Aude : Valls plaide pour « l’interdiction du salafisme »
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Aude : Valls plaide pour « l’interdiction du salafisme »

A l'instar de Sarkozy et Wauquiez, l'ex-Premier ministre plaide en faveur d'une éventuelle "rétention administrative" des fichés S les plus dangereux

Manuel Valls à l'émission On n'est pas couché de Laurent Ruquier diffusée le 16 janvier 2016 (Crédit : Capture d’écran YouTube)
Manuel Valls à l'émission On n'est pas couché de Laurent Ruquier diffusée le 16 janvier 2016 (Crédit : Capture d’écran YouTube)

L’ex-Premier ministre Manuel Valls a plaidé dimanche après les attaques jihadistes de l’Aude pour une « interdiction du salafisme » et évoqué une éventuelle « rétention administrative » des fichés S les plus dangereux, une proposition défendue par le président de LR Laurent Wauquiez.

« On peut regarder les choses concernant les fichés S », a expliqué sur BFM TV le député de l’Essonne (ex-PS), qui siège au sein du groupe LREM.

Parmi les pistes de réforme, « il peut y avoir peut-être, regardons ça de près, les questions liées à la rétention administrative pour ceux dont on considère qu’ils représentent un danger, évidemment sous l’autorité du juge et à un moment ou l’autre, s’il ne se passe rien, on ne peut pas le retenir », a expliqué l’ex-Premier ministre. « La rétention administrative est une privation de liberté », a-t-il rappelé.

M. Wauquiez plaide lui aussi depuis plusieurs mois, comme Nicolas Sarkozy durant la primaire de la droite de 2016, pour la rétention des fichés S les plus dangereux.

« Je pense qu’il faut prendre un acte fort, politique, à caractère symbolique d’une interdiction du salafisme », a également proposé M. Valls. « Je reconnais que c’est extrêmement difficile, on peut fermer des mosquées, un des imams salafistes de Marseille est en voie d’expulsion… », a-t-il détaillé.

Pour lui, « les idées salafistes, les mots salafistes ont gagné la bataille idéologique au sein de l’islam ». « Nos adversaires, ce sont les salafistes, les Frères musulmans, l’islam politique », a fait valoir M. Valls.

« Toute la France est malheureuse »: hommages aux victimes des attaques de l’Aude

« Toute la France est malheureuse »: la petite ville de Trèbes dans l’Aude a rendu hommage dimanche aux quatre personnes abattues par Radouane Lakdim, un petit délinquant radicalisé sur lequel les enquêteurs poursuivent leurs investigations, avec deux de ses proches toujours en garde à vue.

« C’est d’abord à vous les victimes que je veux m’adresser: vous avez connu l’angoisse, vous avez vécu l’insoutenable, vous revenez de la mort » a déclaré l’évêque de Carcassonne et Narbonne au début de la cérémonie.

Mgr Alain Planet a ensuite cité l’évangile, selon lequel « il vaut mieux qu’un seul meurt pour le peuple et que la Nation ne périsse pas », dans une allusion au sacrifice du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, qui a donné sa vie pour épargner une otage. Un « hommage national » lui sera rendu dans les prochains jours, selon l’Elysée.

« Je suis très triste. Toute la France est malheureuse », explique, des rameaux d’olivier à la main, Emile Acco, peintre carrossier à la retraite, devant l’église de Trèbes.

A Carcassonne où bouquets de roses, de tulipes, de jonquilles ou de lys s’accumulent devant les grilles de la caserne de l’Aude, le patron des gendarmes est venu « partager l’immense tristesse » mais aussi la « fierté » de la gendarmerie nationale après « l’acte héroïque » d’Arnaud Beltrame.

Au surlendemain des attaques de Carcassonne et du Super U de Trèbes, le général Richard Lizurey a rencontré une soixantaine de gendarmes du groupement de l’Aude, dont Arnaud Beltrame était le numéro 3. Il devait rencontrer sa veuve dans l’après-midi puis les hommes du GIGN à Toulouse, dont l’un a été blessé.

De nombreux témoignages de solidarité envers les victimes et les gendarmes ont spontanément eu lieu dimanche à travers le pays. Comme à Albi (Tarn), Rosières-près-Troyes (Aube), Hallennes-lez-Haubourdin (Nord) et Creil (Oise), dans la région parisienne (Melun, Roissy, Vigny etc…) ou encore en Bretagne dont Arnaud Beltrame était originaire.

