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Après un émouvant adieu pendant l’Eurovision, la Première chaîne s’éteint

Plus de 200 millions de téléspectateurs du monde entier ont vu et entendu Israël dire au revoir à sa plus vieille chaîne. Dans le pays, l’écran s'est éteint avec une annonce : “Notre diffusion a pris fin. 1968 - 2017”

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le dernier message de la Première chaîne, "notre diffusion a pris fin. 1968 - 2017", le 14 mai 2017. (Crédit : Joshua Davidovich/Times of Israël)
Le dernier message de la Première chaîne, "notre diffusion a pris fin. 1968 - 2017", le 14 mai 2017. (Crédit : Joshua Davidovich/Times of Israël)

La Première chaîne d’Israël a diffusé son dernier programme samedi soir avec le 62e concours de l’Eurovision, mettant ainsi fin à 49 années d’existence.

L’interruption des programmes s’inscrit dans une importante réforme de l’audiovisuel public qui permet le remplacement de l’Autorité de radiodiffusion d’Israël (IBA) par une nouvelle corporation publique, Kan.

Vers 1h45 du matin le 14 mai, 69 ans après la fondation de l’Etat d’Israël, la chaîne a diffusé une vidéo des équipes de son département d’information chantant l’hymne national avant une image fixe annonçant : « Notre diffusion a pris fin. 1968 – 2017. »

Quelques heures auparavant, le porte-parole Ofer Nahshon avait fait des adieux émouvants à une chaîne qui a émis sans interruption depuis mai 1968, pendant la finale du concours de l’Eurovision, regardée en direct par plus de 200 millions de téléspectateurs.

« Ici la Première chaîne, depuis Jérusalem. Pendant les 44 dernières années, Israël a participé au concours de chant de l’Eurovision, l’a remporté trois fois, mais ce soir, c’est notre dernier soir », a dit Nahshon pendant que les présentateurs ukrainiens lui demandaient d’annoncer combien de point donnait Israël.

« Dans peu de temps, l’IBA arrêtera ses programmes pour toujours, donc au nom de tous ceux qui sont ici, laissez-moi dire merci à l’Europe pour ces moments magiques. J’espère que nous nous verrons à nouveau dans le futur », a-t-il ajouté avec force.

Ofer Nahshon, à droite, de la Première chaîne israélienne, pendant le concours de l'Eurovision 2017, le 14 mai 2017. (Crédit : capture d'écran Première chaîne)
Ofer Nahshon, à droite, de la Première chaîne israélienne, pendant le concours de l’Eurovision 2017, le 14 mai 2017. (Crédit : capture d’écran Première chaîne)

L’annonce émouvante de Nahshon reflétait la confusion sur la possibilité qu’Israël soit représenté au concours l’année prochaine.

Même si Kan devrait reprendre les droits de diffusion du concours l’année prochaine, il n’est pas certain qu’il soit qualifié comme membre du Syndicat européen de radiodiffusion, dont doivent être membres les chaînes qui diffusent la compétition, produite par l’Union, en raison de l’absence de département de l’information.

Juste après le spectacle, la chaîne a diffusé une rétrospective musicale, et les derniers moments de son émission d’information emblématique, « Mabat », qui s’est arrêtée jeudi soir avec l’interprétation par l’équipe de l’hymne national, Hatikva, à peine deux heures après avoir été informée que cette émission serait la dernière.

David Hahn, administrateur officiel du ministère de la Justice, a annoncé mardi soir pendant une commission de la Knesset que la Première chaîne fermerait mercredi matin, dans le cadre de la réforme des médias publics. Cette annonce n’a laissé que deux heures à l’équipe de la chaîne pour organiser une diffusion d’adieu pour Mabat.

La nature abrupte et bâclée de la fermeture a été vivement critiquée dans les médias, certains parlant de fin déshonorante pour une chaîne qui a défini le paysage médiatique israélien pendant la plupart de ses 49 ans d’exercice.

Mercredi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a nié être responsable de la fermeture soudaine de la chaîne, et a critiqué la manière dont elle avait été fermée, affirmant qu’elle était « irrespectueuse et déshonorante. »

Mercredi soir, la radio publique israélienne a diffusé sa dernière émission, mettant ainsi fin à une histoire légendaire de 81 ans. La station diffuse depuis uniquement de la musique et des bulletins d’information toutes les heures.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à l'ouverture de la session d'été de la Knesset, le 8 mai 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à l’ouverture de la session d’été de la Knesset, le 8 mai 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Netanyahu a récemment demandé le maintien du radiodiffuseur public et le démantèlement de la nouvelle corporation, en raison, selon lui, de licenciements inutiles et de préoccupations sur l’absence de contrôle gouvernemental, même s’il avait soutenu la législation qui a organisé cette réforme.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, la Knesset a voté la suppression du département de l’information de Kan et la mise en place d’un département distinct à sa place, mettant ainsi en place un compromis conclu en mars par Netanyahu et son ministre des Finances, Moshe Kahlon.

Netanyahu, qui était jusqu’à récemment le ministre des Communications, a supervisé le passage de la loi qui a, en 2014, mis en place la nouvelle corporation, mais a récemment mené une initiative pour la fermer avant même qu’elle ne commence à émettre. Netanyahu s’est plaint de l’absence de contrôle du gouvernement sur la ligne éditoriale, qui pourrait critiquer son gouvernement.

Depuis plusieurs années, les employés de l’IBA étaient dans l’incertitude pendant que le gouvernement approuvait des reformes, revenait sur celles-ci, tentait de fusionner les deux entités, avant de finaliser l’accord Kahlon – Netanyahu pour intégrer plus d’employés de l’IBA, tout en licenciant des centaines d’autres.

L’IBA a été fondée en 1948 et a détenu le monopole de la télévision et de la radio en Israël jusque dans les années 1990.

Le président Reuven Rivlin interviewé sur la radio publique israélienne pour son dernier jour de diffusion, le 10 mai 2017. (Crédit : Mark Neyman/GPO)
Le président Reuven Rivlin interviewé sur la radio publique israélienne pour son dernier jour de diffusion, le 10 mai 2017. (Crédit : Mark Neyman/GPO)

Depuis 1965, tout foyer israélien possédant une télévision devait payer une redevance annuelle pour financer l’IBA. Aujourd’hui, son montant est de 345 shekels par an. L’IBA appliquait strictement cette règle, ignorant les demandes des propriétaires de télévision qui n’utilisaient pas les services de l’IBA ou n’étaient même pas connectés à un service télévisé, quel qu’il soit.

Le radiodiffuseur vieillissant avait déjà été soumis à des coupes budgétaires et des licenciements drastiques ces dernières années, en préparation de son remplacement, notamment par des retraites anticipées et le licenciement de centaines d’employés.

L’équipe du Times of Israël et l’AFP ont contribué à cet article.

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