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Ayman Odeh appelle les policiers Arabes israéliens à quitter la police

Le chef de la Liste arabe unie a dit aux agents de police arabes de Jérusalem-Est qu'ils "humilient" leur peuple ; le député est accusé d'incitation à la violence

Ayman Odeh, chef du parti de la Liste arabe unie, dans une vidéo dans laquelle il appelle les policiers arabes israéliens à démissionner, affirmant qu'ils "humilient" leur peuple, le 10 avril 2022 (Crédit : Capture d’écran/Facebook)
Ayman Odeh, chef du parti de la Liste arabe unie, dans une vidéo dans laquelle il appelle les policiers arabes israéliens à démissionner, affirmant qu'ils "humilient" leur peuple, le 10 avril 2022 (Crédit : Capture d’écran/Facebook)

Le chef de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, a provoqué l’indignation dimanche en déclarant que les Arabes israéliens travaillant dans les forces de sécurité en Cisjordanie et à Jérusalem-Est « humiliaient » leur peuple et les a appelés à jeter leurs armes et à démissionner.

Dans une vidéo lors du Ramadan tournée depuis la porte de Damas, dans la vieille ville de Jérusalem, Odeh a également déclaré que son objectif ultime était de voir le drapeau palestinien flotter sur Jérusalem.

Les remarques d’Odeh faisaient spécifiquement référence aux Arabes servant en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, où les tensions ont été vives ces dernières semaines, et non à ceux servant dans la police en Israël.

Les commentaires du député ont néanmoins suscité des demandes d’enquête pour incitation à la violence, alors qu’Israël est confronté à la vague d’attentats terroristes la plus meurtrière depuis des décennies.

Parmi les victimes figure l’officier arabe israélien Amir Khoury, qui a été salué comme un « héros d’Israël » après avoir trouvé la mort lors d’un échange de tirs avec le terroriste qui a perpétré l’attentat de Bnei Brak.

« Ces derniers temps, j’ai rencontré de nombreux groupes de la Jérusalem arabe occupée. Des jeunes Palestiniens ayant la citoyenneté israélienne m’ont dit qu’ils étaient maltraités et humiliés. Il est important pour moi de vous dire d’ici, de la Porte de Damas, que c’est une humiliation de voir l’un de nos fils rejoindre les forces de sécurité », a déclaré Odeh dans une vidéo publiée sur sa page Facebook.

Depuis le début du mois sacré musulman du Ramadan, la Porte de Damas est le théâtre d’affrontements quasi-quotidiens entre les Palestiniens et la police israélienne.

Odeh a déclaré que les Arabes israéliens qui rejoignent les forces de sécurité israéliennes « humilient notre peuple, humilient nos familles et humilient tous ceux qui viennent prier dans la mosquée Al-Aqsa. »

Des policiers israéliens portent le cercueil du policier Amir Khoury, qui a été tué lors d’une fusillade terroriste à Bnei Brak, lors de ses funérailles à Nazareth, le 31 mars 2022. (Crédit : Jalaa Marey/AFP)

« Notre position depuis toujours est de soutenir notre peuple pour mettre fin à l’occupation meurtrière et d’ainsi permettre la création d’un État Palestinien avec des drapeaux palestiniens hissés sur les murs de Jérusalem », a-t-il déclaré.

Odeh a appelé ceux qui étaient déjà engagés dans la police à « leur jeter les armes au visage ».

« Les jeunes ne doivent pas rejoindre les forces d’occupation. J’appelle les jeunes qui se sont déjà engagés, qui ne sont pas plus d’un pour cent, un total de quelques milliers, dont l’engagement est insultant et humiliant, je les appelle – jetez-leur les armes au visage et dites-leur que notre place n’est pas avec vous. Nous ne prendrons pas part à l’injustice et au crime », a-t-il déclaré.

Les Arabes israéliens doivent faire partie du « peuple arabe palestinien et participer à une guerre juste pour mettre fin à l’occupation criminelle », a-t-il insisté.

Ses commentaires ont suscité l’indignation et la presse israélienne a rapporté que la police avait demandé l’avis du procureur général pour savoir si ses remarques justifiaient l’ouverture d’une enquête pour incitation à la violence.

Plusieurs députés du parti d’opposition Likud ont également demandé qu’Odeh fasse l’objet d’une enquête.

« L’appel d’Ayman Odeh aux policiers musulmans pour qu’ils jettent leurs armes, à un moment où Israël est au milieu d’une bataille contre le terrorisme provenant de l’intérieur et de l’extérieur, est une incitation grave qui pourrait conduire à la violence contre les agents et nuire à la sécurité de la nation », a tweeté l’ancien ministre des Finances Israël Katz.

