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Au mémorial de Kafr Qasim, Herzog s’excuse pour le massacre de 1956

S'exprimant en partie en arabe, le président est le second chef d’État à assister à une commémoration du massacre qui avait fait 49 victimes lors de la crise de Suez

Le président Isaac Herzog s'exprime lors d'une cérémonie en hommage aux victimes du massacre de 1956 à Kafr Qasim, le 29 octobre 2021. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)
Le président Isaac Herzog s'exprime lors d'une cérémonie en hommage aux victimes du massacre de 1956 à Kafr Qasim, le 29 octobre 2021. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

Le président israélien Isaac Herzog s’est excusé vendredi pour le massacre de citoyens arabes d’Israël perpétré en 1956 par des agents de la police des frontières, lors d’un hommage annuel pour demander pardon au nom de l’État.

« Je me tiens ici devant vous aujourd’hui, la tête baissée et le cœur peiné, à l’occasion du soixante-cinquième anniversaire de l’un des événements les plus tristes de l’histoire de notre pays », a déclaré Herzog lors de la cérémonie à Kafr Qasim, où les meurtres ont eu lieu.

Herzog est le deuxième président israélien à prendre la parole à l’évènement. Son prédécesseur Reuven Rivlin y a assisté en 2014 et avait condamné le massacre, au cours duquel la police des frontières a tué 48 hommes, femmes et enfants arabes israéliens après qu’ils eurent violé un couvre-feu en temps de guerre près de la ville du centre de Kafr Qasim. L’enfant à naître d’une femme enceinte est considéré comme la 49e victime.

En 2007, le président de l’époque, Shimon Peres, avait inauguré le terrain lorsqu’il a officiellement exprimé ses regrets pour le massacre, mais il ne s’était pas rendu au mémorial.

Israël n’a pas assumé la responsabilité formelle du massacre et un projet de loi proposant à l’État de le faire a été largement rejeté mercredi. Les parlementaires arabes israéliens proposent régulièrement le projet de loi à l’approche de l’anniversaire du 29 octobre, mais la Knesset le rejette constamment.

Néanmoins, le président a déclaré que la gravité de l’incident n’avait « jamais été remise en question ».

« Car il est clair pour nous tous que tuer et blesser des innocents est absolument interdit. Ils doivent rester au-delà de tous les arguments politiques ! » s’est-il exclamé.

« Je baisse la tête devant la mémoire des quarante-neuf victimes. Je baisse la tête devant vous, leurs familles et devant les habitants de Kafr Qasim à travers les âges, et en mon nom et au nom de l’État d’Israël, je demande pardon », a déclaré Herzog en hébreu et en arabe.

« Je vous tends une main solidaire et accueillante, et je prie du plus profond de mon cœur pour que le Dieu miséricordieux et compatissant soit à vos côtés », a-t-il ajouté, dans les deux langues.

Un monument marquant le massacre de 1956 dans le village de Kafr Qasim, dans le centre d’Israël, où 49 habitants ont été tués par des agents de la police des frontières. (Crédit : Avishai Teicher/Domaine public/Wikipédia)

Le massacre de Kafr Qasim a été un événement crucial dans les relations entre les citoyens arabes d’Israël et le jeune État israélien. Le 29 octobre 1956, premier jour de la crise de Suez, un couvre-feu est imposé aux villages arabes près de la Ligne verte, qui servait de frontière effective avec la Jordanie, par crainte de troubles. Les agents de la police des frontières ont reçu l’ordre de tirer pour tuer toute personne violant le couvre-feu.

De nombreux habitants n’avaient pas entendu parler du couvre-feu et, plus tard dans la soirée, la police des frontières s’est déployée près de Kafr Qasim, une ville arabe au nord-est de Tel Aviv, et a abattu 48 hommes, femmes et enfants qui se trouvaient à l’extérieur.

La Cour suprême a par la suite reconnu coupables et condamné plusieurs membres de la police des frontières pour ces meurtres. Bien qu’ils aient suivi les ordres, le tribunal a statué qu’il aurait dû être clair pour les agents que les ordres étaient manifestement illégaux. En fin de compte, les peines des agents ont été réduites et aucun d’eux n’a passé plus de quelques années en prison.

À Kafr Qasim, les souvenirs des personnes tuées dans le massacre restent bien vivants. Un monument dans le centre-ville commémore les morts, et une marche annuelle de deuil est devenu une coutume depuis des décennies.

« C’est l’occasion pour nous, en tant que société, de dire non aux préjugés. C’est notre opportunité, en tant que société humaine, de renforcer ce que nous avons en commun en tant que citoyens et en tant que voisins », a déclaré Herzog vendredi. « Ce n’est pas un décret du destin, mais un partenariat du destin. C’est l’occasion pour nous de déraciner la discrimination et la haine. »

Aaron Boxerman a contribué à cet article.

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