A Munich, Netanyahu menace l’Iran d’une action militaire directe
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A Munich, Netanyahu menace l’Iran d’une action militaire directe

Brandissant un morceau du drone abattu, le Premier ministre a demandé au chef de la diplomatie iranien : "Reconnaissez-vous ceci, M. Zarif ?"

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu tient un morceau du drone iranien abattu dans l'espace aérien israélien au troisième jour de la 54e conférence de Munich sur la sécurité organisée à l'hôtel Bayerischer Hof, dans le sud de l'Allemagne, le 28 février 2018 (Capture d'écran)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu tient un morceau du drone iranien abattu dans l'espace aérien israélien au troisième jour de la 54e conférence de Munich sur la sécurité organisée à l'hôtel Bayerischer Hof, dans le sud de l'Allemagne, le 28 février 2018 (Capture d'écran)

Tenant dans sa main un fragment du drone iranien abattu la semaine dernière dans le nord d’Israël, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a averti dimanche que l’Etat juif pourrait frapper la République islamique directement, recommandant à Téhéran de « ne pas tester la détermination israélienne ».

« M. Zarif, reconnaissez-vous ceci ? Cela devrait être le cas, ça vous appartient. Vous pouvez rapporter avec vous un message aux tyrans de Téhéran – ne testez pas la résolution d’Israël ! », a clamé Netanyahu lors de la conférence sécuritaire de Munich à laquelle assistait le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif. M. Netanyahu a aussi lancé une attaque personnelle contre M. Zarif, l’accusant de « mentir avec éloquence ».

Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a qualifié dimanche de « cirque caricatural » l’intervention très théâtrale du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui a menacé Téhéran de violentes représailles en cas d’agression depuis la Syrie.

« Vous avez été les spectateurs d’un cirque caricatural ce matin, qui ne mérite même pas la dignité d’une réponse », a-t-il lancé.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a ensuite expliqué être satisfait de la réponse apportée par le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, qui a qualifié l’exhibition par le Premier ministre d’un morceau du drone iranien qui a été abattu de « cirque caricatural ».

« Le fait que [Zarif] doive y répondre, c’est tout ce que je voulais », a dit Netanyahu.

Le Premier ministre a précisé aux journalistes que la raison de sa focalisation sur l’Iran, dans son discours, était d’influencer la décision que prendra le président américain Donald Trump dans deux mois sur l’éventuelle remise en vigueur de sanctions contre la République islamique.

« Le discours avait pour objectif de parler de l’agressivité actuelle de l’Iran sur le terrain et d’influencer ce qui arrivera à Washington dans quelques mois », a-t-il dit.

Le mois dernier, Trump a prolongé l’assouplissement des sanctions visant l’Iran dans le cadre de l’accord sur le nucléaire mais il a indiqué que les Etats-Unis étaient prêts à s’en retirer et à remettre les sanctions en place au terme de la période d’extension, dans approximativement deux mois.

Le drone iranien, qui est entré dans le nord d’Israël depuis la Syrie, près de la frontière jordanienne, a été abattu par un hélicoptère d’attaque. En réponse, les avions israéliens ont attaqué le centre de commandement mobile à partir duquel il a été opéré, a indiqué l’armée.

Lors du raid de représailles, l’un des huit avions de chasse israéliens F-16 qui ont pris part à l’opération a apparemment été touché par un missile anti-aérien syrien et s’est écrasé. L’armée de l’air israélienne a ensuite mené une deuxième série de frappes aériennes, détruisant entre un tiers et la moitié des défenses aériennes de la Syrie, selon le porte-parole de l’armée israélienne, le lieutenant-colonel Jonathan Conricus.

Les hostilités de ce samedi ont marqué le premier affrontement direct en Syrie entre les forces aériennes israéliennes et le régime iranien sur le territoire israélien. Israël met en garde depuis longtemps contre l’ancrage croissant de l’Iran dans la Syrie voisine et a affirmé que l’Etat juif ne tolérera pas une présence militaire iranienne sur ses frontières.

« A travers ses mandataires – les milices chiites en Irak, les Houthis au Yémen, le Hezbollah au Liban, le Hamas à Gaza – l’Iran dévore de larges parties du Moyen-Orient », a déclaré Netanyahu.

« Israël ne permettra pas au régime de l’Iran de poser l’étau du terrorisme autour de nos nuques », a-t-il ajouté.

« Nous agirons sans hésitation pour nous défendre. Et nous agirons, si cela est nécessaire, pas seulement contre les mandataires de l’Iran qui nous attaquent mais contre l’Iran directement », a dit le Premier ministre.

Dans son discours de dimanche, Netanyahu a également raillé l’accord sur le nucléaire passé entre Téhéran et les grandes puissances. Il a vivement critiqué le régime iranien et qualifié Zarif de « porte-parole enjôleur de Téhéran ».

