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Ayman Odeh appelle aussi les Juifs israéliens à refuser de servir en Cisjordanie

Le chef de la Liste arabe unie a tenu ces propos vingt-quatre heures après avoir appelé les Arabes israéliens à quitter les forces de sécurité israéliennes, créant la polémique

Le leader de la Liste arabe unie Ayman Odeh porte une pancarte sur laquelle on peut lire "Contre l'occupation" lors d'une manifestation à Tel Aviv, le 15 mai 2021. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Le leader de la Liste arabe unie Ayman Odeh porte une pancarte sur laquelle on peut lire "Contre l'occupation" lors d'une manifestation à Tel Aviv, le 15 mai 2021. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Le chef de la Liste arabe unie Ayman Odeh a appelé une nouvelle fois, lundi, les Arabes israéliens à ne pas servir dans les forces de sécurité en Cisjordanie et à Jérusalem-Est – et il a aussi demandé aux Juifs israéliens de refuser de le faire.

Odeh avait entraîné une vive polémique, dimanche, quand il avait affirmé que les Arabes israéliens servant dans les forces de sécurité de Cisjordanie et de Jérusalem-Est « humiliaient » leur peuple, les appelant à déposer les armes et à démissionner.

Odeh, dans une vidéo publiée depuis la porte de Damas, dans la Vieille Ville de Jérusalem, à l’occasion du Ramadan, avait ajouté que son objectif ultime était de voir le drapeau palestinien flotter sur Jérusalem.

Des paroles qui s’étaient spécifiquement référées aux Arabes servant en Cisjordanie et Jérusalem-Est où les tensions ont été élevées, ces dernières semaines et qui ne concernaient pas les policiers arabes israéliens travaillant sur le territoire de l’État juif.

Les propos tenus par le député ont toutefois entraîné des appels à l’ouverture d’une enquête pour incitations à la violence, alors que l’État juif est aux prises avec une vague terroriste meurtrière sans précédent depuis des années.

S’exprimant lundi devant les caméras de la Douzième chaîne, Odeh a refusé de présenter ses excuses et il a élargi son appel aux Juifs israéliens.

« Ne servez pas dans les forces d’occupation, ne tuez pas », a-t-il dit.

Odeh a aussi démenti avoir demandé aux Arabes israéliens de quitter la police. « Je n’ai pas mentionné la police une seule fois », a-t-il martelé.

Une part significative des forces de sécurité intervenant à Jérusalem-Est est formée de policiers.

« Je considère en fait que les Israéliens sont à nos côtés dans le combat contre l’occupation et pour la paix », a-t-il dit. « La paix est nécessaire pour nous tous et il n’y a aucun moyen de la conclure sans mettre un terme à l’occupation et sans établir un Etat palestinien, aux côtés d’Israël. »

Ayman Odeh, chef du parti de la Liste arabe unie, dans une vidéo dans laquelle il appelle les policiers arabes israéliens à démissionner, affirmant qu’ils  » humilient  » leur peuple, le 10 avril 2022 (Crédit : Capture d’écran/Facebook)

Le député Sami Abu Shehadeh, de la Liste arabe unie, a apporté son soutien à Odeh, expliquant à la Douzième chaîne que « tous les membres de l’armée de l’occupation devraient avoir honte. Oui, c’est une honte. Israël pratique un régime d’apartheid et commet des crimes contre l’humanité ».

« Je veux profiter de cette opportunité pour apporter mon soutien à ce qu’a dit Odeh. C’est notre positionnement historique, il n’y a rien de nouveau ici », a-t-il continué.

Dans son message vidéo de dimanche, Odeh avait dit : « Ces derniers temps, j’ai rencontré de nombreux groupes de la Jérusalem arabe occupée. Des jeunes Palestiniens ayant la citoyenneté israélienne m’ont dit qu’ils étaient maltraités et humiliés. Il est important pour moi de vous dire d’ici, de la Porte de Damas, que c’est une humiliation de voir l’un de nos fils rejoindre les forces de sécurité. »

Bouclage d’une rue par la police israélienne suite à des affrontements entre Palestiniens et Juifs israéliens survenus en marge de la visite du député d’extrême-droite Itamar Ben Gvir dans le quartier de Sheikh Jarrah, à Jérusalem Est le 13 février 2022. (Ahmad Gharabli/AFP)

La porte de Damas a été le théâtre d’affrontements quasi-quotidiens entre Palestiniens et policiers israéliens depuis le début du mois sacré du Ramadan.

Odeh avait ajouté que les Arabes israéliens qui rejoignent les forces de sécurité israéliennes « humilient notre peuple, humilient nos familles et humilient tous ceux qui viennent prier dans la mosquée Al-Aqsa ».

Une porte-parole d’Odeh avait souligné ultérieurement que les propos d’Odeh faisaient spécifiquement référence aux Arabes servant en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, où les tensions ont été vives ces dernières semaines, et non à ceux servant dans la police en Israël.

« C’est notre positionnement habituel de condamner l’intégration des Arabes dans unités des forces d’occupation qui opèrent au-delà de la Ligne verte », avait-elle ajouté.

Les paroles d’Odeh avaient entraîné l’indignation et les médias israéliens avaient fait savoir que la police avait demandé au procureur-général s’il y avait suffisamment d’éléments pour ouvrir une enquête pour de possibles incitations à la violence.

Plusieurs députés du parti du Likud de l’opposition avaient, eux aussi, demandé l’ouverture d’une enquête et, pour sa part, la ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked, lundi, a rejeté toute possibilité de partenariat entre la coalition et la formation d’Odeh.

« Ayman Odeh se livre à des incitations contre l’État d’Israël et contre ses institutions. Nous ne conclurons aucun accord avec lui. Sa place est hors de l’enceinte de la Knesset israélienne », avait écrit Shaked sur Twitter.

Le ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked lors d’une conférence de presse à la Knesset, le 8 mars 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Odeh avait aussi été attaqué par des politiciens de gauche. Le vice-ministre de l’Économie issu du Meretz, Yair Golan, avait expliqué que les propos d’Odeh « nuisent au public qu’il tente de représenter ».

Golan a ajouté que « Odeh n’a pas tiré de leçons de Mansour Abbas, le chef de Raam. La première chose à faire est d’accepter un partenariat, de devenir partenaire de la coalition de manière à créer une dynamique contraire aux négligences continues qui avaient été affichées par les gouvernements de droite face à la communauté arabe, et ce de manière à renforcer l’intégration des citoyens arabes israéliens dans la société israélienne ».

Il avait continué en disant que « apparemment, Odeh est déterminé à ne pas soutenir ce gouvernement, que ce soit de l’extérieur ou de l’intérieur. Il le rejette complètement, ce qui est une forme de cécité politique et de cécité à l’égard des Israéliens qu’il représente ».

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