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Abbas à Kahana : Accepter de coexister par obligation n’est pas la vraie tolérance

Le député a dit qu'il enverrait les Arabes en Suisse si c’était possible, mais il sait que ce n'est pas le cas ; le chef du Raam répond : "Nous devons choisir de vivre ensemble"

Le chef du parti Raam, le député  Mansour Abbas, s'exprime lors d'une conférence à l'université Reichman à Herzliya, le 17 mai 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
Le chef du parti Raam, le député Mansour Abbas, s'exprime lors d'une conférence à l'université Reichman à Herzliya, le 17 mai 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Les Juifs et les Arabes en Israël doivent choisir de coexister plutôt que d’accepter à contrecœur qu’ils sont obligés de partager la même terre, a déclaré mercredi Mansour Abbas, chef du parti Raam.

Abbas a fait ces commentaires en guise de réponse critique mais mesurée à un autre membre de la coalition, Matan Kahana, qui a suscité une controverse en début de semaine lorsqu’il a déclaré qu’il enverrait tous les Arabes d’Israël en Europe s’il pouvait appuyer sur un « bouton » pour le faire, ajoutant qu’un tel bouton n’existe pas.

Dans une interview à la chaîne publique Kan mercredi matin, Abbas a dit qu’il comprenait que le point essentiel des remarques de Kahana avait été que les Juifs et les Arabes devaient accepter de vivre les uns à côté des autres.

« Mais ce n’est pas là une véritable tolérance ; c’est de la contrainte », a déclaré Abbas. « Nous devons changer notre façon de penser et vivre ensemble en Terre Sainte par choix. Je veux que chacun parvienne à la conclusion que nous avons décidé de vivre ensemble même si nous avions un bouton. Ce qui est inquiétant, ce ne sont pas les boutons que nous n’avons pas, mais les boutons que nous avons – de violence et d’incitation à la haine – et le fait que des gens appuient sur ces boutons.

« Même si nous avions un bouton, nous décidons de ne pas appuyer dessus par choix et par acceptation de l’autre », a-t-il ajouté. « Dans ma main, il y a un bouton sur lequel j’appuie depuis que j’ai rejoint la coalition : celui du partenariat et de la tolérance, pour que toutes les parties de la société deviennent plus ouvertes afin de promouvoir le bien commun. »

Kahana, le vice-ministre des Affaires religieuses qui appartient au parti de droite Yamina, dirigé par le Premier ministre Naftali Bennett, avait suscité l’indignation mardi après la diffusion sur la chaîne publique Kan d’une vidéo de lui disant à des lycéens un jour plus tôt : « S’il existait un bouton sur lequel appuyer pour faire disparaître tous les Arabes, les envoyer par train express pour la Suisse – pour y être heureux, car je leur souhaite le meilleur – j’appuierais volontiers dessus. »

Le ministre des Affaires religieuses Matan Kahana s’exprime lors d’une conférence à Jérusalem, le 7 février 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Mais ce bouton n’existe pas », a-t-il poursuivi, s’exprimant dans un lycée de l’implantation d’Efrat. « Apparemment, c’est notre destin de vivre ici [ensemble] sur cette terre, d’une manière ou d’une autre ».

Ces propos ont été condamnés par plusieurs députés, parmi lesquels des députés du parti de la coalition Raam, entré dans l’histoire l’an dernier en devenant le premier parti arabe à rejoindre une coalition israélienne. L’improbable coalition s’est considérablement affaiblie ces derniers temps, à la défaveur de la défection ou du vote contestataire ou abstentionniste de députés de plusieurs partis.

« Matan Kahana, nous sommes ici parce que c’est notre patrie », a répondu le député Raam Walid Taha. « Vous, et ceux qui pensent comme vous, continuerez à ronger votre frein parce que nous ne disparaîtrons pas de sitôt. »

Kahana a reconnu mardi matin avoir mal choisi ses mots pour faire comprendre qu’il n’y avait pas d’alternative à la coexistence.

Abbas a ajouté mercredi que la coalition actuelle doit être préservée car elle est basée sur une « véritable tolérance ». Il a appelé les rebelles potentiels (parmi lesquels le député Mazen Ghanayem de son propre parti) à « bien réfléchir à ce qu’ils pouvaient faire pour que le bouton du partenariat et de la tolérance reste allumé. »

M. Abbas a déclaré qu’il ne demanderait à personne de démissionner de la Knesset, comme certains l’ont exigé de Ghanayem et de la députée rebelle du Meretz Ghaida Rinawie Zoabi: « La solution n’a pas besoin d’être un siège éjectable. L’objectif est clair pour tous : Chacun doit faire ce qu’il doit faire pour sauvegarder ce processus. Ceux qui veulent rester resteront, et ceux se sentent le besoin de partir partiront. »

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