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75 ans d’Israël : le drapeau devient le symbole des manifestations

Le drapeau a longtemps été boudé par la gauche, qui y voyait un symbole d’extrême droite, mais les récentes manifestations anti-gouvernementales en ont fait un signe d’opposition

Des manifestants israéliens vus à travers le drapeau national israélien lors d’une manifestation contre le projet de réforme judiciaire du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Césarée, en Israël, le 17 mars 2023. (Crédit : AP Photo/Oded Balilty)
Des manifestants israéliens vus à travers le drapeau national israélien lors d’une manifestation contre le projet de réforme judiciaire du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Césarée, en Israël, le 17 mars 2023. (Crédit : AP Photo/Oded Balilty)

TEL AVIV (JTA) — Avigail Arnheim manifeste contre Benjamin Netanyahu depuis des années, depuis les manifestations à Jérusalem de 2020, qui demandaient sa démission de son poste de Premier ministre.

Lorsque Netanyahu est revenu au pouvoir en décembre, Arnheim est de nouveau descendue dans la rue, mais cette fois pour manifester contre la volonté de Netanyahu de priver la Cour suprême israélienne de son pouvoir.

Et désormais, elle manifeste avec ce qu’elle considère comme un symbole puissant : un drapeau israélien avec les mots de la Déclaration d’indépendance.

« Je sens que le peuple d’Israël s’est réveillé et a finalement compris qu’il fallait des valeurs, des principes moraux et de la bienveillance », déclarait-elle mardi soir, à l’occasion d’une manifestation de grande ampleur à Tel Aviv, au moment-même où Israël commençait à célébrer son 75e Yom HaAtsmaout.

Arnheim pense que ces idées se trouvent dans la déclaration, signée le jour de la fondation d’Israël, qui rappelle le lien du peuple juif avec la terre d’Israël et promet la démocratie et les droits de l’homme.

Elle ajoute : « Je pense que le drapeau a trouvé une place, au sein de la société, et que nous n’en avions pas totalement pris conscience. »

Qu’Israël pavoise avec force drapeaux est l’une des caractéristiques de Yom HaAtsmaout, aussi appelé Jour de l’Indépendance. Il est courant d’y voir des drapeaux au coin des rues, aux balcons et sur les voitures. Une célèbre chanson pour enfants, chantée à cette occasion, commence ainsi : « La terre est pleine de drapeaux. »

Mais cette année, le symbole par excellence d’Israël revêt une signification particulière pour certains, car les centaines de milliers de manifestants anti-gouvernementaux en ont fait, depuis quelques mois, le symbole de leur cause.

Le drapeau est aujourd’hui tellement associé aux manifestations que Zichron Yaakov, une ville située au nord de Tel Aviv, a brièvement interdit le drapeau et les images de la Déclaration d’indépendance de son défilé de Yom HaAtsmaout.

Manifestation à Tel Aviv contre la refonte judiciaire pendant Yom HaAtsmaout, le 25 avril 2023. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)

Des voix, à droite, se sont émues du fait que le drapeau soit devenu le symbole de l’opposition au gouvernement.

Rien de tel, en revanche, dans les rues de Tel Aviv, mardi soir, où les manifestants ont adapté avec enthousiasme certaines traditions de Yom HaAtsmaout pour exprimer leur opinion.

Certains manifestants estiment que le drapeau représente aujourd’hui ce qu’ils considèrent être des aspirations fondatrices d’Israël, après avoir été pendant des années un symbole de la droite israélienne.

Avant la déferlante de manifestations de cette année, le drapeau était volontiers associé aux nationalistes religieux et à leur « marche du drapeau » annuelle, dans la Vieille Ville de Jérusalem, qui attise les tensions israélo-palestiniennes.

« C’est un symbole qui a trop longtemps été détourné par la droite », affirme Roy Rob, graphiste des manifestations de Tel Aviv qui se partage entre Israël et Brooklyn. « C’est pareil aux États-Unis : le drapeau américain a été détourné et catalogué. »

Des Israéliens s’immobilisent et se recueillent lors des deux minutes de silence que les sirènes délimitent, le jour de Yom HaZikaron, en mémoire des soldats tombés au combat, ici à Tel Saki, lieu de mémoire de la guerre de 1973 sur le plateau du Golan contrôlé par Israël, à la frontière avec la Syrie, le 25 avril 2023. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)

S’agissant du drapeau israélien, il ajoute : « Aujourd’hui, il s’émancipe et se démocratise à nouveau. Il est logique que les gens qui se soucient vraiment des racines d’Israël, de ce qu’il est, utilisent ses symboles originaux. »

Certains, à droite, ne sont pas prêts à céder ces symboles.

Gideon Dokov, rédacteur en chef du journal de droite Makor Rishon, estime « absurde » l’idée que le drapeau représente l’opposition à la réforme judiciaire.

« Par erreur ou intentionnellement, ces derniers mois, certains ont tenté de s’approprier les symboles nationaux – le drapeau et la Déclaration d’indépendance –, au nom des manifestations, de la même manière qu’ils essaient de s’approprier [le concept de] démocratie », a écrit Dokov ce mois-ci.

« Aucune de ces deux choses n’est juste. »

Quoi qu’il en soit, les drapeaux étaient omniprésents lors de la manifestation, mardi soir.

Interrogés sur la provenance du drapeau qu’ils tenaient à la main, plusieurs manifestants ont eu l’air surpris de ceux qui pensent : « Où étiez-vous ces derniers temps ? »

Les drapeaux, disent-ils, ne sont pas difficiles à obtenir.

