Bennett sous-entend l’implication d’Israël dans l’attaque en Iran
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Bennett sous-entend l’implication d’Israël dans l’attaque en Iran

Dans l'un de ses premiers discours en tant que Premier ministre, il rompt avec Netanyahu en déclarant qu’Israël travaille avec ses alliés pour bloquer la bombe iranienne

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le Premier ministre Naftali Bennett s'exprime lors d'une cérémonie de remise de diplômes pour les nouveaux pilotes de l'armée de l'air israélienne à la base aérienne de Hatzerim dans le sud d'Israël, le 24 juin 2021. (AP Photo / Ariel Schalit)
Le Premier ministre Naftali Bennett s'exprime lors d'une cérémonie de remise de diplômes pour les nouveaux pilotes de l'armée de l'air israélienne à la base aérienne de Hatzerim dans le sud d'Israël, le 24 juin 2021. (AP Photo / Ariel Schalit)

Le Premier ministre Naftali Bennett a semblé suggéré qu’Israël aurait joué un rôle dans une attaque récente contre un site nucléaire iranien, lors d’un discours prononcé jeudi à la cérémonie de remise des diplômes aux pilotes de l’armée de l’air israélienne.

« Nos ennemis savent – non pas par nos déclarations, mais par nos actions – que nous sommes bien plus déterminés et plus intelligents, et que nous n’hésitons pas à agir quand c’est nécessaire », a déclaré Bennett dans son discours à la base aérienne militaire de Hatzerim, en périphérie de Beer Sheva.

Ses remarques interviennent au lendemain d’une attaque supposée de drone contre une installation iranienne de production de centrifugeuses dans les environs de Téhéran, qui aurait endommagé le site.

Dans son discours, l’un des premiers depuis qu’il a pris ses fonctions de Premier ministre au début du mois, Bennett a fait référence à la frappe d’Israël contre le réacteur nucléaire irakien il y a près de 40 ans.

L’attaque – baptisée Opération Opera – avait été la première initiative de ce qui est devenu la doctrine Begin, du nom du Premier ministre Menachem Begin, qui favorise la prise d’actions militaires – unilatérales, si nécessaire – afin d’empêcher des pays ennemis au Moyen-Orient d’obtenir des armes nucléaires.

Bennett a déclaré que les Premiers ministres israéliens ont toujours eu la « responsabilité sacrée de ne pas admettre une menace existentielle contre l’État d’Israël. Autrefois c’était l’Irak, aujourd’hui c’est l’Iran ».

Lors du même événement, le ministre de la Défense Benny Gantz a également mentionné le programme nucléaire iranien, le menaçant de frappes militaires si nécessaire, comme Israël l’a fait dans le cas de l’Irak en 1981.

« Comme si le temps s’était figé, aujourd’hui en Iran – comme il y a 40 ans [en Irak] – un ennemi meurtrier et dangereux, qui construit des armes de terreur à proximité de l’État d’Israël, cherche à acquérir une arme nucléaire pour menacer Israël et la stabilité de toute la région », a déclaré Gantz.

Une vidéo diffusée par la télévision d’État de la République islamique d’Iran, IRIB, montre diverses centrifugeuses, le dimanche 11 avril 2021, à l’installation d’enrichissement d’uranium de Natanz en Iran. (Crédit : IRIB via AP, File)

Dans ses remarques, le Premier ministre a indiqué rompre avec la politique de son prédécesseur, Benjamin Netanyahu, qui refusait d’échanger avec les États-Unis au sujet de leur projet de rejoindre l’accord nucléaire iranien de 2015. Le précédent gouvernement israélien refusait en effet de discuter de la question avec les États-Unis, sauf pour exprimer sa profonde opposition à leur décision.

Bennett a déclaré en revanche que, bien qu’Israël finirait par se défendre si nécessaire, Jérusalem allait néanmoins coopérer avec l’administration du président américain Joe Biden sur la question.

« Nous préférerions que le monde réalise qu’un régime brutal et fanatique comme celui-ci… prêt à affamer son peuple pendant des années afin de mener un programme nucléaire militaire, est un régime avec lequel on ne peut pas négocier. Malheureusement, ce n’est pas le cas », a-t-il déclaré.

« Nous continuerons à consulter nos alliés, à convaincre, à débattre, et à partager des informations et des points de vue, dans un profond respect mutuel. Mais en fin de compte, la responsabilité de notre destin restera entre nos mains et celles de personne d’autre. Nous agirons de manière responsable et prudente », a déclaré Bennett.

Gantz a également déclaré qu’Israël coopérait avec les États-Unis sur la question nucléaire iranienne et se réservait également le droit de prendre des mesures contre Téhéran.