« La place d’Odeh n’est pas à la Knesset mais en prison. »

« Dans un monde juste, cet homme serait arrêté ce soir et jugé rapidement », a déclaré l’ancien ministre de la police Amir Ohana, membre du Likud.

« Mais dans notre monde, il pourrait encore être un filet de sécurité pour le gouvernement de Bennett, (Gideon) Saar et Avigdor Liberman », a-t-il dit en référence aux spéculations selon lesquelles le gouvernement actuel pourrait compter sur le parti d’Odeh pour un soutien extérieur après avoir perdu sa majorité à la Knesset cette semaine.

Le ministre de la Sécurité publique Amir Ohana lors de la conférence annuelle de Jérusalem du groupe ‘Besheva’ à Jérusalem, le 15 mars 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)

En réponse, le parti Yamina du Premier ministre Naftali Bennett a publié une déclaration disant que « malgré les rumeurs, la Liste arabe unie ne fera pas partie de la coalition ou du gouvernement. »

Il a accusé le Likud et d’autres partis d’opposition de droite de collaborer avec Odeh pour tenter de faire tomber le gouvernement.

Samedi, Odeh avait refusé de s’engager à participer à un éventuel vote de défiance pour faire tomber le gouvernement si cela signifiait aider le leader de l’opposition, Benjamin Netanyahu.

Odeh a déclaré qu’il était encore trop tôt pour parler de dissolution de la Knesset, bien que le gouvernement ait perdu sa courte majorité au Parlement la semaine dernière lorsque la députée Idit Silman, membre du parti Yamina de Bennett, a quitté la coalition.

La coalition ne détenant plus que la moitié des sièges de la Knesset, le Likud de Netanyahu cherche à gagner suffisamment de députés pour soutenir un vote de défiance, ce qui déclencherait de nouvelles élections. En conséquence, la Liste arabe unie, avec six sièges, pourrait bien détenir les rênes de l’équilibre des forces.

Bien qu’Odeh ait déclaré à propos de la coalition actuelle qu’il s’agissait d’un « mauvais gouvernement de droite » qui nuit aux Arabes israéliens, il a souligné que Netanyahu n’était pas une alternative viable à ses yeux.

« Si quelqu’un pense que nous allons nous associer à Netanyahu pour un vote constructif de défiance – pas question », a déclaré Odeh lors d’une interview avec la Douzième chaîne.

« Nous sommes les plus éloignés du Likud – c’est ce que nous étions, ce que nous resterons – surtout avec le Likud d’aujourd’hui avec Benjamin Netanyahu », a-t-il ajouté. « Je pense que Netanyahu est la personne la plus dangereuse du pays ».

Le député Ayman Odeh à gauche, chef de la Liste arabe unie, et le député Ahmad Tibi assistent à une réunion de faction, à la Knesset, à Jérusalem, le 7 mars 2022. (Crédit: Yonatan Sindel/Flash90)

Odeh a noté que « personne ne nous a approchés » du gouvernement à la suite des récents développements.

Le député Mansour Abbas, qui dirige Ra’am, un parti arabe islamiste qui fait partie de la coalition, a déclaré à la Douzième chaîne que sa faction ne serait pas persuadée de passer à l’opposition.

« Je ne laisserai pas ce gouvernement s’effondrer, même si j’obtiens un engagement de Netanyahu », a déclaré Abbas.

Silman a annoncé mercredi qu’elle quittait le gouvernement en raison de « l’atteinte » portée à l’identité juive en Israël, privant ainsi la coalition de sa majorité d’un siège.

Silman a déclaré qu’elle travaillerait à l’établissement d’une coalition de droite au sein de la Knesset actuelle, mais a démenti les informations selon lesquelles elle aurait conclu un accord pour rejoindre le Likud. Elle a également affirmé que la coalition actuelle avait proposé de lui confier le poste de ministre de la Santé pour regagner son soutien, ce qu’elle a refusé.

La coalition – une alliance improbable de huit partis disparates – s’est efforcée de garder les autres renégats potentiels dans le droit chemin et de projeter la stabilité, alors même qu’elle était au bord de l’effondrement après le départ de Silman.

Avec le départ de Silman de la coalition mais pas de la Knesset, le gouvernement de Bennett ne détient que 60 des 120 sièges. Les voies à suivre pour la coalition et la Knesset ne sont pas immédiatement claires, une nouvelle élection étant considérée comme l’issue la plus probable, mais le calendrier reste incertain.

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