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Analyse

Après la défaite d’Orbán, un modèle en question pour Netanyahu

La chute électorale du dirigeant hongrois, que Netanyahu qualifiait de "véritable ami", intervient à quelques mois d’un scrutin décisif en Israël

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban (à droite) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu passent en revue une garde d'honneur militaire, à Budapest, en Hongrie le 3 avril 2025. (Crédit : Attila Kisbenedek / AFP)
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban (à droite) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu passent en revue une garde d'honneur militaire, à Budapest, en Hongrie le 3 avril 2025. (Crédit : Attila Kisbenedek / AFP)

JTA – Depuis des années, critiques comme partisans de Benjamin Netanyahu ont vu en Viktor Orbán, le dirigeant hongrois, le modèle politique du Premier ministre israélien.

Netanyahu a longtemps qualifié Orbán de « véritable ami », saluant en lui un soutien indéfectible d’Israël face aux détracteurs européens. Ses partisans estimaient que les politiques du dirigeant hongrois protégeaient les Juifs du pays face à une menace croissante. Ses opposants, en revanche, l’accusaient de s’inscrire dans le sillage d’Orbán sur une trajectoire de recul démocratique.

Aujourd’hui, à la suite de la défaite spectaculaire d’Orban lors du scrutin hongrois au début du mois, cette comparaison prend une tournure nouvelle.

« Bientôt en Israël », a écrit Gilad Kariv, rabbin réformiste et député de la Knesset issu du parti des Démocrates libéraux, en publiant sur les réseaux sociaux une photo d’une foule immense rassemblée à Budapest pour célébrer la défaite d’Orbán.

Ce bouleversement intervient alors qu’Israël se prépare à aller aux urnes dans six mois et que les sondages laissent entrevoir une bataille serrée pour Netanyahu. Pour ses nombreux opposants, ces résultats nourrissent l’espoir d’un scénario similaire en Israël.

« Félicitations à la Hongrie. Un nouveau chapitre s’annonce également pour Israël. Il est temps que tous ceux qui croient en un Israël juif et démocratique s’unissent et s’engagent en faveur de cette vision commune », a écrit UnXeptable, mouvement d’opposition israélien créé en réaction aux efforts de Netanyahu visant à affaiblir l’indépendance du pouvoir judiciaire. « Un avenir meilleur est possible. »

Un homme agite un drapeau hongrois en célébrant dans les rues après l’annonce des résultats partiels des élections législatives hongroises à Budapest, en Hongrie, le 12 avril 2026. (Crédit : Denes Erdos/AP)

À droite aussi, la comparaison s’est imposée. Dans les heures qui ont suivi la défaite d’Orbán, le slogan emblématique du mouvement de protestation anti-Netanyahu, « Israël ne deviendra pas la Hongrie », a été repris, ironiquement, par certaines voix de droite pour affirmer qu’Israël ne suivrait pas la trajectoire politique de la Hongrie.

Olga Deutsch, vice-présidente de l’organisation pro-Israël NGO Monitor et chercheuse à l’Institut Misgav, un think tank de droite, estime que le débat en Israël reste largement centré sur des considérations internes.

Les Israéliens « perçoivent l’actualité internationale à travers un prisme très local », a-t-elle expliqué. « Le débat porte bien moins sur le bilan d’Orbán en matière de droits humains en Hongrie, ou sur les tensions entre la Russie et l’Ukraine dans le contexte de l’Union européenne (UE). Il se concentre plutôt sur ce que sa défaite pourrait signifier pour Israël. »

L’une des questions porte sur la position de Peter Magyar à l’égard d’Israël, en comparaison avec celle d’Orbán. Les premiers éléments suggèrent une inflexion. Après que Netanyahu a laissé entendre que Magyar l’avait invité à revenir en Hongrie cet automne, ce dernier a affirmé qu’il respecterait le traité instituant la Cour pénale internationale (CPI), ce qui exposerait Netanyahu à un risque d’arrestation en cas de visite.

Tom Gross, journaliste spécialisé sur le Moyen-Orient, a estimé dans une interview qu’Israël pourrait devenir un « bouc émissaire facile » pour le nouveau pouvoir hongrois, dans sa tentative de débloquer des fonds européens gelés.

