A Gaza, premier tournoi de boxe 100 % féminin
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A Gaza, premier tournoi de boxe 100 % féminin

L'entraineur, qui déplore néanmoins un manque de moyens, espère toute de même faire sortir les boxeuses de Gaza pour des compétitions régionales, à commencer par le Koweit

Dans un sous-sol lugubre, la cloche sonne : sur le ring, deux adolescentes qui rêvent de devenir à leur manière des Mohamed Ali s’affrontent à l’occasion du premier tournoi de boxe 100 % féminin de l’enclave palestinienne de Gaza.

Les jeunes boxeuses, casque sur la tête et gants aux mains, s’affrontent devant parents et amis, certains munis de masques sanitaires.

Farah Abou Al Qomsan, 15 ans, raconte qu’elle suivait la boxe en ligne depuis un certain temps, avant de passer de l’écran aux gants.

« Je regardais des boxeurs comme Mike Tyson et Mohamed Ali, j’adore les voir combattre. Ils sont vraiment bons et gagnent souvent leurs combats dès le premier round », dit-elle.

Sur le ring, des gamines de 10 ans, frêles mais déterminées, enchaînent les jabs.

Des adolescentes, et des femmes dans la jeune vingtaine s’affrontent aussi selon les catégories de poids, sous la voix rythmée et tonitruante de l’animateur de foule et les vivats d’un public compact qui a défié le coronavirus pour ce tournoi.

C’est une « première en Palestine, un tournoi de boxe féminine », se félicite l’entraîneur Oussama Ayoub, qui déplore néanmoins un manque de moyens dans un territoire exigu, densément peuplé.

« Il n’y a pas de sports pour les jeunes en général, et les filles » en particulier, relève Ritta Abou Rahma, passionnée de boxe qui pratique son sport sans grands moyens, dans cette enclave conservatrice dirigée par le mouvement terroriste islamiste du Hamas.

« Plusieurs personnes pensent que ce que nous faisons est mal, que nous agissons hors des mœurs et des traditions, mais pour moi, ma famille et mes amis, tout ça est normal. Et ils m’appuient tous », fait-elle valoir.

« Les garçons et les filles ont le droit de pratiquer le sport de leur choix, et puis pour moi pratiquer la boxe cela n’enlève rien à ma féminité, au fait d’être une femme », affirme Ritta.

Cours de boxe féminine à Gaza, en novembre 2020. (Crédit ; AFPTV)

Sans ressources

La bande de Gaza, enclave de deux millions d’habitants, est plombée par un chômage avoisinant les 50 %, avec des pointes d’environ 65 % chez les jeunes, un contexte déjà difficile aggravé par la pandémie de nouveau coronavirus.

« Nous sommes un club de boxe olympique mais nous n’avons pas de ressources (pour fournir des gants et des casques, ndlr) », note l’entraîneur Oussama Ayoub, mi-trentaine.

Il est néanmoins fier de cette première compétition qui s’est déroulée vendredi avec à l’horizon le projet de faire sortir les boxeuses de Gaza pour des compétitions régionales.

« Nous avions 45 concurrentes aujourd’hui et les meilleures vont se qualifier pour l’équipe nationale (de Palestine) en vue d’un championnat au Koweït en février 2021 », ajoute-t-il, disant espérer pouvoir sortir de l’enclave palestinienne afin de se rendre à la compétition.

Le 8 janvier 2019, les forces de sécurité palestiniennes du Hamas montent la garde au poste-frontière de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza. (Crédit : Abed Rahim Khatib / Flash90)

Avant de se rendre au Koweït, les boxeuses de Gaza devront sans doute affronter un autre rival, sans casques mais avec des masques, le Covid-19 ayant atteint des sommets dans ce territoire aux infrastructures balbutiantes, avec 891 nouveaux cas annoncés samedi contre seulement une poignée encore à la fin de l’été.

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