« Nous recevons un peu partout dans toutes les casernes du département des témoignages de sympathie. Des gens viennent déposer des roses blanches, des tulipes sur les grilles des casernes, comme ici à Saint-Brieuc, on reçoit aussi des appels, des mots », selon la gendarmerie des Côtes d’Armor.

« Les gens sont tristes, sont solidaires avec ceux qui souffrent, choqués par cette violence », a souligné le curé de Trèbes, le père Philippe Guitart. « Il faut éviter tout amalgame, de montrer des communautés du doigt, aider les gens à apprendre à vivre ensemble ».

La cérémonie, à laquelle ont participé des représentants de la communauté musulmane, a été retransmise par haut parleur sur la petite place de l’église, surveillée par des gendarmes armés.

Pour Solange, 81 ans, qui a assisté à la messe, « il faut toujours pardonner même si c’est difficile ». « Il faut une foi très profonde pour accepter tout cela… cette zizanie entre religions », estime-t-elle. « C’est le même Dieu que nous adorons entre musulmans, chrétiens et juifs ».

Sur la façade de la mairie, des roses blanches se sont accumulées avec un message écrit à la main « Stop à la violence, stop, stop ».

Radouane Lakdim, un Français d’origine marocaine de 25 ans, s’était présenté vendredi comme « un soldat » du groupe jihadiste Etat islamique (EI), lequel a, peu après, revendiqué les attaques.

A son domicile, dans la cité d’Ozanam à Carcassonne, les enquêteurs ont découvert des « notes faisant allusion à l’Etat islamique » et s’apparentant à un testament, selon des sources concordantes.

Parallèlement, deux personnes ont été placées en garde à vue: un jeune de 17 ans présenté comme un ami de Radouane Lakdim, et sa compagne.

Des médecins légistes français arrivent à Trebes, dans le sud de la France, le 23 mars 2018, pour inspecter un véhicule (C, capot relevé) soupçonné d’appartenir au preneur d’otages et stationné devant le supermarché Super U de la ville de Trèbes, dans le sud de la France. (AFP PHOTO / PASCAL PAVANI)

Vendredi peu après 10H00, Lakdim, armé d’un pistolet, d’un couteau et d’engins artisanaux, avait entamé son équipée meurtrière en volant une voiture à Carcassonne, blessant grièvement son conducteur portugais et tuant son passager, Jean Mazières, un viticulteur à la retraite.

Après avoir tenté de s’en prendre aux parachutistes du 3e RPIMa de Carcassonne, il avait tiré sur des CRS revenant d’un jogging, blessant un policier près de la caserne. Le modus operandi rappelle les attaques de Mohamed Merah, il y a six ans presque jour pour jour, à quelques dizaines de kilomètres de là à Montauban et Toulouse, où l’islamiste avait été abattu dans l’assaut du RAID, le 22 mars 2012.

C’est également en criant « Allah Akbar » que Radouane Lakdim a surgi et fait feu vendredi dans un Super U de Trèbes, une petite ville calme traversée par le canal du Midi, tuant un salarié quinquagénaire du supermarché, Christian Medves, et un client, Hervé Sosna, maçon retraité. Il a ensuite tiré sur le lieutenant-colonel Beltrame, qui a succombé à ses blessures samedi matin.

« La France honore un grand héros », a tweeté dimanche matin le président américain Donal Trump.

Au total, Lakdim, qui était fiché « S » (pour Sûreté de l’Etat) a tué quatre personnes. Trois autres ont été blessées : un CRS, un gendarme du GIGN et l’automobiliste portugais, qui était entre la vie et la mort dimanche.

Geoffroy Didier, secrétaire général délégué de LR, a critiqué la « naïveté » d’Emmanuel Macron en matière de terrorisme et estimé que les attaques dans l’Aude auraient pu être « évitées ».

Par ailleurs, Stéphane Poussier, ancien candidat de La France insoumise aux législatives dans le Calvados, a été placé en garde à vue pour apologie d’actes terroristes. Il avait publié deux tweets faisant l’apologie du terrorisme et se félicitant du décès du lieutenant-colonel Beltrame.

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