Adoption d’un compromis abaissant l’âge de l’exemption militaire des Haredim
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Adoption d’un compromis abaissant l’âge de l’exemption militaire des Haredim

L'âge passera de 24 ans à 21 ans mais il reviendra graduellement à 23 ans - ce qui vise à encourager les ultra-orthodoxes à quitter la yeshiva et à trouver un emploi plus tôt

Des ultra-orthodoxes devant un bureau de recrutement de l'armée à Jérusalem, le 5 décembre 2019. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Des ultra-orthodoxes devant un bureau de recrutement de l'armée à Jérusalem, le 5 décembre 2019. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Les ministres du gouvernement ont approuvé dimanche un plan qui prévoit d’abaisser l’âge auquel les membres de la communauté ultra-orthodoxe pourront être exemptés du service militaire, faisant avancer un compromis qui pourrait potentiellement mettre un terme à une lutte législative acharnée sur la question du service militaire obligatoire des Haredim.

Selon ce plan, l’âge d’exemption sera immédiatement abaissé à 21 ans – il est actuellement de 24 ans pour les Israéliens ultra-orthodoxes. De nombreux étudiants de yeshiva resteraient dans des programmes d’étude religieuse plus longtemps qu’ils ne devraient le faire, évitant ainsi le service militaire en affirmant qu’ils sont obligés de continuer à étudier, et ce jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge de l’exemption. En abaissant cet âge, le gouvernement espère encourager les Haredim à quitter les yeshivot plus tôt et donc à entrer sur le marché du travail plus jeunes.

Sur deux ans, l’âge passera à 22 ans, même si une exemption de service militaire sera accordée aux membres de la communauté ultra-orthodoxe à l’âge de 21 ans s’ils acceptent de prendre part à une formation civile ou à « une formation professionnelle de haute qualité ». Un an après, l’âge passera à 23 ans jusqu’à une date indéterminée, et sous les mêmes conditions.

Selon le modèle qui a été proposé, les hommes ultra-orthodoxes pourront terminer leur service obligatoire en passant trois mois à un poste approuvé – dans le secteur des soins médicaux, de l’éducation, des soins aux personnes âgées ou autre cadre civique – et s’ils acceptent ensuite de faire leur service dans la réserve à la place du service obligatoire de deux ans et huit mois au sein de Tsahal, plus la réserve, comme c’est nécessaire pour les autres hommes Juifs israéliens.

« Les Haredim ont tendance à ne pas faire leur service militaire, ce qui entraîne de la colère, et ils ne rejoignent pas non plus le marché du travail avant un certain âge. Et aujourd’hui, nous allons mettre un terme à tout cela », a affirmé le Premier ministre Naftali Bennett pendant la réunion du gouvernement durant laquelle le plan a été approuvé.

Bennett a salué une initiative « historique », ajoutant que l’intégration de la communauté ultra-orthodoxe sur le marché de l’emploi est « une priorité absolue pour tous ».

Un groupe de jeunes juifs ultra-orthodoxes portent des masques protecteurs après la mise en place de nouvelles mesures gouvernementales pour aider à ralentir la propagation du virus alors qu’ils marchent dans la Vieille Ville de Jérusalem, le jeudi 16 juillet 2020. (AP Photo/Oded Balilty)

Le plan doit encore recevoir le feu vert de la Knesset, où les politiciens haredim, dans l’opposition, pourraient tenter d’éviter qu’il ne soit inscrit définitivement dans la loi.

Le ministre des Finances Avigdor Liberman, qui a fait du recrutement des ultra-orthodoxes au sein de l’armée un pilier central de son agenda laïc, a estimé que l’accord était une avancée vers un « plan détaillé » qui exigera à terme à tous les membres des communautés israéliennes qu’ils fassent leur service national et militaire, « laïcs et ultra-orthodoxes de la même façon, Juifs et Arabes de la même manière ».

« L’objectif poursuivi par l’armée est de protéger le pays mais également de permettre le ‘brassage’ qui unit une société. Notre décision crée un équilibre entre la nécessité de ce brassage et les besoins de l’économie », a-t-il ajouté.

Ce feu vert donné au plan entre dans le cadre d’une bataille plus large sur la question du service militaire des ultra-orthodoxes au sein de l’État juif.

La population haredi s’oppose très majoritairement à l’idée d’effectuer un service civil ou militaire obligatoire, le considérant comme une tentative, de la part du monde extérieur, d’éloigner potentiellement ses membres de leur communauté d’origine. Certains extrémistes ultra-orthodoxes ont manifesté avec violence contre la conscription militaire.

Des ultra-orthodoxes bloquent une route lors d’une manifestation contre l’emprisonnement d’un étudiant de yeshiva qui n’a pas respecté un ordre de recrutement militaire, Jérusalem, le 8 décembre 2019. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Cela fait des décennies que les Israéliens ultra-orthodoxes bénéficient d’exemptions presque générales du service militaire en faveur de leurs études religieuses. Toutefois, en 2012, la Haute cour de justice avait rejeté la loi qui permettait cet arrangement en estimant que ce dernier était discriminatoire.

Une nouvelle législation avait été rédigée pour régler la question mais elle avait été, elle aussi, rejetée par la cour en 2017. Les magistrats avaient alors demandé que le gouvernement adopte une nouvelle loi dans ce dossier – faute de quoi, les Haredim seraient dans l’obligation de faire leur service.

Au cours des quatre dernières années, le ministre de la Défense a réclamé – et obtenu – des délais, échouant à faire adopter une loi qui serait à la fois considérée comme acceptable par les partenaires ultra-orthodoxes de la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu et qui ne serait pas accusée d’être discriminatoire. Le dernier délai qui a été accordé – c’est le dixième – doit expirer en date du 1er juin 2022.

Photo d’illustration : Des soldats du bataillon ultra-orthodoxe Netzah Yehuda de l’armée israélienne dans un champ de la base militaire Peles, au nord de la Vallée du Jourdain. (Crédit :Yaakov Naumi/Flash90)

Une commission comprenant des représentants du bureau du Premier ministre, du ministère de la Défense et du ministère des Affaires étrangères va être établie pour examiner les actuels projets de loi et pour construire un nouveau plan « conforme aux besoins de sécurité, de l’économie et de la société » en Israël.

Elle soumettra ses recommandations d’ici le mois de novembre 2022, a fait savoir le bureau du Premier ministre.

Gantz avait demandé, dans le passé, que l’abaissement de l’âge de l’exemption soit accompagné de l’approbation d’un plan auquel il apporte son soutien et qui élargirait le service national obligatoire aux ultra-orthodoxes et aux Arabes israéliens, qui ne sont pas tenus de l’effectuer au regard de la loi.

Le ministre de la Défense Benny Gantz (G) et le Premier ministre Naftali Bennett parlent pendant la cérémonie de prestation de serment du nouveau président Isaac Herzog, le 7 juillet 2021. (Crédit : YonatanSindel/Flash90)

Selon le plan de Gantz, tous les Israéliens devront d’une manière ou d’une autre effectuer un service national après le lycée. Chaque année, le quota du nombre de personnes dans l’obligation de faire un service national augmentera de 5 000 – ce qui signifie après six ou huit ans, tous les jeunes éligibles issus de toutes les communautés seront donc concernés par cette obligation.

Dimanche, Gantz a indiqué que ce plan « est une passerelle vers l’obligation du service que j’ai l’intention de proposer au gouvernement, ces prochains mois, et qui règlera la question du service en Israël ».

Judah Ari Gross a contribué à cet article.

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