Bande de Gaza : reprise des trafics ferroviaire et routier
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Bande de Gaza : reprise des trafics ferroviaire et routier

Une dernière roquette a été tirée à 23h00 après 48 heures d'affrontements ; le chef de l'armée met en garde contre de nouvelles hostilités ; les écoles restent fermées

Dégâts causés par unn obus de mortier depuis la bande de Gaza sur une route du sud d'Israël, le 23 février 2020 (Crédit : Police israélienne)
Dégâts causés par unn obus de mortier depuis la bande de Gaza sur une route du sud d'Israël, le 23 février 2020 (Crédit : Police israélienne)

Un cessez-le-feu précaire entre Israël et les terroristes de Gaza semble se maintenir mardi, après deux jours de combats intenses aux abords et à l’intérieur de l’enclave palestinienne. Les routes ont été rouvertes, et le trafic ferroviaire a repris.

Les écoles sont, pour leur part, restées fermées par crainte d’éventuels tirs de roquette.

Les terroristes de la bande ont lancé plus de 90 roquettes et obus de mortier vers le sud d’Israël, dimanche et lundi. Environ 90 % des missiles envoyés vers des zones peuplées ont été interceptés par le système anti-missile du Dôme de fer, selon l’armée israélienne, même si un projectile s’est abattu sur un terrain de jeu à Sdérot et que des dégâts ont été causés ailleurs par des éclats d’obus.

Il n’y a pas eu de blessés graves du côté israélien.

L’armée a riposté à ces attaques par des dizaines de frappes de représailles contre l’enclave côtière ainsi qu’en prenant pour cible – ce que Tsahal reconnaît rarement en public – des structures du groupe à Damas.

Les frappes israéliennes n’ont visé que le Jihad islamique, même si Israël a fait savoir qu’il tenait le Hamas, gouvernant de facto le territoire, pour responsable de toutes les violences émanant de la bande.

Un Palestinien masqué contrôle les dégâts suite à une frappe nocturne israélienne sur une base militaire du Jihad islamique dans la ville de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 24 février 2020 (Crédit : AP/Khalil Hamra)

Des sources palestiniennes liées au groupe terroriste du Jihad islamique ont indiqué aux médias arabophones qu’un cessez-le-feu était entré en vigueur à 23 heures 30, plus d’une heure après de nouveaux affrontements qui avaient laissé augurer une nouvelle détérioration.

Un responsable de la sécurité israélienne avait confirmé plus tôt qu’Israël avait « reçu des messages émanant de rangs variés au sein de l’organisation du Jihad islamique palestinien concernant le désir d’un cessez-le-feu immédiat ».

Le responsable, qui s’était exprimé sous couvert d’anonymat, avait indiqué que l’État juif était « sceptique » face aux requêtes du Jihad islamique.

A 9 heures 30 mardi matin, aucun nouveau tir de roquette n’était à signaler.

En conséquence, Tsahal a rouvert un certain nombre d’autoroutes adjacentes à la bande de Gaza qui avaient été fermées et autorisé la reprise du trafic ferroviaire entre les gares d’Ashkelon et de Sdérot.

Les conseils locaux des régions entourant l’enclave sont également revenus sur leurs instructions données aux résidents de rester à proximité des abris antiaériens, leur permettant de retourner au travail. Les rassemblements en plein air sont à nouveau autorisés.

Des roquettes lancées par les terroristes palestiniens dans la bande de Gaza vers Israël, le 24 février 2020 (Crédit : AP Photo/Khalil Hamra)

Pour leur part, les écoles resteront fermées mardi – une mesure qui concerne environ 65 000 élèves.

Lundi soir, Israël a aussi annoncé que le pays fermait ses postes-frontières avec Gaza, cessant les livraisons vers le territoire sous blocus et empêchant les voyageurs et les employés d’en sortir. L’État juif a précisé qu’il interdirait aux pêcheurs de l’enclave côtière de sortir en mer.

Les autorités israéliennes ont toutefois averti que ces combats étaient susceptibles de reprendre et que l’armée se tenait prête à répondre à toute attaque.

Ce cessez-le-feu, s’il reste en place, pourrait empêcher Israël et Gaza de tomber dans une guerre ouverte.

Les combats ont éclaté dimanche matin après que l’État juif a tué un membre du Jihad islamique qui plaçait une bombe le long de la frontière, envoyant ensuite un bulldozer pour récupérer la dépouille – une opération qui avait été filmée et qui avait entraîné la colère d’un grand nombre de résidents de Gaza.

Ce retrait de la dépouille entrait apparemment dans le cadre d’un plan ourdi par le ministre de la Défense Naftali Bennett qui a décidé de « stocker » les dépouilles des terroristes palestiniens pour les utiliser comme « élément de marchandage » dans les négociations visant la libération de deux ressortissants israéliens actuellement entre les mains du Hamas, ainsi que le rapatriement des dépouilles de deux soldats israéliens tombés au combat.