« Nous sommes en contact avec nos alliés américains afin d’assurer la sécurité d’Israël. Au besoin, nous agirons comme nous l’avons toujours fait. Nous éliminerons et empêcherons toute menace, par des stratégies, des initiatives et – bien sûr – avec responsabilité professionnelle et diplomatique », a déclaré Gantz.

Le Premier ministre Nafatali Bennett (à gauche) et le ministre de la Défense Benny Gantz lors de la cérémonie de remise des diplômes aux pilotes de l’armée de l’air israélienne à la base aérienne de Hatzerim dans le sud d’Israël, le 24 juin 2021. (Crédit : Jack Guez / AFP)

L’attaque de drone de mercredi aurait touché l’Iran Centrifuge Technology Company, ou TESA, dans la ville de Karaj, au nord-ouest de Téhéran.

L’usine TESA est chargée de remplacer les centrifugeuses endommagées à Natanz et produit également des centrifugeuses plus avancées qui peuvent enrichir l’uranium plus rapidement, selon un article publié jeudi par le New York Times.

Téhéran a cherché à minimiser l’attaque, affirmant qu’elle n’avait pas réussi, malgré des informations contraires de sources iraniennes de l’opposition. L’Iran n’a pas non plus désigné de coupable pour cette attaque. Le pays a par le passé accusé Israël d’attaques similaires contre son programme nucléaire.

Un petit drone quadricoptère a été utilisé dans l’attaque contre TESA, selon le reportage, qui cite une source iranienne anonyme.

Le drone semble avoir été lancé depuis l’Iran, non loin du site, et a réussi à atteindre sa cible, selon la source iranienne bien renseignée. Cependant, la dite source ne savait pas si l’attaque avait causé ou non des dommages.

Le site de production de centrifugeuses figure sur une liste de cibles qu’Israël a présentée à l’administration Trump l’année dernière, en même temps que le pays suggérait de frapper le site d’enrichissement d’uranium iranien à Natanz et d’assassiner Mohsen Fakhrizadeh, un des scientifiques à l’origine du programme nucléaire militaire du pays il y a plusieurs décennies, a déclaré au New York Times une source anonyme qui travaille dans le renseignement.

Les suites d’une explosion et d’un incendie dans une usine d’assemblage de centrifugeuses avancées sur le site nucléaire iranien de Natanz, le 5 juillet 2020. (Crédit : Planet Labs Inc. via AP)

Fakhrizadeh a été tué en novembre 2020 dans une attaque que l’Iran a imputée à Israël, tandis qu’une mystérieuse explosion a endommagé un grand nombre de centrifugeuses à l’usine de Natanz en avril 2021. L’ancien chef de l’agence d’espionnage du Mossad, Yossi Cohen, a pratiquement confirmé qu’Israël était derrière ces attaques dans une interview au début du mois, peu de temps après avoir quitté son poste.

La source qui travaille dans le renseignement a également déclaré que la campagne d’Israël contre le programme nucléaire iranien avait reçu la bénédiction de l’administration Trump.

Alors que l’Iran maintient que l’installation de Karaj n’est utilisée qu’à des fins civiles, elle fait l’objet de sanctions des Nations unies, de l’Union européenne et des États-Unis depuis au moins 2007 pour son rôle dans les programmes nucléaires et balistiques d’Iran. Les États-Unis ont levé ces sanctions dans le cadre de l’accord nucléaire de 2015, mais les ont ensuite réimposées en 2018, quand Trump a unilatéralement retiré les États-Unis de l’accord.

L’attaque est survenue alors que les États-Unis et l’Iran – par le biais d’intermédiaires – négocient un retour mutuel à l’accord nucléaire de 2015, du nom officiel de Plan d’action global conjoint. En abrogeant l’accord en 2018, Trump a mis en place des sanctions pénibles, qui ont incité l’Iran à abandonner également l’accord un an plus tard, à enrichir davantage d’uranium et à des niveaux de pureté plus élevés que ce qui était autorisé dans le cadre de l’accord, et à entreprendre d’autres formes de recherche nucléaire jusqu’alors interdites.

L’enrichissement d’uranium par l’Iran est l’un des sujets clé des négociations à Vienne pour relancer l’accord.

Comme moyen de pression dans ces négociations, l’Iran a augmenté en avril son enrichissement d’uranium à 60 % de pureté, le rapprochant du seuil de pureté de 90 % nécessaire pour une utilisation militaire, et a raccourci sa « période critique » pour construire une bombe atomique – un objectif que la République islamique nie.

L’Iran a toujours nié chercher à obtenir l’arme nucléaire, mais dès qu’il a renié son engagement dans l’accord, il a commencé à enrichir de l’uranium à des niveaux qui, selon l’Agence internationale de l’énergie atomique, ne sont recherchés que par les pays visant à construire une arme.

Le Times of Israel a contribué à cet article.

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