Peter Magyar, le chef du parti d’opposition Tisza, agite un drapeau national après les élections législatives à Budapest, en Hongrie, le 12 avril 2026. (Crédit : Darko Bandic/AP)

« Même si Magyar n’éprouve pas nécessairement d’hostilité personnelle envers l’État d’Israël, Israël – et en particulier Bibi – sera le bouc émissaire le plus facile à sacrifier pour s’attirer les faveurs de Bruxelles sur d’autres questions », a ajouté Gross.

Yonatan Levi, chercheur à la London School of Economics (LSE) et membre de Molad – The Center for the Renewal of Israeli Democracy, un think tank basé à Jérusalem spécialisé dans les institutions démocratiques, souligne que « l’attention publique intense » portée au scrutin hongrois par les Israéliens est exceptionnelle et dépasse largement le cadre des relations entre la Hongrie et Israël.

« Je n’ai pas souvenir d’élections dans un pays étranger ces dernières années, à l’exception des États-Unis, qui aient été suivies d’aussi près par les Israéliens ces dernières années », a-t-il déclaré.

Il attribue cet intérêt à la perception largement répandue selon laquelle la Hongrie servait de modèle à Netanyahu et à ses partenaires.

« Bon nombre des lois et réformes qui ont permis à Viktor Orbán de prendre le contrôle des tribunaux, de restreindre la liberté de la presse et de politiser l’administration ont également été promues en Israël ces dernières années », a-t-il expliqué. « Jusqu’à présent, les Israéliens regardaient la Hongrie pour anticiper ce qui pourrait advenir en Israël si cette trajectoire de recul démocratique se poursuivait. »

Mais les événements récents ont ouvert une autre perspective.

« Aujourd’hui, grâce aux développements spectaculaires de ces dernières semaines, les Israéliens observent de près la Hongrie pour comprendre exactement comment des dirigeants populistes tels que Netanyahu et Orbán, qui érodent progressivement la démocratie dans leurs propres pays, peuvent être vaincus », a déclaré Levi. « D’un modèle menaçant dont il fallait tirer des leçons pour savoir de quoi se méfier, la Hongrie est devenue source d’espoir. »

Les partisans de Peter Magyar, le chef du parti d’opposition Tisza, célèbrent leur victoire après les élections législatives à Budapest, en Hongrie, le 12 avril 2026. (Crédit : Darko Bandic/AP)

La manière exacte dont Israël pourrait reproduire les résultats de la Hongrie est moins claire. Les deux pays reposent sur des systèmes électoraux très différents. En Hongrie, Orbán et son rival, Peter Magyar, ont à eux deux recueilli environ 85 % des suffrages, le parti Tisza de ce dernier remportant la majorité absolue.

En Israël, le paysage politique est bien plus fragmenté. Dix-huit partis y sont en lice et, selon la plupart des sondages, onze franchiraient actuellement le seuil électoral et entreraient à la Knesset si des élections avaient lieu aujourd’hui. Aucun parti ne s’approche de la majorité et, même si les enquêtes d’opinion donnent le bloc d’opposition en mesure de former une coalition, celle-ci resterait très étroite. À cette fragmentation s’ajoute une diversité politique plus large qu’en Hongrie, mêlant droite, centre, gauche, partis religieux juifs et un parti arabe.

Plusieurs figures de l’opposition ont saisi l’occasion pour se présenter comme l’équivalent israélien de Magyar, un conservateur issu du parti Fidesz d’Orbán dont il ne s’est détaché que récemment.

« Je constate que les propagateurs et adeptes des théories du complot expliquent désormais la défaite d’Orbán en Hongrie par la ‘gauche mondiale’. Ils oublient que le vainqueur, Péter Magyar, n’est pas du tout de gauche », a écrit sur X Yaïr Lapid, chef du parti Yesh Atid, qui a brièvement occupé le poste de Premier ministre après avoir conclu un accord ayant écarté Netanyahu du pouvoir en 2021.

Lapid a poursuivi en précisant que « cet homme a grandi au sein du parti d’Orbán et se définit comme un ‘libéral conservateur’, l’équivalent, en Hongrie, du centre sur les questions démocratiques et de la droite économique (oui, comme Yesh Atid). »

Yaïr Golan, chef des Démocrates libéraux, une formation qui se prépare à ses premières élections, a lui aussi dit voir dans la Hongrie un motif d’espoir.