Un bulldozer de l’armée israélienne entre dans la zone tampon de Gaza pour récupérer le corps d’un terroriste présumé, le 23 février 2020. (Capture d’écran/Shehab news)

Le Jihad islamique a annoncé une trêve unilatérale dans la soirée de lundi, disant qu’il avait terminé ses « représailles » pour venger la mort de trois de ses membres – tout en menaçant de répondre à toute « agression » israélienne.

Dans les heures qui ont suivi, le groupe terroriste a accusé Israël de continuer ses frappes et a relancé des roquettes, déclenchant les sirènes d’alarme dans le sud d’Israël.

« L’ennemi ne s’étant pas engagé à stopper ses agressions, nous avons repris nos frappes sur le principe du tir contre tir », a déclaré Abu Hamza, porte-parole de l’aile militaire du groupe armé.

A travers toute la journée de lundi, les responsables israéliens ont menacé de sévères représailles si les hostilités continuaient, assurant que les élections prévues pour le 2 mars ne dicteraient pas la politique de défense du pays.

« Je parle d’une guerre », a dit le Premier ministre Benjamin Netanyahu au micro de la radio militaire. « Je n’entrerai en guerre qu’en dernier ressort, mais j’ai préparé quelque chose que vous ne pouvez même pas imaginer ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le chef du Shin Bet Nadav Argaman, 2è à droite, et le conseiller à la sécurité nationale Meir Ben-Shabbat lors de consultations sur les combats dans la bande de Gaza dans un bâtiment sécuritaire du centre d’Israël qui n’a pas été précisé, le 24 février 2020 (Crédit : Bureau de presse du gouvernement)

Netanyahu a aussi semblé menacer de tuer les chefs des groupes terroristes à Gaza si les tirs de roquette de la bande devaient se poursuivre.

« Nous continuerons à frapper jusqu’au retour au calme. Et s’il n’y a pas de calme, vous serez les prochains », a averti le candidat à sa réélection au cours d’une visite dans la ville d’Ashdod.

Ces affrontements frontaliers étaient survenus alors qu’Israël tentait, selon des informations, de négocier un accord de trêve avec les groupes terroristes de Gaza, après des semaines de tirs intermittents de roquette et au lancement régulier de dispositifs explosifs et incendiaires accrochés à des ballons à l’hélium vers le territoire israélien.

L’accord aurait compris des mesures significatives d’allègement du blocus imposé par l’État juif sur la bande qui, selon Jérusalem, a été mis en place pour empêcher les organisations terroristes gazaouies de s’armer ou de construire des infrastructures de défense.

Comme lors d’une flambée précédente, au mois de novembre, qui avait suivi l’assassinat d’un commandant du Jihad islamique de haut rang, le Hamas a semblé rester en marge durant les affrontements – un signe probable de son désir de conclure une trêve à long-terme avec Israël qui inclurait une fin du blocus.

Israël et le Hamas se sont livré trois guerres et affrontés à de nombreuses reprises depuis que le groupe a pris le contrôle de Gaza lors d’un coup d’État contre l’Autorité palestinienne en 2007.

Il semble pourtant que Netanyahu ait été réticent à l’idée de se battre contre le Hamas à une date si proche du scrutin. Le Hamas est beaucoup plus puissant que le Jihad islamique, et il s’est montré, dans le passé, capable d’effectuer des tirs de barrage de roquettes pendant des semaines.

Le Hamas, pour sa part, est peu intéressé à l’idée de reprendre des combats à un moment où il s’efforce d’améliorer les conditions de vie dans les territoires qu’il contrôle.

Les adversaires de Netanyahu l’ont critiqué pour ses accords passés avec le groupe, l’accusant de céder à la violence pour maintenir le calme.

Le leader du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, durant une conférence de presse dans la ville de Sdérot, dans le sud d’Israël, à la frontière avec Gaza, le 24 février 2020 (Crédit : Jack GUEZ / AFP)

« Netanyahu, le pays est la cible d’attaque. Venez-lui en aide », a ainsi exhorté le principal adversaire du Premier ministre, l’ex-chef d’état-major Benny Gantz, à la tête de la formation Kakhol lavan.

« Les populations du sud méritent mieux », a-t-il ajouté.

Les prochaines élections seront les troisièmes en Israël en moins d’un an, après deux votes qui ne se sont pas révélés concluants l’année dernière.

Tamar Hermann, experte de l’opinion publique israélienne au sein du think-tank Institut israélien de la démocratie, a indiqué qu’après tant d’éclats de violence, elle estime que la dernière série d’affrontements n’aurait pas d’impact sur les électeurs.

« Elles étaient attendues, et les gens y sont habitués, et la résilience ne s’abîmera pas en raison d’événements ‘d’une telle normalité’, » a-t-elle commenté.

Adam Rasgon a contribué à cet article.

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