A l’ombre de l’attentat de Sarona, juifs et musulmans s’unissent pour le Ramadan
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A l’ombre de l’attentat de Sarona, juifs et musulmans s’unissent pour le Ramadan

L’initiative rapproche les Israéliens des maisons arabes pendant le mois saint musulman pour rompre le jeûne et le pain et semer les graines de l’amitié

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Juifs et arabes partagent un iftar (repas de rupture du jeûne) pendant le mois de Ramadan, à Tayibe, le 9 juin 2016. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israel)
Juifs et arabes partagent un iftar (repas de rupture du jeûne) pendant le mois de Ramadan, à Tayibe, le 9 juin 2016. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israel)

La fusillade semblait se profiler dans les esprits de tous. C’étaient des jours sombres, des jours durs, comme un politicien le dirait plus tard. Mais malgré l’attentat terroriste qui a tué quatre personnes et en a blessé beaucoup d’autres dans le centre de Tel Aviv la veille, que le Hamas a surnommé « Opération Ramadan », un bus entier de juifs de Tel Aviv est venu jeudi soir visiter la ville arabe de Tayibe, dans le centre d’Israël.

Tayibe, à ne pas confondre avec le village palestinien de Taybeh en Cisjordanie, ou le village arabe israélien de Taibe en Galilée, est située dans les frontières de l’Etat juif, tut près de la Route 6. Le sens de Tayibe est « bon » en arabe, et elle tiendra très prochainement les standards gastronomiques et sociaux que son propre nom demande.

La plupart des Israéliens du bus n’étaient jamais venus dans la ville avant, et n’avaient jamais non plus participé à un iftar, le repas du soir qui rompt le jeûne de la journée et qui a lieu tous les soirs du Ramadan, qui demande aux musulmans de jeûner du lever au coucher du soleil.

Le groupe, majoritairement composé d’Israéliens d’un âge moyen à âgé, prenait part à un évènement d’un mois appelé « les Nuits du Ramadan », pendant lequel les juifs israéliens peuvent visiter huit villes arabes différentes et rejoindre une famille musulmane pour l’iftar. L’initiative est organisée par Sikkuy, une organisation israélienne qui œuvre pour l’égalité civile.

Juifs et arabes partagent un iftar (repas de rupture du jeûne) pendant le mois de Ramadan, à Tayibe, le 9 juin 2016. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israel)
Juifs et arabes partagent un iftar (repas de rupture du jeûne) pendant le mois de Ramadan, à Tayibe, le 9 juin 2016. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israel)

L’un des organisateurs du voyage, Gili Roi, co-directeur du département pour une société partagée de Sikkuy, a déclaré au Times of Israël qu’il y avait eu une brève période d’incertitude après l’attentat de Sarona, qui a coûté la vie à quatre Israéliens.

L’équipe de Sikkuy a rapidement décidé qu’il était encore plus urgent que le voyage, au lieu d’être annulé, se déroule exactement comme prévu.

Ce n’était pas le cas il y a deux ans. En 2014, le premier soir des Nuits du Ramadan avait coïncidé avec la découverte des corps de trois adolescents enlevés et assassinés par des membres du Hamas en Cisjordanie trois semaines auparavant.

L’incident et ses conséquences avaient escaladé jusqu’à la guerre de Gaza. Cet été-là, a dit Roi, le programme entier avait été annulé en raison de l’escalade rapide des hostilités. Mais un an après la guerre, 1 000 juifs israéliens avaient participé aux Nuits du Ramadan. Cette année, les organisateurs devraient doubler ce nombre.

Shuaa Masarwa Mansur, le maire de Tayibe. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israel)
Shuaa Masarwa Mansur, le maire de Tayibe. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israel)

Pendant une petite cérémonie pour les participants à la mairie de Tayibe pour célébrer l’ouverture d’un marché du Ramadan, qui sera ouvert tous les soirs du mois saint, le maire Shuaa Masarwa Mansur s’est brièvement exprimé devant les journalistes.

