Appliquant les leçons de Pessah, des Israéliens prient pour leurs « ennemis » syriens
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Appliquant les leçons de Pessah, des Israéliens prient pour leurs « ennemis » syriens

Après l’attaque chimique, des juifs libéraux et orthodoxes prient pour la fin des tragédies qui se déroulent de l’autre côté de la frontière

Les réfugiés syriens, bloqués entre les frontières jordaniennes et syriennes, qui attendent pour traverser en Jordanie, au passage de la frontière de Hadalat, à l'est de la capitale jordanienne Amman, le 14 janvier 2016 (Crédit : AFP / KHALIL Mazraani)
Les réfugiés syriens, bloqués entre les frontières jordaniennes et syriennes, qui attendent pour traverser en Jordanie, au passage de la frontière de Hadalat, à l'est de la capitale jordanienne Amman, le 14 janvier 2016 (Crédit : AFP / KHALIL Mazraani)

JTA – Lors de l’office de Shabbat à Tel Aviv vendredi soir, les fidèles ont récité la prière du deuil pour ceux qui ont été tués dans la guerre civile en Syrie.

Se tenant devant une peinture murale représentant l’Arbre de Vie, le rabbin de Beit Daniel, la plus grande synagogue réformée en Israël, a fait un sermon sur l’obligation juive de condamner la sauvagerie de la guerre. Un garçon faisant sa bar mitzvah a mené une prière en l’honneur du peuple syrien, que les Israéliens considèrent depuis longtemps comme des ennemis. Et vice versa.

« Quand vous incluez quelque chose dans vos prières, vous le placez à un haut niveau de conscience » a déclaré Gilad Kariv, chef du mouvemenr réformé en Israël et membre de Beit Daniel. Nous avons déclaré que le peuple syrien est enraciné au plus profond de notre âme en tant qu’individus et communauté ».

Après une attaque chimique présumée en Syrie le 4 avril qui a tué des dizaines de personnes, y compris des enfants, des Juifs libéraux ou orthodoxes ont adapté leurs prières de Pessah pour les adresser aux victimes de la tragédie qui se déroule de l’autre côté de la frontière nord.

Ils ont trouvé l’inspiration afin de prier pour les Syriens dans l’histoire de la fête, que certains ont interprétée depuis longtemps comme un besoin de compassion pour les oppressés et parfois même l’oppresseur.

Le mouvement réformé d’Israël a demandé cette année à ses membres de dédier le shabbat d’avant Pessah, appelé le Shabbat Hagadol, aux Syriens et à les mentionner au moins deux fois pendant le Seder, qui relate l’exode biblique des Israélites de l’esclave d’Egypte.

Gilad Kariv (Crédit : CC BY Gilad Kariv/Facebook)
Gilad Kariv (Crédit : CC BY Gilad Kariv/Facebook)

La première mention doit intervenir avant une prière pour la paix d’un rabbin du 18e siècle, Nachman de Breslev, que certains peuvent ajouter à la Haggadah. La deuxième mention devrait avoir lieu lorsque les participants du Seder renversent une goutte de vin pour chacune des dix plaies de Dieu qui ont frappé les Egyptiens afin d’obtenir la liberté des Israélites.

Kariv a cité l’interprétation que le vin rituel symbolise la « coupe de joie » juive qui est diminuée parce que l’émancipation des Israélites s’est réalisée à travers la souffrance des Egyptiens. Si les héritiers de la tradition juive peuvent pardonner les Egyptiens bibliques, a-t-il déclaré, les Israéliens peuvent certainement compatir avec les Syriens avec qui ils ont combattu et jamais fait la paix.

« Malgré le fait que les Israéliens peuvent identifier le peuple syrien comme nos ennemis, la grande majorité d’entre nous est attristé par ce qui se passe là-bas, a-t-il continué. Nous profitons de cette tradition pour nous rappeler qu’il faut avoir de la compassion pour tous les peuples ».

Zeev Keinan, un dirigeant de longue date des Conservateurs d’Israël, ou Masorti, a proposé un commentaire de Torah vendredi à sa synagogue de Mayyanot à Jérusalem pour préciser si les Israéliens devraient prier pour les Syriens. Sa conclusion, oui, n’était une surprise pour personne ayant lu la prière qu’il a écrite il y a quelques mois à l’attention du peuple syrien au nom du mouvement. Il a dit que la prière, qui a été largement diffusée, est lue à sa synagogue et dans d’autres pour Pessah.

