Bagdad : Des ténors républicains approuvent le raid, l’opposition critique Trump
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Bagdad : Des ténors républicains approuvent le raid, l’opposition critique Trump

Des ténors républicains se félicitaient jeudi du raid américain contre le général iranien Soleimani, ordonné par Donald Trump, et aussitôt dénoncé par ses adversaires démocrates

Qassem Soleimani, commandant de la force Quds, participe à une marche commémorant l'anniversaire de la Révolution islamique de 1979, à Téhéran, Iran, le 11 février 2016. (AP Photo/Ebrahim Noroozi)
Qassem Soleimani, commandant de la force Quds, participe à une marche commémorant l'anniversaire de la Révolution islamique de 1979, à Téhéran, Iran, le 11 février 2016. (AP Photo/Ebrahim Noroozi)

Le Pentagone a fait savoir tard jeudi que l’armée avait mené une frappe aérienne à Bagdad pour éliminer le puissant général iranien Qassem Soleimani et le chef d’une solide milice pro-Iran en Irak, à la demande du président Trump. Ce raid est susceptible d’entraîner de lourdes représailles iraniennes, potentiellement contre des intérêts américains et israéliens. « Le général Soleimani préparaient activement des attaques contre des diplomates et militaires américains en Irak et dans la région », a assuré le département de la Défense.

Alors que des ténors républicains se félicitaient jeudi soir du raid, il a été aussitôt dénoncé par ses adversaires démocrates, dont son potentiel rival à la présidentielle, Joe Biden.

Les républicains

« J’apprécie l’action courageuse du président Donald Trump contre l’agression iranienne », a lui salué sur Twitter l’influent sénateur républicain Lindsey Graham, proche allié du président peu après la confirmation par le Pentagone que le locataire de la Maison Blanche avait donné l’ordre de tuer le général iranien Qassem Soleimani.

« Au gouvernement iranien : si vous en voulez plus, vous en aurez plus », a-t-il menacé, avant d’ajouter : « Si l’agression iranienne se poursuit et que je travaillais dans une raffinerie iranienne de pétrole, je songerais à une reconversion. »

Comme cet élu de Caroline du Sud, les républicains serraient les rangs jeudi soir derrière la stratégie du président américain.

Le sénateur James Inhofe, président de la Commission des Services armés du Sénat, a lui déclaré : « L’Amérique ne cherche pas et ne devrait pas chercher la guerre, mais elle répondra de façon adéquate à ceux qui menacent nos citoyens, nos soldats et nos amis — comme le président le promet depuis longtemps. La désescalade est préférable et possible — mais seulement si nos adversaires le veulent. »

Le puissant général Qassem Soleimani, émissaire de Téhéran pour les affaires irakiennes, et un autre leader pro-iranien en Irak ont été tués dans un raid américain à Bagdad, trois jours après une attaque inédite contre l’ambassade américaine.

Qassem Soleimani, commandant de la force Quds, participe à une marche commémorant l’anniversaire de la Révolution islamique de 1979, à Téhéran, Iran, le 11 février 2016. (AP Photo/Ebrahim Noroozi)

« Les actions défensives que les Etats-Unis ont prises contre l’Iran et ses mandataires sont conformes aux avertissements clairs qu’ils ont reçus. Ils ont choisi d’ignorer ces avertissements parce qu’ils croyaient que le président des Etats-Unis était empêché d’agir en raison de nos divisions politiques internes. Ils ont extrêmement mal évalué », a également salué le sénateur républicain Marco Rubio.

Le général Soleimani « n’a eu que ce qu’il méritait », a abondé le sénateur républicain Tom Cotton.

Les démocrates

Dans l’autre camp, les adversaires démocrates du président qui ont approuvé le mois dernier à la Chambre basse du Congrès son renvoi en procès pour destitution, ont dénoncé le bombardement et les risques d’escalade avec l’Iran.

« Le président Trump vient de jeter un bâton de dynamite dans une poudrière, et il doit au peuple américain une explication », a dénoncé l’ancien vice-président Joe Biden, en lice pour la primaire démocrate en vue de l’élection présidentielle de novembre.

« C’est une énorme escalade dans une région déjà dangereuse », a-t-il insisté, dans un communiqué.

