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Opinion

Au monde libre, aux USA et à Israël : Demandez à Poutine d’épargner Zelensky

Le président ukrainien craint d'être "la cible numéro un" de la Russie, citant son épouse et ses enfants en numéro deux. Notre soutien à l'Ukraine doit exiger leur sécurité

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le président de l'Ukraine, Volodymyr Zelensky, interviewé dans son bureau à Kiev, le 18 janvier 2020. De droite à gauche : Zelensky, l'attachée de presse du président Iuliia Mendel, le rédacteur en chef du "Times of Israel" David Horovitz, traducteur. (Service de presse du Bureau du Président de l'Ukraine)
Le président de l'Ukraine, Volodymyr Zelensky, interviewé dans son bureau à Kiev, le 18 janvier 2020. De droite à gauche : Zelensky, l'attachée de presse du président Iuliia Mendel, le rédacteur en chef du "Times of Israel" David Horovitz, traducteur. (Service de presse du Bureau du Président de l'Ukraine)

La Russie « m’a désigné comme cible numéro un », a averti le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans un message filmé qui a été diffusé aux premières heures de la matinée de vendredi. « Ma famille est la cible numéro deux. Ils veulent détruire politiquement l’Ukraine en détruisant le chef de l’État ».

Il aurait déclaré aux leaders de l’Union européenne dans un appel-vidéo, jeudi soir, que c’était être la dernière fois qu’ils le voyaient en vie.

Alors que j’ai interviewé le président ukrainien il y a à peine deux ans dans son bureau de Kiev, alors que tout mon cœur et toute mon âme se trouvent à ses côtés et aux côtés de son peuple, je veux lancer ici un appel qui est à la fois un appel personnel et un plaidoyer raisonné en direction des États-Unis, en direction du monde libre et – je le fais avec véhémence – en direction du gouvernement israélien, leur demandant de faire tout ce qui sera possible pour qu’aucun mal ne soit fait à Zelensky.

Jeudi, le président Joe Biden a souligné que si les troupes américaines ne seraient pas déployées en Ukraine pour y combattre la Russie, les États-Unis « soutiendront le peuple ukrainien dans la défense du pays ». Dans une conversation avec Zelensky, jeudi, il a condamné l’invasion russe et il a promis « d’offrir appui et assistance à l’Ukraine et à la population ukrainienne ».

Dans un entretien téléphonique avec Zelensky, vendredi, le Premier ministre israélien Naftali Bennett a lui aussi « offert l’assistance d’Israël par le biais de toute l’aide humanitaire qui sera nécessaire », a fait savoir le bureau du Premier ministre. Bennett lui a également déclaré « qu’il se tient aux côtés de la population ukrainienne dans ces moments difficiles ».

Et dans ces heures teintées de surréalisme, alors que les puissants soldats russes se lançaient à l’assaut de leurs voisins dans le but de les écraser, ces promesses de soutien et d’assistance – par ailleurs assurément sincères et remplies de bonnes intentions – sonnent creux.

Biden a établi une ligne claire entre l’Ukraine, qui aspire à intégrer l’OTAN, et les pays qui sont d’ores et déjà inclus dans l’alliance – l’Ukraine recevra un appui qui n’ira pas jusqu’à l’assistance militaire directe tandis que « chaque centimètre » des nations membres de l’OTAN sera défendu « avec toute la force de la puissance américaine ».

Sous Bennett, la ligne fixée est vacillante. Son ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid, a condamné jeudi l’invasion de l’Ukraine par la Russie en dénonçant « une grave violation de l’ordre international. » Bennett, pour sa part, s’est abstenu d’employer tout langage critique – dans un exercice de funambule imposé par la nécessité d’adopter un positionnement de principe à l’égard d’un État ami menacé d’anéantissement et l’intérêt crucial, pour l’État juif, de conserver des relations viables avec une Russie dont l’influence est si forte dans notre région, qui est une telle puissance mondiale – et qui est un pays qui accueille également une communauté juive très importante sur son territoire. J’espère que les propos tenus par le ministre des Affaires étrangères seront suffisants pour placer Israël du bon côté de l’Histoire.

Mais il y a, je le pense, un sujet vital et hautement symbolique sur lequel les États-Unis, Israël et les autres puissances internationales peuvent et doivent s’exprimer sans aucun délai : c’est d’établir clairement aux yeux du président russe Vladimir Poutine qu’aucun mal ne sera fait à Zelensky — président élu de l’Ukraine qui a pris la tête de sa nation et de son peuple pour l’aider à traverser cette crise.

Zelensky avait cherché à réformer l’Ukraine, à rapprocher son pays du monde libre, à déraciner la corruption. Il avait également cherché à renforcer une relation qui serait viable avec la Russie de Poutine – en vain, comme le démontrent les événements terribles qui sont actuellement en cours.

Le président ukrainien lors de son interview avec le Times of Israel dans son bureau de Kiev, le 18 janvier 2020. (Crédit : service de presse du président ukrainien)

Lorsque je l’avais interviewé, Zelensky avait parlé avec amour et avec admiration d’Israël, où il était apparu en tant que comédien dans sa vie antérieure, dans sa vie d’avant la politique : « Je respecte Israël comme un pays immensément spécial – en particulier au vu de toutes les sensibilités qui entourent le sujet – l’unité d’Israël, l’unité de la nation », s’était-il enthousiasmé. « Les Juifs sont parvenus à construire un pays, à l’élever, sans rien d’autre que des hommes, des femmes et des cerveaux. Le peuple juif en Israël est unique, c’est une population unique. Le pays connaît la croissance économique. Il y a de nombreux pays dans le monde qui peuvent se protéger mais Israël, qui est un pays si petit, peut non seulement se protéger mais riposte de surcroît face aux menaces extérieures ».

Nous savons très exactement ce que Zelensky est en train de traverser en ce moment. Il s’efforce de protéger son pays d’une menace extérieure qui s’est refermée sur sa capitale. Il est président, Juif et se défend contre un envahisseur qui affirme combattre au nom de la « dénazification de l’Ukraine » et il a, vendredi, vivement recommandé à l’armée ukrainienne de renverser un gouvernement « de terroristes, de drogués et de néo-nazis ».

Dans son message vidéo, Zelensky l’a promis : « Je resterai dans la capitale. Ma famille »- son épouse Olena et leurs deux enfants – « se trouvent également à l’heure qu’il est en Ukraine ».

L’idée même que le président élu d’un pays démocratique entraîné dans la guerre puisse être la cible d’un assassinat de la part de l’ennemi est au-delà de l’impensable – mais n’est-ce pas l’impensable qui est en train de se produire en Ukraine en ce moment même ?

La moindre des choses que le monde libre, avec à sa tête les États-Unis, peut essayer de faire est de garantir la sécurité et la liberté de Zelensky – ce qui signifie convaincre Poutine de cet impératif. Biden, Bennett et d’autres puissances mondiales ont promis leur soutien aux Ukrainiens : soutenir cette famille est tout un symbole pour commencer à en faire la démonstration.

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