Bassil à Pompeo : le Hezbollah n’est « pas une organisation terroriste »
Les États-Unis feront tout pour "étouffer le financement, la contrebande du réseau criminel et l'usage abusif de postes gouvernementaux" par le Hezbollah, a répondu Pompeo

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a appelé vendredi Beyrouth à se démarquer des « sombres ambitions » de l’Iran et du Hezbollah, groupe terroriste chiite libanais, poids lourd de la politique au Liban et allié de Téhéran.
Le Liban est la dernière étape de la tournée de M. Pompeo au Moyen-Orient, axée sur la création d’un front régional contre l’Iran, ennemi juré des États-Unis.
« Le Liban et le peuple libanais sont confrontés à un choix : avancer courageusement en tant que nation indépendante et fière ou laisser les sombres ambitions de l’Iran et du Hezbollah dicter leur avenir », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse conjointe à Beyrouth avec son homologue libanais, Gebran Bassil.
Aux yeux de ce dernier, le Hezbollah est « un parti politique », « pas une organisation terroriste ».
« Les États-Unis continueront à utiliser tous les moyens pacifiques (…) pour étouffer le financement, la contrebande du réseau criminel et l’usage abusif de postes gouvernementaux » par le Hezbollah, a répondu M. Pompeo.
Financé et armé par Téhéran, le Hezbollah est à la tête de trois ministères dans le nouveau gouvernement libanais. Il est considéré par Washington, Londres comme une organisation « terroriste » dans son ensemble, tandis que d’autres pays considèrent uniquement sa branche armée comme terroriste, pas sa branche politique.
La distinction entre les branches politique et armée est « artificielle, les deux étant contrôlées et soutenues par l’Iran », avait averti l’ambassadeur d’Israël aux Nations unies, Danny Danon. Cette distinction permet au Hezbollah « de lever des fonds sur le sol européen ».
Soutien à l’armée
M. Bassil s’est félicité « d’un dialogue constructif et positif » mais a admis des divergences de points de vue sur le Hezbollah et espéré qu’elles n’affecteront pas les relations bilatérales.
M. Pompeo avait précédemment exprimé ses inquiétudes au président libanais Michel Aoun.
Il a souligné « les fortes préoccupations des États-Unis concernant le rôle du Hezbollah et de l’Iran au Liban et dans la région et les risques qu’il pose pour la sécurité, la stabilité et la prospérité du Liban », a rapporté le porte-parole de la diplomatie américaine Robert Palladino.

M. Pompeo avait plus tôt déploré les « activités déstabilisatrices » du Hezbollah lors d’une rencontre avec le chef du Parlement libanais, Nabih Berri, à la tête d’un parti allié du Hezbollah.
Le Hezbollah avait rapidement réagi par l’intermédiaire d’un dignitaire religieux.
« Qu’est-ce que les Libanais attendent de l’Amérique et de son ministre des Affaires étrangères (…) à part une incitation » à la division du peuple libanais, s’est interrogé Ali Damuch lors de son prêche vendredi.
M. Pompeo a également rencontré la ministre de l’Intérieur ainsi que le Premier ministre Saad Hariri auprès duquel il a souligné l’importance « du partenariat entre les États-Unis et le Liban en matière de sécurité ».
Il a insisté sur « la nécessité (pour les États-Unis) de continuer à soutenir les institutions légitimes de l’État », en référence à l’aide financière et l’entraînement fournis par Washington à l’armée libanaise, a indiqué M. Palladino.
« Maintenir le calme »
M. Pompeo est arrivé au Liban après une visite de deux jours en Israël au cours de laquelle le président américain Donald Trump s’est prononcé sur Twitter en faveur d’une reconnaissance de la souveraineté d’Israël sur la partie occupée du plateau du Golan syrien.
Israël a conquis en 1967 une grande partie du Golan et en 1981 a commencé à y appliquer la loi israélienne.
Les propos de M. Trump ont provoqué des réactions indignées au Liban et dans le monde arabe, faisant craindre une montée des tensions dans la région.

Israël et le Liban sont toujours techniquement en guerre. Aucun accord de paix n’a été signé entre eux depuis la création de l’État hébreu en 1948 et les deux pays n’ont jamais procédé à un tracé frontalier.
Des tensions ont parfois lieu le long de la « ligne bleue » de cessez-le-feu, gardée par l’ONU depuis le retrait des troupes israéliennes du sud du pays en 2000, alors que le Liban accuse Israël d’empiéter sur une zone maritime disputée qui serait riche en hydrocarbures.
En 2006, Israël et le Hezbollah se sont livré une guerre dévastatrice de 33 jours.
Israël érige depuis l’an dernier un mur de séparation le long de la frontière de 130 kilomètres avec le Liban pour empêcher toute éventuelle incursion terrestre du Hezbollah sur son territoire.
Il y a quelques semaines, l’État hébreu a accusé le Hezbollah d’établir secrètement un réseau terroriste dans la partie syrienne du Golan.