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Opinion

503 Israéliens donnent à Netanyahu une raison de croire qu’il pourrait garder le pouvoir

Pour la première fois depuis plus d'un an, le Premier ministre redevient le candidat préféré des électeurs, selon un sondage. Soyez certains qu'il prend cette information au sérieux. Et cela doit être le cas pour nous tous

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le leader du Likud Benjamin Netanyahu devant ses partisans à son siège de campagne électorale à Jérusalem, aux côtés de son épouse Sara, alors que les décompte des votes des élections générales est en cours, le 2 novembre 2022. (Crédit : AP Photo/Tsafrir Abayov)
Le leader du Likud Benjamin Netanyahu devant ses partisans à son siège de campagne électorale à Jérusalem, aux côtés de son épouse Sara, alors que les décompte des votes des élections générales est en cours, le 2 novembre 2022. (Crédit : AP Photo/Tsafrir Abayov)

La date du 29 mai 2023 restera dans l’Histoire comme le jour où le Premier ministre Benjamin Netanyahu a été, pour la toute première fois, encouragé dans sa croyance qu’il pourrait bien être en mesure de s’extirper de la catastrophe du 7 octobre 2023 et de conserver le pouvoir.

Ainsi, pour la toute première fois depuis un an, une enquête instantanée, commanditée par la Douzième chaîne, a établi que Netanyahu devançait – encore une fois – son rival Benny Gantz et qu’il était, une fois encore, le choix préféré des Israéliens au poste de Premier ministre.

Dans un sondage datant du mois de décembre qui avait été effectué par la même firme et commanditée par la même chaîne, Gantz avait été le favori incontesté des Israéliens face à Netanyahu – avec 45 % des personnes interrogées qui s’étaient prononcées en faveur du chef de HaMahane HaMamlahti contre 27 % pour le leader du Likud. Et encore le mois dernier, même si l’écart s’était graduellement réduit, Gantz était à nouveau en tête de course – 35% contre 29%. Mais mercredi soir, c’est Netanyahu qui l’a devancé avec 36% contre 30%.

Les résultats

Les Israéliens ne votent pas pour un Premier ministre mais plutôt pour un parti qui, espèrent-ils, sera la faction dominante au sein du gouvernement. Là aussi, toutefois, l’enquête de mercredi a été plutôt une bonne surprise pour Netanyahu. Sa faction du Likud, a-t-elle révélé, gagne du terrain face à HaMahane HaMamlahti de Gantz – avec 21 sièges, selon les prédictions, contre 25 pour l’ex-chef d’état-major.

Une fois encore, la tendance a été inexorable : dans son sondage du mois de décembre, a noté la Douzième chaîne, HaMahane HaMamlahti écrasait littéralement le Likud de Netanyahu, avec 37 sièges contre 18. Ce qui, par conséquence, signifiait que Gantz disposait d’une grande variété d’options pour rassembler une coalition de majorité. Concernant l’enquête d’opinion de mercredi, ce n’est plus le cas (Il faut toutefois remarquer que le Likud n’a que légèrement avancé ; HaMahane HaMamlahti a décliné de manière constante avec une chute qui a été exacerbée, dans le sondage de mercredi, par l’arrivée d’un nouveau leader à la tête du parti Avoda, Yair Golan).

Le bloc de Netanyahu, qui comprend les formations qui constituent sa coalition depuis les élections du mois de novembre 2022 – le Likud, les deux partis ultra-orthodoxes (Shas et Yahadout HaTorah), et les deux partis d’extrême-droite Otzma Yehudit et HaTzionout HaDatit – gagneraient, selon le sondage, 52 sièges à eux tous, ce qui reste loin de représenter la majorité à la Knesset. Mais les factions anti-Netanyahu qui détiennent les 68 sièges qui restent sont loin de former un bloc uni.

Pour commencer, Hadash-Taal, un parti radical à majorité arabe qui, selon l’enquête d’opinion, gagnerait cinq sièges, n’accepterait probablement pas d’intégrer une coalition, quelle qu’elle soit. Et Si Raam, autre faction arabe qui occuperait aussi cinq sièges, avait fait partie de l’éphémère coalition d’unité placée sous l’autorité de Naftali Bennett et de Yair Lapid, en 2021-2022, sa présence serait inacceptable pour une formation au moins des autres opposants à Netanyahu – il s’agit d’Avigdor Liberman, chef d’Yisrael Beytenu, une faction de la ligne dure qui, selon le sondage, raflerait dix sièges. Donc, d’une manière ou d’une autre, la coalition anti-Netanyahu, avec 68 sièges, ne pourrait en pratique réunir un bloc que de 58 députés.