« Ce sont des jours sombres », a-t-il déclaré en parlant de la fusillade du marché de Tel Aviv qui avait eu lieu la veille. « Nous sommes destinés à vivre ensemble, nous devons donc apprendre comment vivre les uns avec les autres. La seule manière de gagner est par le dialogue et la compréhension de l’autre. »

Interrogé sur son sentiment que le Hamas ait appelé l’attentat terroriste « Opération Ramadan » et le « premier signe du mois saint », le maire a répondu : « le Ramadan est un mois de tolérance, un mois saint. Notre religion est contre le meurtre, partout dans le monde. C’est le moment pour ceux qui sont contre la violence de faire entendre leurs voix et de dire ‘oui à la paix et non à la guerre’. »

Le maire a également critiqué la décision du gouvernement israélien qui, suite à l’attentat de Tel Aviv, a annulé les permis de dizaines de milliers de Palestiniens pour entrer en Israël pendant le mois, parlant de « punition collective » et d’« erreur ».

Le marché du Ramadan de Tayibe, une nouvelle initiative pour amer du tourisme dans la ville arabe israélienne, le 9 juin 2016. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israel)
Le marché du Ramadan de Tayibe, une nouvelle initiative pour amer du tourisme dans la ville arabe israélienne, le 9 juin 2016. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israel)

Après avoir quitté la mairie, le groupe juif s’est rendu jusqu’à la maison d’une famille qui les accueillerait pour leur iftar. Comme il est fréquent pendant le Ramadan, alors que le soleil se couche, la vie de la ville commence à s’éveiller. Des groupes de gens peuvent être vus dans leur jardin ou dans les rues, faisant des falafels ou du poulet, certains pour leurs familles et d’autres pour le vendre.

Les arrivants à la maison pour l’iftar ont été accueillies avec des lumières colorées et une arche blanche passant par-dessus un tapis rouge, lui donnant une légère atmosphère de remise de prix de cinéma. Pour le repos, une centaine de personnes se sont assises dans la cour autour de tables nappées de blanc, appréciant un plat délicieux composé de taboulé, d’aubergine farcie et de feuilles de raisins, de poulet, de mejadra (riz aux lentilles) et d’agneau cuit recouvert de yaourt. Pour le dessert, les crêpes traditionnelles du Ramadan, les kataif, qui étaient farcies au fromage.

Amena Massarwe, 23 ans, accueille un iftar judéo-musulman à Tayibe, le 9 juin 2016. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israel)
Amena Massarwe, 23 ans, accueille un iftar judéo-musulman à Tayibe, le 9 juin 2016. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israel)

Pour cet iftar, la professeur d’arts Amena Massarwe, 23 ans, était l’hôte principale de la soirée.

« J’accueille des juifs pour qu’ils puissent sentir le Ramadan, qui est censé assembler les familles, a déclaré Massarwe. Le type d’évènements que nous accueillons ici rassemble les juifs et les arabes. »

Elle a également critiqué l’utilisation du Ramadan par le Hamas comme appel à la violence.

« Le Ramadan est un mois très saint. Nous devons honorer cela et nous devons prendre soin de tous les types de personnes, qu’elles soient juives, druzes, ou arabes », a-t-elle dit, ajoutant que l’évènement « est très émouvant » pour elle et la rapproche « des autres ».

Ravit Boged (à gauche) pendant le repas d'iftar avec Tachsim Jaber à Tayibe, le 9 juin 2016. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israel)
Ravit Boged (à gauche) pendant le repas d’iftar avec Tachsim Jaber à Tayibe, le 9 juin 2016. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israel)

Ravit Boged, qui aide à la gestion d’une école judéo-arabe de la ville voisine de Kfar Saba, a été charmée par la jeune femme de 23 ans distribuant le plat et ravie d’être à un évènement de Ramadan.

« Quelle belle atmosphère ici ce soir, quel accueil chaleureux, a-t-elle déclaré. Il y a toujours tellement de générosité ici. Les personnes qui connaissent Tayibe savent que c’est vraiment une ville accueillante. »

Tachsim Jaber, conducteur de bus de Tayibe qui dînait avec Boged a ajouté que « nous apprenons à nos voisins les valeurs du Ramadan, comment nous le célébrons et ce dont parle ici l’esprit de fête. »

Pour plus d’informations sur les Nuits du Ramadan, visitez shared-tourism.org.il

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