« Je vais le dire, il ment avec éloquence », a dit Netanyahu. « Zarif a expliqué qu’il était faux de dire que l’Iran est un pays radical. Si c’est vrai, pourquoi pendent-ils des homosexuels au bout des grues sur les places des villes ? »

Déployant une carte du Moyen-Orient, Netanyahu a noté que tandis que le groupe terroriste de l’Etat islamique battait en retraite, l’Iran n’a cessé de se renforcer. Les services de renseignement israéliens ont aidé à déjouer des douzaines d’attaques terroristes dans des douzaines de pays de la part de l’Etat islamique, a ajouté Netanyahu.

L’Iran tente de s’emparer de larges pans du Moyen-Orient, notamment en établissant des bases navales sur la méditerranée, a accusé Netanyahu.

« Pouvez-vous imaginer des sous-marins iraniens à proximité de la Sixième flotte américaine ? Près du port de Haïfa ? », a-t-il poursuivi.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu montre une carte de l’influence iranienne au Moyen-Orient durant un discours au troisième jour de la 54ème conférence sécuritaire de Munich à l’hôtel Bayerischer Hof, à Munich, dans le sud de l’Allemagne, le 18 février 2018 (Capture d’écran)

Le Premier ministre a appelé à abandonner l’accord sur le nucléaire passé en 2015 entre Téhéran et les grandes puissances, disant : « Ne répétons pas les erreurs du passé. L’apaisement ne fonctionne jamais ».

Il a fait la comparaison entre l’Iran contemporaine et l’Allemagne nazie à la veille de la Seconde Guerre mondiale, disant que dans les deux cas, les accords passés entre les deux régimes et les puissances mondiales avaient renforcés ces derniers.

« Les concessions à Hitler ont seulement renforcé les nazis. Des chefs bien intentionnés n’ont fait que rendre la guerre plus difficile et plus coûteuse », a-t-il noté.

« L’Iran n’est pas l’Allemagne nazie. L’un a défendu une race supérieure, l’autre défend une confession supérieure », a estimé Netanyahu. « L’Iran cherche à détruire Israël et développe des missiles balistiques qui peuvent également atteindre l’Europe et les Etats-Unis. Une fois que le pays détiendra l’arme nucléaire, il n’y aura plus de contrôle possible sur l’Iran ».

L’accord iranien « n’a pas rendu les Iraniens plus modérés à l’intérieur du pays, et il ne les a pas rendus plus modérés à l’extérieur non plus. Cet accord a libéré le tigre iranien dans notre région. Nous devons clairement nous exprimer, nous devons agir avec hardiesse. Nous pouvons arrêter ce régime dangereux », a ajouté Netanyahu.

« Je ne me préoccupe pas de cet accord, de régler ses failles ou de l’abroger. Je veux empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire », a dit Netanyahu, réclamant les « sanctions les plus dures, les plus écrasantes » contre le développement par l’Iran de missiles balistiques.

Le Premier ministre a également fait allusion à une querelle diplomatique avec la Pologne sur une loi qui sanctionnerait toute incrimination de l’Etat ou de la nation polonaise dans les crimes commis pendant l’Holocauste, même s’il ne l’a pas évoquée ouvertement.

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki fait un discours durant la conférence sur la sécurité de Munich le 17 février 2018 à Munich, dans le sud de l’Allemagne (Crédit : AFP PHOTO / Thomas KIENZLE)

S’adressant samedi à l’assistance réunie pour la conférence sécuritaire de Munich, le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki a rejeté les critiques d’une nouvelle loi qui mentionne la pénalisation de l’incrimination de l’Etat polonais dans les crimes commis pendant la Shoah alors qu’il était interrogé par un journaliste israélien qui lui demandait si le récit de l’histoire de sa famille, persécutée en Pologne, serait mise hors la loi sous les termes de la nouvelle législation.

« Bien sûr que ce ne sera pas passible de sanction, cela ne pourra être considéré comme criminel de dire qu’il y a eu des Polonais auteurs de crimes, comme il y a eu des Juifs auteurs de crimes, comme il y a eu des Russes auteurs de crimes, comme il y a eu aussi des Ukrainiens, et pas seulement des allemands auteurs de crimes », a déclaré Morawiecki à Ronen Bergman du Yedioth Ahronoth. Dans sa réponse initiale, dans la soirée de samedi, Netanyahu a répondu que « les propos tenus ici par le Premier ministre polonais sont scandaleux. Il y a un problème à comprendre l’histoire et un manque de sensibilité envers la tragédie vécue par notre peuple. J’ai l’intention de m’entretenir avec lui sur le champ ».

Evoquant les crimes des nazis lors de la Seconde Guerre mondiale, le Premier ministre a indiqué dimanche que « 60 millions de personnes ont été tuées dont un tiers de mon propre peuple. Six millions de Juifs tués par les nazis et leurs collaborateurs », a-t-il expliqué, soulignant le dernier mot.

« Nous n’oublierons pas, nous ne pardonnerons pas, nous lutterons toujours pour la vérité », a ajouté Netanyahu en hébreu et en anglais.

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