Ainsi, dans l’état actuel des choses, Netanyahu ne serait pas en mesure de mettre en place une coalition majoritaire – mais ce serait également le cas de tous les autres. Il y a de nombreux changements et coups de théâtre qui seraient susceptibles d’entrer en jeu, avec notamment l’établissement d’une alliance de droite qui pourrait réunir un Naftali Bennett et Gideon Saar, l’ancien du Likud, une personnalité actuellement peu populaire. Mais une chose reste sûre, c’est que le vent, aujourd’hui, souffle dans les voiles du Premier ministre en exercice.

Les raisons

L’évaluation faite par la Douzième chaîne de sa propre enquête instantanée est que le déclin de Gantz est lié à l’ultimatum qu’il a ouvertement posé le 18 mai. Un ultimatum dont les termes sont les suivants : soit Netanyahu commence à placer l’intérêt national avant ses considérations personnelles et politiques et il commence à définir des objectifs stratégiques pour la guerre, l’après-guerre et autres nombreux sujets d’importance d’ici le 8 juin, soit – Gantz s’y est engagé – sa formation HaMahane HaMamlahti quittera la coalition d’urgence qu’il avait rejointe quelques jours seulement après le 7 octobre.

Dans la mesure où l’ascension de Gantz dans les sondages avait été largement considérée comme le reflet du soutien apporté par l’opinion publique à la sagesse politique ostensible affichée par l’ex-chef d’état-major lorsqu’il n’avait pas hésité à rallier le gouvernement dans un moment de crise nationale aigue, ce n’est pas une surprise de constater que sa menace d’abandonner ce partenariat lui coûte aujourd’hui cet appui. Si Gantz doit cesser d’incarner cette image d’homme d’État désintéressé ou si, comme il le dit lui-même, il n’est plus en mesure d’influencer la coalition, alors pourquoi, doivent se dire certains anciens partisans de Gantz, pourquoi continuer à lui apporter un soutien ?

Le ministre du cabinet de guerre Benny Gantz lors d’une conférence de presse, à Ramat Gan, le 18 mai 2024. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

A côté de cela, malgré tout, cela fait presque huit mois que les horreurs spécifiques du 7 octobre se sont déroulées. En ce moment-même, aujourd’hui, minute par minute, Israël est profondément plongé dans un conflit sanglant avec le Hamas, s’efforçant de rapatrier 121 otages qui sont restés en captivité depuis le 7 octobre, affrontant des dangers accrus dans le nord, observant l’Iran se rapprocher toujours plus près de la bombe et devenant un paria dans le monde entier.

Nombreux sont ceux qui, dans le public israélien, sont hautement critiques de la gestion, par Netanyahu, de ces défis immenses, critiques pour la nation. Mais sa plus grande vulnérabilité a été le fait que c’était lui qui était aux responsabilités quand a eu lieu la catastrophe sans précédent du 7 octobre, quand ses politiques consistant à financer le Hamas et d’autres initiatives ont échoué à prévenir l’horreur. Alors que les répercussions actuelles, très dures, de cette catastrophe hantent encore l’esprit de toute la nation, le simple passage du temps a graduellement œuvré en faveur de Netanyahu.

De plus, il est tout à fait improbable que les événements du 7 octobre et tous ceux qui se sont déroulés depuis aient envoyé beaucoup d’électeurs israéliens de droite vers la gauche de l’échiquier politique.

La croyance dans la viabilité d’un partenariat avec l’Autorité palestinienne n’a probablement jamais été aussi faible. Le danger d’un abandon de territoire au nom de la paix n’a jamais été autant souligné – avec une bande de Gaza qu’Israël avait quittée en 2005, où l’État juif n’a aucune présence militaire ou civile et, voulait-il croire, sur laquelle il n’y avait aucun conflit territorial. De la même façon, le Hezbollah a pris le contrôle de la zone de sécurité qu’Israël avait évacuée dans le sud du Liban, une évacuation saluée à l’international, en l’an 2000 et aujourd’hui, 60 000 personnes ont été déplacées de leurs habitations, prises pour cible par les attaques incessantes du Hezbollah sur la frontière et sur les communautés avoisinantes.

Les soldats israéliens travaillent sur des véhicules blindés le long de la frontière avec Gaza, le 20 novembre 2023. (Crédit : AP Photo/Ohad Zwigenberg)

De plus, des centaines de milliers d’Israéliens combattent à Gaza depuis presque huit mois – des soldats issus des rangs de l’armée et des réservistes. Pour les troupes de combat, une mort potentielle guette à chaque coin de rue et chaque pas peut être le dernier. Il faut tuer l’ennemi du Hamas ou c’est lui qui vous tuera. Quel est donc l’impact de cette conscience de mort qui rôde, de cette nécessité de tuer sous peine de l’être soi-même, sur la pensée et sur l’orientation politique ? Combien de ces soldats – ou de leurs proches – deviendront plus pacifistes ? Et il est quasiment certain qu’une proportion en sortira, elle, plus va-t-en-guerre qu’elle ne l’était.

