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Opinion

A Gaza, les cris de joie couvrent les murmures de chagrin et de frustration

Avec leurs identités dissimulées dans notre série d'animation révolutionnaire, les Palestiniens de la Bande de Gaza ont dénoncé ce qu'ils ont appelé "l'occupation du Hamas"

Joseph Braude est le président du Center for Peace Communications.

Image de la série « Whispered in Gaza » (Murmuré depuis Gaza), une série d’interviews avec des Gazaouis qui sont présentées sous forme de dessins animés. (Autorisation)
Image de la série « Whispered in Gaza » (Murmuré depuis Gaza), une série d’interviews avec des Gazaouis qui sont présentées sous forme de dessins animés. (Autorisation)

Après l’attentat terroriste qui a endeuillé Jérusalem samedi, ce sont des millions de personnes qui ont vu les images des réjouissances palestiniennes, et notamment cet événement macabre, dans une rue, où un haut-responsable du Hamas a été filmé en train de distribuer des bonbons.

Ce spectacle renforce une croyance très répandue, à savoir que le carnage provoqué par le Hamas jouit d’un soutien considérable parmi les Palestiniens.

Des voix pro-israéliennes, réagissant sous le coup d’une colère bien compréhensible, condamnent la société palestinienne dans son ensemble.

Et c’est très exactement ce que recherche le Hamas. Son slogan, « la Résistance enveloppe le peuple », est l’essence même de sa revendication de légitimité.

Mais ce qui semble être un consensus sans faille est, en réalité, une vitrine savamment travaillée : les centaines de personnes, voire plus, sorties célébrer l’attentat dans les rues ne représentent qu’une infime partie des millions d’autres, qui sont restées chez elles.

Les enquêtes d’opinion palestiniennes attestent de l’existence d’une grande diversité de points de vue s’agissant du Hamas, d’Israël et des violences politiques. Certains sondages montrent qu’une majorité des Gazaouis est opposée aux attaques à la roquette, qu’elle n’a aucune confiance dans les institutions du Hamas, qu’elle privilégie les arrangements avec Israël et accorde la priorité aux problématiques locales, au détriment des imbroglios internationaux.

Nous parvenons parfois à avoir un aperçu de ces points de vue ainsi que de la raison pour laquelle ils ne s’expriment que rarement. En témoigne la vidéo, tournée la semaine dernière, des coups donnés à un commerçant de Bethléem qui avait dénoncé des terroristes.

Nous assistons aussi à des démonstrations de courage collectif.

Arrêtons-nous un instant sur les manifestations qui ont eu lieu en 2019 à Gaza, durant lesquelles un millier de Palestiniens ont bravé les coups de feu et la prison pour dénoncer la gouvernance du Hamas. La répression sanglante qui s’en est suivie, avec pour cible les manifestants et leurs familles, figure parmi les crimes contre l’Humanité les plus choquants jamais perpétrés entre le Jourdain et la mer.

Mais ces manifestations de bravoure retiennent bien moins l’attention que le spectacle de furie sanguinaire mis en scène par le Hamas.

Jusqu’à une date récente, rien n’avait été réellement pensé pour offrir aux voix indépendantes, à Gaza, une plateforme vers le vaste monde.

Notre organisation a eu le sentiment que la création de cette plateforme était, certes, une initiative vitale, mais également bien trop tardive.

Dans les pays arabes, le discours dominant du Hamas bloque toute possibilité de lien entre Arabes et Israéliens, intimide les leaders arabes favorables à la paix et transforme les Arabes favorables à la normalisation en parias. En Occident, le même discours nourrit le mouvement BDS et sa prétention de parler au nom des Palestiniens.

Nous cherchons à aider les Arabes à faire valoir leurs arguments, à plaider pour la paix et contre leurs autorités terroristes. Ce sont eux qui sont les plus à mêmes de montrer les revers de ce discours et d’exposer la nature profondément artificielle, étrangère, de BDS, qui agit au mépris des intérêts des peuples arabes, contre la volonté d’une partie toujours plus nombreuse de la rue arabe, en tandem avec des milices que les populations considèrent comme indésirables.