« Orbán a tout essayé : il a pris le contrôle des médias, affaibli le système judiciaire et tenté de créer une réalité dans laquelle il ne pourrait être remplacé. Mais, au final, le peuple hongrois s’est exprimé dans les urnes. Les citoyens ont prouvé qu’aucune machine de propagande ni aucun populisme bon marché ne peuvent l’emporter sur le simple désir humain de vivre dans une société libre, fonctionnelle et sans corruption », a-t-il écrit sur X. « Pour nous, c’est un rappel très réel de ce qui est sur le point de se produire ici même. »

Un manifestant brandit une pancarte lors d’une manifestation contre le gouvernement israélien près de la résidence du Premier ministre à Jérusalem, le 25 juillet 2020. (Crédit : AHMAD GHARABLI/AFP)

Pour certains observateurs, la leçon hongroise est que les opposants à Netanyahu devraient chercher, dans son propre camp, un candidat capable de le battre. Selon Tom Gross, Peter Magyar « partage la vision politique d’Orbán et est issu de l’establishment du Fidesz ».

Une dynamique comparable pourrait émerger en Israël, dit-il. Les Israéliens pourraient être las de la longévité du mandat de Netanyahu, explique Gross, mais il a déjà « remporté la bataille des idées, dans la mesure où son successeur le plus probable serait quelqu’un qui les partage ».

Pour l’opposition, « la meilleure chance de détrôner Netanyahu est de trouver une figure alternative, comme Naftali Bennett, et de se rallier à elle », plutôt que de tenter de s’opposer frontalement à ces idées, ajoute-t-il.

Sans doute l’équivalent israélien le plus proche de Magyar, Bennett était l’autre signataire de l’accord de partage du pouvoir qui a brièvement écarté Netanyahu. Contrairement à Lapid, il a commencé sa carrière politique au sein du parti de ce dernier et, bien qu’il l’ait quitté plus tôt que Magyar n’a quitté le Fidesz, il est resté dans la coalition de Netanyahu jusqu’en 2021.

L’ex-Premier ministre Naftali Bennett s’exprimant lors d’une conférence, à Herzliya, le 19 novembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Figure de centre-droit, Bennett partage certaines positions politiques majeures de Netanyahu, tout en dénonçant une politique qu’il juge « empoisonnée » et népotiste. Il s’est entouré de technocrates qui affirment pouvoir former un gouvernement exempt de la corruption dont Netanyahu est accusé. Et, à l’instar de Magyar, il a sillonné son petit pays, déterminé à mobiliser ses soutiens, dans un contexte où sa formation progresse dans les sondages.

Bennett n’a pas commenté publiquement la défaite d’Orbán, mais a envoyé un signal le même jour en annonçant le recrutement, au sein de son parti, de deux anciennes directrices générales de ministères, Keren Terner et Liran Avisar Ben Horin.

La comparaison a toutefois ses limites. Bennett a déjà exercé les fonctions de Premier ministre, ce qui lui confère une expérience et une visibilité bien supérieures à celles de Magyar. Sa rupture avec Netanyahu l’a également conduit à s’allier à des adversaires idéologiques, ce qui pourrait limiter sa capacité à capter des voix à droite.

« Pour l’instant, Bennett semble en mesure d’attirer de nombreux électeurs du centre-gauche, mais pas nécessairement de la droite », a estimé Ofir Gutzelson, cofondateur d’UnXeptable, lors du webinaire du groupe la semaine dernière, consacré à l’analyse du scrutin hongrois.

Le journaliste Yaïr Navot a suggéré, lors de cette même discussion, que Bennett pourrait s’inspirer de Magyar en négociant en amont une coalition informelle avec d’autres partis, avant les élections prévues d’ici fin octobre.

Une telle stratégie permettrait aux électeurs israéliens de voter pour leurs partis préférés, plutôt que de devoir faire des compromis sur leurs convictions, tout en sachant dès le départ que Bennett serait appelé à diriger le gouvernement en cas de victoire de la coalition. Il a ajouté qu’un tel scénario reste difficile à mettre en œuvre en Israël, en raison de la diversité idéologique du paysage politique.

Gadi Eisenkot participant à une conférence, à l’Academic College de Tel Aviv, le 6 janvier 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Navot a cité l’exemple de Gadi Eisenkot, l’ancien chef de Tsahal dont le fils a été tué à Gaza, comme une autre figure susceptible de jouer un rôle comparable, sans le poids d’un mandat antérieur.