Il y a de nombreux Israéliens qui risquent leur vie en se battant à Gaza qui savent que le Hamas doit être démantelé, que les otages doivent être libérés, que le Hezbollah doit être dissuadé et que la sécurité nationale de base doit être restaurée – mais qui sont profondément détachés du gouvernement qui les a envoyés sur le front. Eux et leurs proches reconnaissent qu’il y a, au sein de la coalition, des traîtres au sionisme, des membres de l’extrême-droite qui tentent de détruire la nature juive et démocratique d’Israël ; qui veulent réoccuper Gaza comme ils veulent réoccuper toute la Judée-Samarie biblique. Mais, une fois encore, il est possible que ce secteur de la population, un secteur important, en colère, n’attire pas de nouveaux adhérents en provenance de la droite de manière significative – comme semble le confirmer le sondage de mercredi.

La coalition dirigée par Netanyahu n’a pas seulement échoué à comprendre ce qui était en train de se passer avant le 7 octobre, mais il s’est aussi avéré être incroyablement dysfonctionnel dans les huit mois qui se sont écoulés depuis. Comme l’ont dit Gantz et Yoav Gallant, le ministre de la Défense issu du Likud, Netanyahu a refusé de prendre des décisions stratégiques pourtant vitales, notamment sur la gouvernance à Gaza pour l’après-guerre, parce qu’il n’ose pas défier Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir, qui rêvent de réoccuper Gaza – des personnalités dont dépend la survie de son gouvernement.

Les citoyens israéliens qui vivent sur les frontières du nord et du sud du pays, et son important contingent de réservistes, ont été abandonnés par un grand nombre de ministères dont la raison d’être était pourtant de leur venir en aide. Les abus stratégiques, cyniques et attestés de Miri Regev au ministère des Transports, utilisant ce dernier pour promouvoir sa carrière politique personnelle, est peut-être le plus extrême exemple présumé de ce renoncement à la responsabilité fondamentale de ces institutions, créées pour se mettre au service des citoyens.

Netanyahu, de son côté, est renforcé par une puissante opération médiatique – une opération qui se décline aussi sur les réseaux sociaux – où il salit tous ses opposants et rivaux potentiels et avérés, n’hésitant pas à lancer des incitations à la haine. Une campagne qui a atteint un niveau de bassesse encore plus méprisable au cours des derniers jours – le fils du Premier ministre, Yaïr, partageant une vidéo où un soldat lançait un appel à la mutinerie contre l’establishment de la Défense. De son côté, la Quatorzième chaîne, porte-voix de Netanyahu, a diffusé mercredi une « recherche » répugnante qui évaluait qu’être de gauche avait multiplié par dix la probabilité d’être enlevé ou assassiné le 7 octobre (« Nous, dans notre milieu, nous risquons de détruire Israël », a commenté, visiblement désespéré, Haïm Jelin, ancien chef de conseil local et ex-député Yesh Atid, originaire du kibboutz Beeri où le Hamas avait tué 103 personnes. « J’avais personnellement cru que le Hamas était venu assassiner des Juifs, des Israéliens, au sein de l’État d’Israël, dans nos maisons… Mais apparemment, il y a des gens qui pensent que nous devons diviser la population en petits fragments »).

Le sondage réalisé mercredi par téléphone et par internet par la Douzième chaîne a réuni seulement 503 électeurs représentatifs, avec une marge d’erreur de 4,4 %. Dans cette mesure, il n’est pas plus crédible qu’aucune autre enquête d’opinion ayant été réalisée par la même firme, Midgam, ces derniers mois – des enquêtes commanditées par la même chaîne ; qui ont utilisé la même méthodologie et les mêmes échantillons d’électeurs. Et il n’est pas plus crédible que d’autres sondages effectués pour le compte de nombreux médias israéliens au fil des années. Il pourrait s’avérer être un cas isolé, avec des résultats qui ne se répéteront pas.

Mais les enquêtes d’opinion reflètent une tendance bien réelle, elles ont un impact sur l’électorat et elles ont un impact sur le climat dans lequel les politiciens prennent leurs décisions.

Les adversaires de Netanyahu, et avant tout Benny Gantz, reconnaîtront que leurs espoirs – voire leurs attentes – de l’écarter du pouvoir ont pris un coup significatif.

Et le Premier ministre, qui n’a jamais assumé sa responsabilité personnelle – fondamentale – dans l’attaque du 7 octobre, considérera cette enquête d’opinion de mercredi, dont les résultats ont été diffusés lors du journal d’information le plus regardé de la soirée, comme une indication du fait qu’il pourrait bien, in fine, réussir à retrouver suffisamment de soutien au sein du public pour se maintenir à ses fonctions.

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