Au procès des attentats, l’embarras de Farid Benyettou, ex-mentor des Kouachi
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Au procès des attentats, l’embarras de Farid Benyettou, ex-mentor des Kouachi

Entendu samedi comme témoin, l'ex-mentor des frères Kouachi, Farid Benyettou, a demandé "pardon" aux familles des victimes et reconnu une "responsabilité morale"

Farid Benyettou, 32 ans, l'ancien « émir » de la cellule des Buttes Chaumont qui aurait radicalisé les frères Kouachi, impliqués dans les attentats terroristes de Paris, arrive au palais de justice de Paris, le 3 octobre 2020, pour son audience dans le cadre du procès de 14 personnes soupçonnées d'être complices des meurtres djihadistes de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher. (Christophe ARCHAMBAULT / AFP)
Farid Benyettou, 32 ans, l'ancien « émir » de la cellule des Buttes Chaumont qui aurait radicalisé les frères Kouachi, impliqués dans les attentats terroristes de Paris, arrive au palais de justice de Paris, le 3 octobre 2020, pour son audience dans le cadre du procès de 14 personnes soupçonnées d'être complices des meurtres djihadistes de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher. (Christophe ARCHAMBAULT / AFP)

Repenti sincère ou bien de circonstance ? Entendu samedi comme témoin au procès des attentats de janvier 2015, l’ex-mentor des frères Kouachi, Farid Benyettou, a demandé « pardon » aux familles des victimes et reconnu une « responsabilité morale », sans toutefois convaincre les parties civiles.

« Mes premiers mots, je voudrais qu’ils soient pour les victimes et pour leurs proches : j’ai une part de responsabilité dans le parcours des frères Kouachi », a assuré Farid Benyettou, 39 ans, devant la cour d’assises spéciale de Paris. 

« J’aimerais revenir en arrière, réparer les choses, mais ce n’est pas possible… Sachez que je suis vraiment désolé », a poursuivi l’ancien prédicateur, silhouette fine, lunettes et cheveux clairsemés.

Figure de l’islam radical au début des années 2000, Farid Benyettou a joué un rôle-clé dans la filière dite « des Buttes-Chaumont », démantelée en 2005, qui visait à envoyer des jihadistes dans les rangs d’Al-Qaïda en Irak.

« Emir » autoproclamé de ce groupe de jeunes radicalisés, il a eu comme adeptes les frères Kouachi et Peter Cherif, présenté comme un possible commanditaire de la tuerie de Charlie Hebdo.

Un passé que Benyettou, qui se présente comme « repenti », dit assumer. À l’époque, « je faisais office d’idéologue », explique le trentenaire, les mains jointes sur le pupitre.

« J’ai encouragé Chérif Kouachi dans son parcours de jihadiste, j’ai cautionné son départ pour l’Irak en 2004… Je suis forcément lié à son parcours, même si je n’ai pas participé à ce qu’il a fait par la suite », ajoute-t-il.

Hommage rendu à Ahmed Merabet, le 10 janvier 2015. (Crédit : AFP)

« Colérique »

Pour ce rôle, Farid Benyettou a été condamné en 2008 à six ans de prison. Chérif Kouachi, arrêté juste avant son départ pour l’Irak, a écopé lui de trois ans. Les deux hommes ont continué de se voir jusqu’en 2014.

À partir de 2010, « il y a quelque chose qui a commencé à changer dans le groupe », relate le jeune homme, qui dit avoir pris ses distances à cette époque avec l’islam radical et ses anciens adeptes – qu’il tentait d’éviter. 

Mais Chérif Kouachi « venait frapper à ma porte, et je n’ai jamais eu le courage de couper complètement », précise l’ex-prédicateur, qui justifie ainsi le lien maintenu avec le futur tueur de Charlie.

À l’époque, « Chérif était devenu beaucoup plus dur sur ses positions », explique M. Benyettou, qui le décrit comme « colérique ». « Pour lui, la seule manière de résoudre quelque chose, c’était par la violence. »

Dans la salle, où ont pris place plusieurs survivants de Charlie Hebdo, les parties civiles laissent poindre leur agacement : n’aurait-il pas pu agir ? User de son influence pour le détourner de ces idées radicales ?

« Je n’ai pas cessé d’avoir des discussions avec lui. J’ai même eu le courage de lui dire que j’étais contre ce que Mohamed Merah avait fait », se défend maladroitement Benyettou, qui décrit un Chérif Kouachi fermé à la discussion.

« Il écoutait ceux qui disaient ce qu’il voulait entendre. Le jour où j’ai tenu un discours contraire » à ses attentes, « il n’a plus voulu m’écouter », poursuit le trentenaire.

Cherif et Said Kouachi, responsables de l’attaque terroriste de « Charlie Hebdo » qui a fait 12 morts. (Capture d’écran/Police française)

« Taqiya »

Au lendemain de l’attentat contre Charlie Hebdo, Benyettou s’était présenté de lui-même aux services de renseignement, se disant prêt à aider l’enquête. À l’issue de son audition, il avait été remis en liberté. 

Depuis 2015, il a travaillé avec l’anthropologue Dounia Bouzar pour la prévention de la radicalisation et publié en janvier 2017 un livre sur son parcours, Mon djihad : itinéraire d’un repenti.

Sur les bancs des avocats, certains expriment toutefois des doutes sur sa sincérité. « Vous pourriez être un faux repenti qui utilise la taqiya » (dissimulation), pointe Me Catherine Szwarc.

Pendant la promotion de son livre, Farid Benyettou – qui travaille aujourd’hui comme chauffeur poids lourd – avait choqué les proches de victimes des attentats, en arborant un badge : « Je suis Charlie. »

Un épisode relevé à l’audience. « Quel était le sens de ce geste ? Est-ce que vous considériez comme légitime de caricaturer le prophète ? », l’interroge l’avocat de Charlie Hebdo, Richard Malka.

« Pour moi, c’est une forme d’expression », répond Benyettou, qui se veut sans équivoque sur ce point. « J’ai grandi avec les Guignols de l’info. La caricature est un droit, il faut le défendre. »

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