« La dangereuse escalade de Trump nous amène plus près d’une autre guerre désastreuse au Moyen-Orient qui pourrait coûter d’innombrables vies et des trilliards de dollars », a dénoncé Bernie Sanders, autre favori de la primaire démocrate.

« Trump a promis de terminer les guerres sans fin mais cette action nous met sur le chemin d’une autre », a poursuivi le sénateur indépendant.

Les candidats aux primaires démocrates pour la présidentielle, le sénateur Cory Booker, la représentante Tulsi Gabbard (Hawaï), la sénatrice Amy Klobuchar (Minnessotta)., le maire de South Bend, Pete Buttigieg, la sénatrice Elizabeth Warren (Massachussetts), l’ancien vice-président Joe Biden, le sénateur Bernie Sanders, la sénatrice Kamala Harris Californie), l’ancien dirigeant de la technologie Andrew Yang et l’investisseur Tom Steyer participent à un débat, le mercredi, 20 novembre 2019 à Atlanta. (Crédit : AP / John Bazemore)

La présidente démocrate de la Chambre des représentants Nancy Pelosi a elle reproché à l’administration d’avoir mené cette frappe sans consulter le Congrès ou sans l’autorisation de faire usage de la force militaire contre l’Iran. Cela « risque de provoquer une escalade dangereuse des violences », a-t-elle dénoncé.

Le chef démocrate de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants a lui aussi déploré que Donald Trump n’ait pas notifié le Congrès américain du raid mené en Irak.

« Mener une action de cette gravité sans impliquer le Congrès soulève de graves problèmes légaux et constitue un affront aux pouvoirs du Congrès », a écrit dans un communiqué Eliot Engel.

Soleimani était « le cerveau de violences considérables » qui a du « sang américain sur les mains », a reconnu le député démocrate. Mais « prendre une mesure de cette gravité sans y impliquer le Congrès soulève des questions juridiques importantes et constitue un affront aux pouvoirs du Congrès et à son statut de branche égale au gouvernement. Traditionnellement, la Maison Blanche informe les hauts responsables des deux partis du Sénat et de la Chambre des représentants en amont d’actions militaires majeures. »

La Loi sur les pouvoirs de guerre oblige le président américain à informer le Congrès dans les 48 heures précédant le déclenchement d’une action militaire des forces armées.

Plusieurs démocrates ont d’ailleurs dénoncé l’érosion du rôle constitutionnel du Congrès dans les décisions militaires ces trois dernières années d’administration Trump.

Chuck Schumer, chef de la minorité du Sénat américain , démocrate de New York, à Washington, le 31 octobre 2017. (Crédit : Mark Wilson/Getty Images/AFP)

Mais le chef des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, « n’a pas été informé à l’avance » de la frappe, a fait savoir un conseiller démocrate à l’AFP.

« D’accord – il ne fait aucun doute que Soleimani a beaucoup de sang sur les mains. Mais c’est un moment vraiment effrayant. L’Iran va réagir et probablement à différents endroits. Pensée à tout le personnel américain dans la région en ce moment », a quant à lui estimé Ben Rhodes, ancien proche conseiller de Barack Obama.

La sénatrice démocrate Elizabeth Warren a elle qualifié Soleimani « d’assassin, responsable de la mort de milliers de personnes, dont des centaines d’Américains ».

Cependant, a-t-elle ajouté, « l’initiative imprudente [de Trump] envenime la situation avec l’Iran et accroît la probabilité de morts supplémentaires et d’un nouveau conflit au Moyen-Orient ».

Le président Donald Trump s’exprime devant les journalistes à la Maison Blanche à Washington alors qu’il se prépare à s’envoler pour New York,le 2 novembre 2019 (Crédit : AP Photo/Manuel Balce Ceneta)

L’entrepreneur Andrew Yang a tweeté : « La guerre avec l’Iran est la dernière chose dont nous avons besoin et ne relève pas de la volonté du peuple américain. Nous devrions agir pour apaiser les tensions et protéger nos concitoyens dans la région. »

« Un président qui a juré de tenir les États-Unis à l’écart d’une autre guerre au Moyen-Orient vient dans les faits de faire une déclaration de guerre », a réagi le président de l’organisation International Crisis Group Robert Malley.

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