », comme le fait Benjamin Netanyahu, a déclaré l’ambassadrice américaine aux Nations unies Samantha Power.

L'ambassadrice des Etats-Unis à l'ONU, Samantha Power parle au Conseil de sécurité de l'ONU après s'être abstenu sur une résolution anti-implantations, le 23 décembre 2016 (Crédit : capture d'écran UN)

L’ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, Samantha Power parle au Conseil de sécurité de l’ONU après s’être abstenu sur une résolution anti-implantations, le 23 décembre 2016 (Crédit : capture d’écran UN)

Vendredi, dans un communiqué, les services de M. Netanyahu avaient accusé le gouvernement Obama de s’être « associé en coulisses » à la « ligue anti-israélienne » à l’ONU.

L’Etat hébreu « attend avec impatience de travailler avec le président élu Donald Trump et avec tous nos amis au Congrès, Républicains comme Démocrates, pour neutraliser les effets néfastes de cette résolution absurde », selon le communiqué.

Washington, plus important allié d’Israël, a traditionnellement servi de bouclier diplomatique à l’Etat hébreu en le protégeant des résolutions de l’ONU.

Nabil Abu Roudeina, un porte-parole du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a qualifié cette résolution de « grand camouflet » pour Israël, estimant qu’il s’agissait « d’une condamnation internationale unanime de la colonisation ».

Pour le numéro deux de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Saëb Erakat, il s’agit « d’un jour historique » et d’une « victoire (…) du droit international ».

Le secrétaire général de la Ligue arabe Ahmed Aboul Gheit a dit espérer que cette résolution fasse naître « un élan permettant d’intensifier les appels pour pousser la partie israélienne à se conformer à cette résolution et à l’ensemble des décisions internationales liées à l’arrêt de la colonisation ».

Ahmed Aboul Gheit, en février 2013 au Caire, en Égypte (Crédit : AFP / GIANLUIGI GUERCIA)

Ahmed Aboul Gheit, en février 2013 au Caire, en Égypte (Crédit : AFP / GIANLUIGI GUERCIA)