Autriche : Karin Kneissl jugeait la solution à 2 États « trop compliquée »
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Autriche : Karin Kneissl jugeait la solution à 2 États « trop compliquée »

La ministre des Affaires étrangères autrichienne avait déclaré n'avoir "jamais cru" en cette idée, parce que le territoire "se fait avaler" par les implantations israéliennes

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Karin Kneissl, ministre autrichienne des Affaires étrangères, avec son homologue belge Didier Reynders, au Conseil de l'Europe, à Bruxelles, le 22 janvier 2018. (Crédit : AFP / EMMANUEL DUNAND)
Karin Kneissl, ministre autrichienne des Affaires étrangères, avec son homologue belge Didier Reynders, au Conseil de l'Europe, à Bruxelles, le 22 janvier 2018. (Crédit : AFP / EMMANUEL DUNAND)

La ministre des Affaires étrangères autrichienne juge la solution à 2 États « trop compliquée »

La nouvelle ministre des Affaires étrangères autrichienne est peut-être une fervente défenderesse de la solution à 2 États pour résoudre le conflit israélo-palestinien, mais ça n’a pas toujours été le cas.

Pas plus tard qu’en 2014, elle avait rejeté l’idée, qu’elle jugeait « trop compliquée », soutenant que la terre entre la Méditerranée et le Jourdain se faisait « avaler » par les implantations israéliennes.

Depuis son entrée en fonction le mois dernier, Karin Kneissl a proposé à plusieurs reprises de diviser la Terre Sainte. Une solution à 2 États « reste le seul moyen réaliste de proposer une perspective de paix et de prospérité pour les Israéliens et les Palestiniens », confiait-elle au Times of Israel la semaine dernière.

Il y a à peine trois ans, cependant, Kneissl, une universitaire spécialisée dans le Moyen Orient, où elle a vécu plusieurs années, pensait apparemment différemment.

En décembre 2014, un journal d’église autrichien lui avait demandé, au cours d’un entretien son avis sur la solution à 2 États. Elle avait répondu : « je n’y ai jamais vraiment cru. La séparation d’un territoire si petit est trop compliquée, parce qu’il se fait continuellement avaler par le mur [la barrière de sécurité en Cisjordanie], par les implantations israéliennes dans les territoires palestiniens occupés ».

La barrière de sécurité qui sépare le camp de réfugiés de Shuafat de Jérusalem Est, sur la droite, du quartier juif de Pisgat Zeev. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le Times of Israel lui a demandé de clarifier sa position sur la solution à 2 États. Son bureau a répondu en disant que « l’extrait que vous citez provient d’une interview que Karin Kneissl a accordée en sa qualité d’universitaire spécialisée sur le Moyen Orient. Elle ne faisait que relever les difficultés bien connues liées à la concrétisation de la solution à 2 États, qui est restée vague pendant des décennies, une réalité qui a été une source de détresse pour les Israéliens comme pour les Palestiniens ».

« Cependant », a poursuivi son bureau, « la ministre des Affaires étrangères autrichienne reste convaincue qu’une solution à 2 États viables reste le seul moyen de proposer une perspective de paix et de prospérité pour les Israéliens et les Palestiniens ».

« Israël contrôle une majorité arabe sans leur accorder de droits civiques. Par conséquent, Israël peut finir par ne plus être un état démocratique »

Dans une conférence du diocèse, à Linz, le 8 décembre 2014, Kneissl, qui a consacré sa thèse de doctorat en droit international au concept des frontières au Moyen-Orient, avait décaré qu’Israël ne pouvait pas être une démocratie tant que les Palestiniens n’avaient pas leur propre état.

« Israël contrôle une majorité arabe sans leur accorder de droits civiques. Par conséquent, Israël peut finir par ne plus être un état démocratique », a-t-elle dit. « Cependant, si les Palestiniens venaient à être intégrer dans un État binational, l’idée du sionisme serait invalidée, puisque [Israël] ne serait plus un État juif. C’est un dilemme complexe pour toutes les parties impliquées. »

Kneissel a été nominée au poste de ministre des Affaires étrangères par le FPÖ, parti d’extrême-droite autrichien, que les groupes juifs accusent de promouvoir la haine et l’antisémitisme. Israël boycotte les ministres de ce parti controversé, dont Kneissl (même si elle n’est pas officiellement membre du parti).

Le Parti pour la Liberté, connu sous son acronyme FPÖ, a adopté des positions pro-Israël afin de se défaire de sa réputation de foyer politique pour néo-nazis. Il est membre de la coalition au pouvoir, avec le parti du chancelier Sebastian Kurz.

Sebastian Kurz, nouveau dirigeant élu de l’Autriche et président du Parti populaire autrichien, l’ÖVP, en conférence de presse à Vienne, le 24 octobre 2017. (Crédit : Georg Hochmuth/Austria OUT/APA/AFP)

Le « programme gouvernemental » que les deux partis ont publié au terme des négociations sur la formation de la coalition en décembre, stipule que « l’engagement envers Israël en tant qu’État juif, avec comme objectif la solution à 2 États, qui permettrait de donner à Israël des frontières sécurisées et un état palestinien viable ».

Le programme appelle également à « une solution pacifique au Moyen Orient, avec une attention particulière pour les intérêts sécuritaires d’Israël ».

Après la nomination de Kneissl le mois dernier, certains Israéliens ont fait remarquer que dans l’un de ses livres, elle comparait le sionisme à l’idéologie nazie.

Dans une interview exclusive accordée au Times of Israel, elle a démenti cette comparaison.

« Insinuer une quelconque comparaison entre le nazisme et le sionisme est un non-sens absolu. Je n’ai jamais fait une telle comparaison. J’ai simplement souligné un fait historique : Theodor Herzl a certainement été inspiré par les aspirations nationalistes qui ont traversé de nombreux pays européens au cours du 19e siècle. On doit toujours replacer les choses dans un contexte historique. Certains journalistes n’ont repris qu’une seule ligne du livre sans en expliquer le contenu. »

Karin Kneissl, ministre autrichienne des Affaires étrangères, (Crédit : George Schneider)

« Ce qui est important aujourd’hui, c’est que moi-même et le nouveau gouvernement autrichien sommes et resterons engagés envers Israël en tant qu’Etat juif et envers une solution à deux Etats, où Israël et la Palestine vivraient côte à côte, dans la paix et la prospérité. »

Au cours de l’interview, elle a réaffirmé l’engagement de Vienne envers la solution à 2 États.

Les activités des implantations « menacent de saper encore davantage les perspectives d’une solution à deux Etats viable, qui reste la seule issue réaliste permettant d’offrir une perspective de paix et de prospérité pour les Israéliens et pour les Palestiniens », avait-elle déclaré.

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