Il a toutefois précisé que les Israéliens devraient accorder autant d’importance à la stratégie qu’aux candidats. « S’il y a une leçon importante à tirer de la Hongrie pour les Israéliens, pour Israël, c’est avant tout l’importance du taux de participation », a-t-il déclaré.

Le taux de participation en Hongrie a atteint un niveau historiquement élevé, proche de 80 %. Lors des dernières élections israéliennes de 2022, il s’élevait à environ 70 %. Depuis lors, l’émigration a fortement augmenté, en particulier parmi les jeunes familles et les Israéliens plus libéraux, qui se disent aliénés par des années de guerre et de tensions politiques internes. Contrairement à la Hongrie, Israël n’autorise pas le vote par correspondance : ces électeurs devront donc revenir dans le pays, et acheter des billets à des prix historiquement élevés, s’ils souhaitent participer au scrutin.

Certains, toutefois, estiment que les électeurs de gauche n’ont pas nécessairement à se mobiliser pour reproduire un scénario à la hongroise.

Sur le groupe Facebook « Right-Wing People Against the Conduct of this Government », la psychologue Chen Herman a suscité de nombreuses réactions positives avec une vidéo dans laquelle elle proclamait que les résultats des élections hongroises étaient « une célébration, non pas au sens mystique, mais au sens le plus pratique ».

Des Israéliens participent à une manifestation contre les multiples cycles de conflit et le gouvernement Netanyahu à Tel Aviv, le 11 avril 2026. (Crédit : Flash90)

Elle a estimé que les électeurs hongrois avaient évité de projeter des attentes idéologiques excessives sur le scrutin et, ce faisant, avaient déjoué les critiques habituellement adressées en Israël aux opposants à Netanyahu.

« Les électeurs hongrois ont choisi entre la droite et la droite. Ils ont compris que pour battre le système, ils devaient prendre du recul et voter de manière stratégique. Peu importait ce qu’on leur reprocherait : trahir la sécurité, être ingrats, avoir un dirigeant présenté comme le meilleur ami de Trump… Cela vous rappelle quelque chose ? »

« Ils ont choisi un gouvernement qui n’est pas corrompu, et c’est pour cela que ça a fonctionné. Ils ne se sont pas dispersés, ils n’ont pas multiplié les exigences. C’est simple », a-t-elle poursuivi. « S’il y a une leçon à tirer des Hongrois, c’est qu’il faut garder les pieds sur terre, accepter la réalité. Si une majorité ici a des opinions de droite, et que cela risque d’influencer les élections, le choix est simple : une droite corrompue ou une droite non corrompue. »

À six mois tout au plus des élections en Israël, l’impact réel de la défaite d’Orbán sur Netanyahu reste incertain. Le Premier ministre a mis plusieurs heures avant de féliciter Magyar, alors que plusieurs de ses ministres l’avaient fait plus tôt.

« Le pire cauchemar de Netanyahu n’est pas de perdre un ami à Budapest », a écrit Jonathan Meta sur Substack. « Son pire cauchemar c’est de voir les électeurs hongrois accomplir ce qu’il a consacré une énergie considérable à empêcher les électeurs israéliens de faire. »

Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán s’adresse à ses partisans après avoir reçu les résultats préliminaires d’une élection législative à Budapest, en Hongrie, le 12 avril 2026. (Crédit : Petr David Josek/AP)

Netanyahu et Orbán n’étaient pas seulement deux figures de proue de la droite mondiale aux côtés de Donald Trump : ils partageaient également des conseillers et un même sondeur, l’Américain conservateur John McLaughlin.

À la veille du scrutin, le journaliste israélien Amit Segal, considéré comme proche de Netanyahu, avait évoqué plusieurs élections israéliennes passées lors desquelles les sondages des médias, souvent critiqués pour leur décalage avec vote réel, avaient échoué de manière spectaculaire à prédire le résultat final.

Il avait notamment souligné que McLaughlin défiait le consensus des grands médias hongrois en prédisant une victoire du Fidesz. « Cela vous rappelle quelque chose ? », avait-il lancé, tout en estimant qu’Orbán pouvait encore l’emporter – mais qu’une défaite constituerait un signal préoccupant pour Netanyahu à l’approche du scrutin israélien.

Lorsque l’erreur de prévision est devenue évidente, l’extrait a largement circulé en Israël, suscitant une vague de réactions. L’un des commentaires les plus répandus résumait l’état d’esprit ambiant :

« Si cela peut arriver là-bas, cela peut arriver ici. »

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