Administration civile: L’Etat nous fait refuser les constructions palestiniennes
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Administration civile: L’Etat nous fait refuser les constructions palestiniennes

Pour une ONG de défense des droits de l'homme, les propos du chef de l'Administration civile Achvat Ben Hoor prouvent qu'Israël empêche toute expansion palestinienne dans la zone C

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Illustration: Des Palestiniens tentent de récupérer des objets dans les décombres d'une maison après avoir été détruite par des tracteurs de Tsahal près du village de Sussiya en Cisjordanie en 2011. (Najeh Hashlamoun / Flash90)
Illustration: Des Palestiniens tentent de récupérer des objets dans les décombres d'une maison après avoir été détruite par des tracteurs de Tsahal près du village de Sussiya en Cisjordanie en 2011. (Najeh Hashlamoun / Flash90)

Un fonctionnaire du ministère de la Défense a déclaré dimanche à une puissante commission de la Knesset que le gouvernement ordonne à son bureau de ne pas approuver les projets de construction palestiniens en Cisjordanie.

« Conformément à la directive de la hiérarchie politique, il n’y a pratiquement aucune planification approuvée pour le secteur palestinien », a déclaré le général de brigade Achvat Ben Hoor devant la Commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset.

Ben Hoor dirige l’Administration civile, l’organisme du ministère de la Défense qui délivre les autorisations de constructions en Cisjordanie.

Au cours de la session, Orit Strock, militante des implantations, a affirmé que toutes les ressources de l’Administration civile ont été allouées aux Palestiniens. Ben Hoor a assuré à Strock que c’était le contraire en ce qui concerne la construction.

Achvat Ben Hoor, chef de l’administration civile. (Capture d’écran/YouTube)

Un fonctionnaire du ministère de la Défense a ensuite précisé au Times of Israel que Ben Hoor se référait strictement aux plans directeurs de construction. Bien qu’aucune nouvelle maison palestinienne ne soit actuellement à l’étude pour approbation, l’Administration civile continue d’autoriser d’autres projets visant à améliorer et développer les infrastructures palestiniennes existantes, a déclaré le responsable.

Un responsable du cabinet du Premier ministre a refusé de commenter la directive à laquelle Ben Hoor faisait référence.

L’Administration civile est chargée de délivrer les permis de construire aux Israéliens et aux Palestiniens dans la zone C.

En vertu des Accords d’Oslo, la zone C de Cisjordanie – 60 % du territoire, où se trouvent la plupart des implantations juives et où vivent quelque 200 000 Palestiniens – est entièrement sous contrôle administratif et militaire israélien, tandis que la zone B (22 %) est sous le contrôle administratif de l’AP et sous la tutelle de Tsahal qui est chargée de la sécurité. La zone A – 18 %, qui englobe les principales villes palestiniennes – est sous le contrôle administratif et sécuritaire total de l’Autorité palestinienne (AP).

Vue de l’implantation israélienne de Beitar Illit le 14 février 2018. (AFP/ MENAHEM KAHANA)

Au cours du premier semestre 2016, l’Administration civile a accordé des permis de construire pour 37 des 428 demandes présentées par les Palestiniens de la zone C. En 2015, seules 7 des 385 demandes de permis de construire ont été agréées.

Le Times of Israel a contacté l’Administration civile pour obtenir ses statistiques sur les permis accordés depuis le second semestre de 2016 et a été renvoyé au site Web du ministère des Finances sur la planification. Toutefois, les données les plus récentes sur les projets palestiniens approuvés datent de plus de deux ans, ce qui donne à penser qu’aucun nouveau plan n’a été autorisé par l’administration civile depuis.

En comparaison, les projets de construction israéliens dans la zone C ont été approuvés par milliers sur une base quasi annuelle.

Les ONG de défense des droits de l’homme affirment que la rareté des permis de construire ne laisse aux Palestiniens d’autre choix que de construire illégalement et que les autorités israéliennes en sont conscientes.

Une vue générale montre un quartier palestinien surpeuplé qui atteint presque une partie de la barrière de sécurité israélienne qui entoure la ville de trois côtés, dans la ville de Qalqilya, la plus densément peuplée de Cisjordanie, le 5 juillet 2017. (AP Photo/Nasser Nasser)

En juin 2017, le ministre de la Défense Avigdor Liberman a présenté un projet visant à agrandir la ville palestinienne surpeuplée de Qalqilya d’environ 6 000 logements sur une période de près de deux décennies. Cependant, à peine un mois plus tard, le Cabinet a voté en faveur du gel du projet en raison des pressions exercées par les dirigeants des implantations.

Alon Cohen-Lifshitz du groupe Bimkom sur les permis de construire a expliqué que la décision du cabinet « n’avait aucun impact sur la situation sur le terrain, car… de toute façon, il n’y aura pas de travaux.

Dans son communiqué de dimanche, l’ONG Bimkom a déclaré que les déclarations de Ben Hoor prouvaient une fois de plus qu’Israël empêche tout développement palestinien dans la zone C.

« Toutes les tentatives des résidents palestiniens pour satisfaire aux exigences de l’Administration civile sont sans valeur, puisque toutes les décisions sont finalement prises par les responsables politiques », a déclaré cette ONG de gauche dans un communiqué. Le gouvernement a « étendu les frontières de la discrimination à des niveaux inhumains, portant gravement préjudice à des centaines de milliers de Palestiniens en Cisjordanie », a-t-elle dit.

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