C’est la raison pour laquelle nous nous sommes rapprochés des habitants de Gaza et que nous les avons invités à raconter leur histoire face caméra.

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Les participants ont évoqué les arrestations arbitraires, l’extorsion, les violences des membres du Hamas, la violation systémique des libertés individuelles les plus essentielles.

Des parents ont fait part de leur anxiété face au lavage de cerveau subi par leurs enfants. Les commerçants ont parlé du racket effectué par le Hamas. Et tout le monde s’est insurgé contre les richesses accumulées par les membres du Hamas au détriment de la majorité des habitants de Gaza.

Les personnes interviewées ont aussi fait part de leur soutien en faveur de l’auto-détermination palestinienne, ils l’ont fait avec force, mais ils ont aussi indiqué que le Hamas nuisait à cette cause en commençant des guerres contre Israël, ses hauts-responsables à l’abri dans des bunkers, et laissant les civils en subir les dramatiques conséquences.

Ils ont expliqué la guerre menée par le Hamas, qui lui permet d’obtenir des aides plus tard siphonnées par le gouvernement.

Certains ont appelé à des manifestations non-violentes contre Israël en lieu et place « de la résistance armée ». D’autres ont prôné le dialogue avec les Israéliens, pour faire la paix ou bénéficier de leur aide pour reconstruire la bande. La plupart d’entre eux ont appelé à ce que prenne fin ce qu’ils ont qualifié « d »occupation de Gaza par le Hamas ».

En réfléchissant à ce que nous allions faire de ces témoignages, nous nous sommes inspirés des expériences passées.

En 2021, nous avions mobilisé 312 Irakiens originaires de tout le pays qui s’étaient réunis à Erbil, une ville dans le nord, et qui avaient appelé à la paix avec Israël.

Le Hezbollah et les milices irakiennes avaient déclaré la guerre à la conférence – « de peur qu’ils ne deviennent plus nombreux », comme l’avait dit le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, dans un discours.

Les partisans du Hezbollah regardent un discours télévisé prononcé par Hassan Nasrallah, leader du groupe terroriste libanais du Hezbollah, à Al-Ain, dans la vallée de Bekaa, au Liban, le 25 août 2019 (Crédit : AFP)

Nous avions fait tout ce qui était nécessaire pour garantir la sécurité et la liberté de tous les participants.

Pour notre initiative à Gaza, nous avons adopté une nouvelle stratégie pour minimiser l’exposition publique des participants tout en optimisant l’impact de leurs témoignages.

Nous avons réuni animateurs, illustrateurs et musiciens avec pour objectif de réaliser 25 vidéos à partir d’entretiens filmés, en remplaçant le visage de nos intervenants par des dessins et en changeant leur voix. Parce qu’au-delà de la protection de l’identité, la représentation artistique des témoignages peut en dire beaucoup sur la vie d’un individu.

Nous avons ensuite créé des versions des vidéos sous-titrées en six langues et conclu des accords de distribution avec ce journal appartenant à l’Arabie saoudite, alarabiya.net, de même qu’avec Kayhan London, Infobae et RecordTV.

La plupart ont opté pour une publication en trois lots hebdomadaires – celui d’aujourd’hui est le troisième – accompagnés d’articles attestant que les tragédies décrites par les Gazaouis sont monnaie courante.

Le Hamas a immédiatement riposté en prenant d’assaut toutes nos plateformes de distribution par voie électronique. (Nous avons publié un exemple de leurs actions.) et en demandant à une équipe média de riposter à ces images au moyen de versions contrefaites, avec des commentaires radicalement différents.

Comme on pouvait s’y attendre, les témoignages sont très déformés.