De manière assez logique, a noté Keinan, une partie de la prière provient d’un passage de l’Exode qui fait référence aux conséquences de la peste finale que Dieu a infligée aux Egyptiens : la mort de tous les premiers nés non juifs.

Keinan, dont la mère est une survivante de l’Holocauste, a déclaré que reprendre l’expression « il n’y a pas de maison sans mort » (Exode 12:30) respecte la tradition de Pessah. En plus du vin renversé, Keinan s’est référé à l’histoire du Talmud où Dieu a empêché les anges de se réjouir quand les soldats égyptiens, qui poursuivaient les Israélites en fuite, se sont noyés dans la mer Rouge, déclarant : « Comment osez-vous chanter de joie lorsque Mes créatures meurent ».

Dans le monde orthodoxe, une prière pour les Syriens a été très reprise en ligne à l’approche de Pessah. Ecrite en 2013 par le rabbin Yuval Cherlow, un dirigeant sioniste religieux, la prière dit : « Nous Vous demandons en prière de réveiller dans les tueurs leur humanité basique et d’invoquer la pitié dans leurs cœurs afin qu’ils puissent reconnaître qu’ils ont tous été créés à l’image de Dieu, et qu’il y a des limites, même à la cruauté humaine ».

Yuval Cherlow (Crédit : Oren Nahshon/FLASH90)
Yuval Cherlow (Crédit : Oren Nahshon/FLASH90)

Cherlow a déclaré avoir écrit sa prière, malgré la réticence parmi les Juifs orthodoxes de l’ajouter à la lithurgie juive, par préoccupation pour les « civils et enfants » en Syrie. Il a dit que les Juifs ont l’obligation « dans le cadre de notre sortie d’Eygpte » d’observer qu’ils sont les alliés de chaque peuple oppressé et déplacé. Mais Cherlow a reconnu ne pas être certain de ce qu’il fallait demander à Dieu, étant donné que la plupart des combattants en Syrie pourraient être considérés comme des ennemis d’Israël.

« Dans ce cas, je ne peux pas vraiment dire que nous savons ce que nous voulons, a-t-il déclaré. Si je ne peux pas employer le mot ‘heureux’, je préfère que les personnes mauvaises se tirent dessus plutôt que de me tuer ».

Faisant écho au sentiment dominant dans ce pays, Cherlow a déclaré qu’Israël n’avait pas beaucoup de choix que de maintenir sa politique de non-intervention en Syrie. La majorité des Israéliens ont l’impression qu’une implication ne premettrait pas d’accomplir grand chose et risquerait d’attiser la colère à la fois du président syrien Bashar Assad et de ses soutiens, l’Iran, le Hezbollah et la Russie, tout comme des groupes rebelles islamistes radicaux, y compris l’Etat islamique, qui cherche à les renverser.

Pourtant, Cherlow a souligné qu’une prière, ce n’est pas suffisant devant le mal, et a déclaré que les événements en Syrie l’ont aussi inspiré pour demander des actions.

Il a récemment recommandé au chef de l’armée israélienne, Gadi Eizenkot, que Tsahal expulse les soldats de réserve qui participent à des conflits dans des pays d’Afrique et d’Amérique du Sud, entre autres, et qu’il ajoute formellement des considérations éthiques à ses décisions concernant les ventes d’armes.

Des enfants syriens soignés après une attaque à l'arme chimique présumée à Khan Sheikhun, une ville tenue par les rebelles de la province d'Idleb, le 4 avril 2017. (Crédit : Mohamed al-Bakour/AFP)
Des enfants syriens soignés après une attaque à l’arme chimique présumée à Khan Sheikhun, une ville tenue par les rebelles de la province d’Idleb, le 4 avril 2017. (Crédit : Mohamed al-Bakour/AFP)

Selon Kariv, le mouvement réformé d’Israël prévoit de publier une lettre mercredi demandant qu’Israël, qui n’a pas accueilli de réfugié syrien, accueille 100 orphelins du pays, une proposition déjà formulée plus tôt cette année par le ministre de l’Intérieur ultra-orthodoxe Aryeh Deri.

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