Ahmed Abbes, directeur de recherche au CNRS, qualifie Israël « d’ennemi sioniste »
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Ahmed Abbes, directeur de recherche au CNRS, qualifie Israël « d’ennemi sioniste »

Membre de la Campagne Tunisienne pour le Boycott Académique et Culturel d’Israël, il condamne "la normalisation galopante" des relations entre les pays arabes et l'Etat hébreu

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu est accueilli par le sultan Qaboos bin Said à Oman, le 26 octobre 2018 (Crédit : autorisation)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu est accueilli par le sultan Qaboos bin Said à Oman, le 26 octobre 2018 (Crédit : autorisation)

Le mathématicien spécialiste de géométrie-arithmétique Ahmed Abbes, directeur de recherches au CNRS et l’IHES, a publié une tribune sur le site Mondafrique dans laquelle il fustige la « normalisation galopante » des relations des pays arabes avec « l’ennemi sioniste ».

Il qualifie de « traîtres avérés à la cause arabe » et « d’idiots utiles » ceux qui, en Tunisie, sous couvert « de tolérance et de lutte contre l’antisémitisme (…) œuvrent en réalité pour les intérêts d’Israël. »

Ahmed Abbes également membre de la « Campagne Tunisienne pour le Boycott Académique et Culturel d’Israël » dresse, pour les dénoncer, une longue liste de partenariats commerciaux et culturels conclus entre Israël et la Tunisie.

« La Tunisie ne figure certes pas dans le peloton de tête des ‘normalisateurs’, mais ses progrès récents dans ce domaine sont assez préoccupants », regrette celui qui a reçu la médaille de bronze du CNRS en 2005.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) serre la main du Président tchadien Idriss Déby lors de leur conférence de presse conjointe à Jérusalem, le 25 novembre 2018. Le dernier exemple en date d’un rapprochement entre un pays musulman et Israël (Ronen Zvulun/Pool/AFP)

Il rapporte le cas du « Cornelius A, un navire exploité pour le compte de la compagnie de transport maritime israélienne ZIM, qui devait accoster au port de Radès (en Tunisie) le 5 août. Le navire appartient à l’armateur turc Arkas avec lequel ZIM a conclu un accord de partage de navires. Il en est alors à son douzième voyage entre les ports de Valence (Espagne), Algesiras (Espagne) et Radès pour le compte de ZIM ».

Abbes évoque également l’entreprise israélienne Netafim « très présente en Tunisie où elle semble même dominer le marché de l’irrigation goutte-à-goutte ».

Au niveau sportif, il se félicite que « le tribunal de première instance de Tunis a interdit au président de la fédération tunisienne de taekwondo et du comité d’organisation du championnat du monde juniors de taekwondo à Hammamet, Ahmed Gaâloul, d’inviter, accueillir ou héberger quatre athlètes israéliens ».

Il dénonce aussi la présence officieuse de diplomates israéliens en Tunisie, reprenant une information dévoilée par Mort Fridman, président de l’AIPAC.

Ahmed Abbes évoque également le cas de deux Français juifs empêchés par la justice tunisienne de participer à une conférence inter-religieuse organisée par les scouts tunisiens et semble regretter l’ouverture récente d’une section tunisienne de la Licra, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme.

En conclusion, Abbes affirme que « face au déploiement impitoyable de la campagne de normalisation avec l’ennemi sioniste, il n’y a rien à attendre d’un gouvernement tunisien tenu en laisse par le gouvernement américain via le Fonds Monétaire International ».

« De nombreux pays arabes considèrent dorénavant Israël, non pas comme leur ennemi, mais comme leur allié essentiel pour repousser l’agression iranienne », a affirmé M. Netanyahu dans un entretien à la télévision publique LRT, lors d’une visite en Lituanie l’été dernier.

« Cela a créé une normalisation qui peut mener à la paix. Je crois que si nous sommes en paix avec le monde arabe, cela nous aidera à conclure la paix avec les Palestiniens », a-t-il ajouté.

Netanyahu évoque depuis des années le réchauffement des liens entre Israël et le monde arabe, citant non seulement l’Iran comme ennemi commun, mais aussi l’intérêt de nombreux pays à coopérer avec Israël en matière de sécurité et de défense, ainsi que l’industrie high-tech israélienne en expansion.

Nabil Shaath, principal conseiller du président de l’AP Mahmoud Abbas, a déclaré au quotidien Haaretz lundi 26 novembre 2018 que Ramallah cherchait à convoquer des sessions d’urgence de la Ligue arabe et de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), car il craint que des pays comme le Tchad, le Soudan, Bahreïn, Oman et l’Arabie saoudite se rapprochent de la normalisation avec Jérusalem – relations qui seraient en contradiction avec les résolutions des deux organismes de coordination.

« Il existe un certain nombre de résolutions et de déclarations arabes et islamiques affirmant explicitement qu’il n’y aura pas de processus de normalisation avec Israël sans un règlement de la question palestinienne fondé sur l’Initiative de paix arabe et les décisions de la communauté internationale », a déclaré Shaath à Haaretz.

Lors du dernier sommet de la Ligue arabe en avril, les pays membres ont signé une déclaration dans laquelle ils s’engageaient à ne pas conclure d’accords de réconciliation sans une solution concertée à la question palestinienne.

Nabil Shaath devant la presse dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 1er octobre 2011 (Crédit : Issam Rimawi/Flash 90)

« Ce à quoi nous avons assisté ces dernières semaines – à commencer par la visite de Netanyahu à Oman et la visite en Israël du président tchadien, et maintenant il est question de Bahreïn et du Soudan et de liens, sous une forme ou une autre, avec l’Arabie saoudite – pose problème, et il faut donc clarifier la position arabe et islamique, » a déclaré Shaath.

 

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