Beaucoup d’entre eux sont distribués gratuitement lors des manifestations, tout comme ces T-shirts noirs sur lesquels on peut lire « Dé-mo-cra-tie » en lettres moulées en hébreu, qui reprend le slogan principal des manifestations.

D’autres T-shirts, comme celui de Rob, sur lequel on peut lire « Il n’y a pas de démocratie avec l’occupation », ont également été distribués par des organisations d’activistes lors de précédentes manifestations.

De nombreux drapeaux sont accompagnés de la phrase « Libre sur notre terre », tiré de l’hymne israélien.

Des manifestants défilent avec les drapeaux israéliens devant une photo du Premier ministre Benjamin Netanyahu, lors d’une manifestation contre le projet de réforme judiciaire de son gouvernement, à Tel Aviv, en Israël, le 25 mars 2023. (Crédit : AP Photo/Oded Balilty)

D’autres avaient déjà des drapeaux chez eux, et certains les ont achetés pour l’occasion.

Le jour de la manifestation, un vendeur ambulant de drapeaux et autres tchotchkes a dit que le drapeau seul, sans mât, coûtait dans les 20 shekels. Il a expliqué acheter sa marchandise dans des magasins et la revendre sur le parcours des manifestations, sans donner plus de détails.

Les drapeaux revêtus du texte de la Déclaration d’indépendance, précise Arnheim, coûtent dans les 50 shekels et sont vendus par leur créateur via les forums et groupes utilisés pour organiser les manifestations.

Nati Hochberg, venu manifester depuis une ville du nord de Tel Aviv, dit avoir racheté son drapeau (avec perche) pour une quarantaine de shekels dans une quincaillerie, après s’être fait voler son précédent drapeau sur sa moto.

Des milliers d’Israéliens manifestent contre le projet de réforme du système judiciaire, à Tel Aviv, le 22 avril 2023. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

« Nous avons repris ce qui nous appartient », estime Hochberg à propos du drapeau.

Son ami Tal Vardi, venu avec lui, a lui son drapeau depuis des années : « Pendant des années, des gens ont laissé partir leurs symboles et aujourd’hui, ils se les réapproprient. … Je ne sais pas si c’est arrivé par hasard, mais j’ai le sentiment que cela nous appartient aussi. »

Le fait que le drapeau soit devenu un symbole de protestation, dit une femme originaire du nord d’Israël qui a refusé de donner son nom, suscite en elle un mélange de « fierté et de tristesse », reflet du conflit politique qui fait rage dans le pays.

« Il serait évidemment préférable qu’il n’en soit pas ainsi », dit-elle, arborant un drapeau identique à celui d’Arnheim. « Mais puisqu’il en est ainsi, il est clair que le drapeau doit avoir un sens. »

Les manifestants n’ont pas hésité à s’approprier d’autres symboles de Yom HaAtsmaout, comme ce spray blanc et mousseux que les enfants soufflent pendant la fête, rebaptisé pour l’occasion « Neige démocratique » (une grosse canette se vend environ dix shekels).

Des manifestants anti-réforme judiciaire sont rassemblés à quelques mètres de la cérémonie officielle qui célébre le 75e Jour de l’indépendance d’Israël, sur le Mont Herzl, à Jérusalem, le 25 avril 2023. (Crédit : Arie Leib Abrams/Flash90)

Dans une zone un peu moins dense du défilé, quelqu’un a utilisé le spray pour écrire « Démocratie » en lettres géantes sur le sol. Et sur une piste cyclable toute proche, le mot anglais « Leave » (NDLT : « Va-t-en »), slogan anti-Netanyahu, a également été tracé sur le bitume. Un cycliste a stoppé net pour ne pas l’effacer.

Des marteaux en plastique souple, un autre must de la fête, étaient également visibles, ici et là, parmi la foule. Un DJ a diffusé de la dance israélienne lors de la manifestation, et notamment le grand hit des camps d’été juifs américains « Zodiac », de Yaron Hadad.

Tel-Aviv, centre névralgique des manifestations et bastion de la minorité de gauche israélienne, porte la trace des manifestations qui s’y sont déroulées.

Les arrêts de bus municipaux sont revêtus de pancartes qui reprennent les paroles de l’hymne national et affirment que les manifestations protègeront Israël « du racisme », « de la répression envers les femmes » et plus encore.

Les graffitis favorables aux manifestations – comme « Bibi est un traître » – ne sont pas très difficiles à trouver, mais il existe aussi des graffitis pro-réforme comme celui qui qualifie la Cour suprême israélienne de dictateur.

Certains accessoires vus lors des manifestations correspondent à des causes bien précises, comme le drapeau de la fierté LGBTQ ou ce drapeau aux couleurs des drapeaux israéliens et palestiniens sur lequel on pouvait lire « Démocratie », ou encore ce T-shirt, distribué par une organisation militante autoproclamée de la « majorité modérée », qui disait « J’aime Bagatz », l’acronyme hébreu de la Cour suprême.

Certains participants se sont montrés extrêmement créatifs.

À une table, dans une zone plus calme, des personnes offraient de l’alcool aux passants tandis qu’un jeune homme, mégaphone en main, chantait « Démocratie et arak » sur l’air du célèbre riff de « Seven Nation Army » des White Stripes.

L’idée, explique son collègue Ron, est d’offrir à boire pour célébrer Israël et les manifestations qui, espèrent-ils, permettront aux jeunes de continuer à recevoir une bonne éducation et trouver un travail correct.

« C’est notre dernier recours pour sauver la démocratie. Ceux qui tentent de sauver la démocratie méritent de boire un coup et nous sommes heureux de le leur offrir », explique Ron, 23 ans, qui a refusé de donner son nom de famille.

« Nous aimons tout le monde et nous aimons la démocratie. »

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