Ainsi, dans l’une de nos vidéos, le témoin explique qu’avec le Hamas, « il est interdit de dire que nous ne voulons pas la guerre » et que le changement doit « venir du peuple ». Dans la version du Hamas, on entend « La solution est dans la Résistance, rien d’autre » et « après quatre guerres, nous sommes plus que jamais aux côtés de la Résistance et ne les abandonnerons jamais. »

Dans une autre vidéo, « Amna » dit sa peur d’envoyer ses enfants dans des écoles dirigées par le Hamas  » où ils endoctrinent les gens. » Dans la version du Hamas, elle dit envoyer fièrement ses enfants dans une école du Hamas pour qu’ils reçoivent une éducation islamique correcte. Nous savons d’expérience que tout ceci, déployé sur une semaine, a supposé le travail intensif d’une équipe de professionnels.

Le Hamas n’a fait qu’exposer davantage sa perversité et sa crainte de ce que pensent et disent les vrais Gazaouis.

Pour ce qui est des témoignages eux-mêmes, une fois entrés dans l’infosphère, il se sont répandus et ont suscité de nouvelles conversations.

Dans les pays arabes, où vit l’essentiel de notre public, les réseaux sociaux ont enregistré peu de manifestations de sympathie envers le Hamas ou de solidarité avec les aspirations des Gazaouis pour un avenir différent.

En Iran, les manifestants anti-régime ont établi des parallèles, via Telegram et WhatsApp, entre les griefs de Gaza et leur propre rejet du régime islamiste.

Les pro-Israéliens ont non seulement exprimé leur dégoût envers le Hamas, mais aussi leur reconnaissance de l’humanité et de l’envie de changement des Gazaouis.

En Israël, un éminent avocat du dialogue avec le Hamas s’est réjoui de la série pour une toute autre raison : non seulement elle permet « aux Gazaouis ordinaires et courageux de raconter au monde à quoi ressemble la vie avec le Hamas », a écrit Gershon Baskin, mais elle donne également « l’occasion aux dirigeants [du Hamas] d’entendre leurs histoires ».

Il est d’ores et déjà prévu que la série soit programmée dans plusieurs pays, dans les assemblées législatives, les groupes de réflexion, les campus et centres communautaires.

De façon poignante, le premier à avoir emboité le pas est la section de Sderot de NOAL, la plus grande ONG éducative d’Israël, où les familles font constamment face à des tirs de roquettes depuis la bande de Gaza voisine.

L’événement est coparrainé par Youth4Mena, toute jeune ONG qui favorise le rapprochement israélo-arabe. Il a été retardé d’une semaine afin que les Israéliens respectent la période de deuil due aux victimes du carnage du Hamas à Jérusalem.

« Le chemin vers la paix entre Israël et ses voisins est complexe », écrit Tom Vizel, l’organisateur de l’événement, « mais il commence par la compréhension des éléments extrémistes, là où nous vivons, tout en faisant entendre la voix de ceux qui aspirent à autre chose. »

Nous sommes une petite organisation et n’avons pas les moyens nécessaires pour faire en sorte que la voix des Gazaoui porte autant que celle du Hamas. Nous sommes néanmoins satisfaits des premiers résultats. Deux semaines après leur lancement, les vidéos ont totalisé plus de deux millions de vues sur nos chaînes.

Les téléspectateurs anglophones se classent au deuxième rang, derrière notre public arabe. Nous estimons que plus d’un million de vues supplémentaires ont été cumulées via des diffuseurs partenaires avec d’autres plateformes, les publications sur les réseaux sociaux, WhatsApp et Telegram. Nous pensons que la plus forte audience par habitant se trouve à Gaza elle-même, où les vidéos font en quelque sorte oeuvre de catharsis, en donnant à entendre des émotions que tant d’entre eux ressentent.

L’histoire de « Murmuré depuis Gaza » ne fait que commencer.

Nous continuons à faire le maximum pour en assurer la plus large diffusion et demandons à tous ceux qui croient en ces voix de se joindre à nous et de les répandre urbi et orbi.

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