Campagne électorale : la loyauté de la droite envers Netanyahu se fissure
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Campagne électorale : la loyauté de la droite envers Netanyahu se fissure

Le Premier ministre est attaqué par des experts de droite comme étant "ivre de pouvoir" et pas assez à droite, mais ses concurrents potentiels pro-implantations s'affrontent

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prend la parole lors de la célébration de Yom Yeroushalayim à la Yeshiva Merkaz HaRav à Jérusalem, le 2 juin 2019. (Aharon Krohn/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prend la parole lors de la célébration de Yom Yeroushalayim à la Yeshiva Merkaz HaRav à Jérusalem, le 2 juin 2019. (Aharon Krohn/Flash90)

Au cours de la semaine dernière, des voix importantes de la droite ont commencé à mettre en doute leur loyauté envers le Premier ministre Benjamin Netanyahu, dans une rare manifestation d’animosité sauvage envers le Premier ministre de droite qui est au pouvoir depuis longtemps.

Mais l’incursion de certains loyalistes dans la critique du Premier ministre a semblé faire place à une « trêve » ébranlée dès mercredi, alors même que les tensions entre le camp de la droite religieuse, déjà divisé et cherchant à se rapprocher, bouillonnaient.

Les lueurs d’hostilité sont apparues au début de la campagne pour les élections de septembre, qui ont été déclenchées après l’échec de Netanyahu à former une coalition le mois dernier après le scrutin national d’avril.

Au cours de ces pourparlers de coalition, le Premier ministre a tenté, sans succès, de courtiser Avi Gabbay, du parti travailliste de centre gauche, au gouvernement en lui promettant des portefeuilles multiples, au grand dam des partis de droite. Quelques jours plus tard, il a congédié les ministres de droite Naftali Bennett et Ayelet Shaked de son cabinet, ce qui a été considéré comme une manœuvre visant à les empêcher de faire campagne pendant la période précédant l’élection. Pour couronner le tout, la nomination d’Amir Ohana du Likud au poste de ministre de la Justice la semaine dernière, au grand dam des partisans de sa prédécesseur Shaked et de Bezalel Smotrich, de l’Union des partis de droite qui avait exigé et finalement été privé de ce poste.

Les co-dirigeants de HaYamin HaHadash Ayelet Shaked et Naftali Bennett lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 17 mars 2019. (Crédit : Flash90)

L’animosité naissante s’est également manifestée lorsque de petits partis de droite ont tenté de forger une liste commune pour les prochaines élections, après avoir perdu des milliers de voix lors du scrutin précédent lorsque le parti HaYamin HaHadash de Shaked et Bennett et Zehut de Moshe Feiglin ne sont pas parvenus à dépasser le seuil électoral. L’Union des partis de droite a remporté cinq des 120 sièges de la Knesset en avril, contre huit lors de sa précédente itération en tant que HaBayit HaYehudi sous Bennett, et le soutien du Likud est passé de 30 à 35 sièges.

Le vote minoritaire en faveur des implantations a privé Netanyahu d’un seul siège à la Knesset pour former un gouvernement, après que le dirigeant de Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, a rejeté l’offre du Premier ministre de rejoindre la coalition.

« L’homme est-il plus important que les idées ? »

Les fissures dans l’appui au Premier ministre ont commencé la semaine dernière avec plusieurs journalistes qui, par le passé, n’ont pas hésité à soutenir ouvertement Netanyahu.

« Écoutez mes amis, la vérité est que je suis déçu », a tweeté Shimon Riklin de la chaîne 20, lundi dernier.

« D’un côté, je me bats comme un lion contre le système judiciaire parce que l’ampleur du changement nécessaire est évidente pour moi. Et d’autre part, Netanyahu a offert à [la députée travailliste] Yachimovich le ministère de la Justice, un portefeuille élargi de protection sociale à [Itzhik] Shmuli, et les Finances à Gabbay, etc », a poursuivi Riklin, qui est considéré comme proche de la famille Netanyahu. Le cabinet du Premier ministre a nié avoir fait de telles offres au cours de ses discussions secrètes avec les travaillistes.

« Alors, que fait-on dans cette situation ? » a-t-il poursuivi. « L’homme est-il plus important que les idées ? Que le besoin de changement ? »

« Nous devons nous sevrer de notre dépendance à Netanyahu », a déclaré Avri Gilad, une personnalité des médias israéliens, le même jour.

Le chef du Parti travailliste Avi Gabbay lors d’une discussion sur un projet de loi visant à dissoudre le Parlement, à la Knesset, à Jérusalem, le 29 mai 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Au cours du week-end, le quotidien de droite Makor Rishon a publié plusieurs éditoriaux critiquant le Premier ministre.

« L’addiction de Netanyahu au pouvoir est dangereuse », a déclaré Mme Karni Eldad, critiquant le brusque limogeage de Kobi Eliraz, le conseiller du ministère de la Défense, ainsi que celui de Shaked et Bennett.

Dénonçant la « mégalomanie » du Premier ministre, Eldad a admis qu’elle ne pouvait imaginer une meilleure alternative pour un Premier ministre de droite.

« Je n’ai pas d’alternative à Netanyahu (surtout parce qu’il n’a pas eu la sagesse de se constituer un héritier). Je pense toujours qu’il est presque certainement le moins mauvais, mais nous ne pouvons, en aucun cas, voter pour lui directement, mais plutôt revenir chacun chez soi, dans son foyer [politique] : Les électeurs de HaYamin HaHadash à HaYamin HaHadash, l’Union des partis de droite chez eux, et ainsi de suite. Nous ne pouvons pas donner plus de pouvoir à cet homme. Il l’utilise sans cœur et sans distinction. Nous avons maintenant le pouvoir de l’équilibrer et de le bloquer, de le diriger, afin que de telles actions ne se reproduisent pas, ou du moins qu’elles soient moins fréquentes. »

Et un écrivain a remis en question les références de droite de Netanyahu.

« Rétrospectivement, on peut voir que Netanyahu n’est pas vraiment de droite, et pas parce qu’il vit à Césarée et pas dans [l’implantation de Cisjordanie] de Nokdim », a écrit Doron Nir-Tzvi, faisant référence à une récente remarque du résidant de Nokdim et leader de Yisraël Beytenu Avigdor Liberman au sujet des accusations de Netanyahu selon lesquelles il était de « gauche », en raison de son refus de rejoindre le gouvernement le mois dernier.

Le président de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat, (à gauche), et le Premier ministre Benjamin Netanyahu après leur rencontre à Davos, le 2 février 1997. (AP Photo/Patrick Aviolat)

« Netanyahu a adopté les Accords d’Oslo, serré la main d’Arafat, signé le Protocole d’Hébron, a cédé des territoires dans les Accords de Wye Plantation, et même voté plusieurs fois pour le plan de désengagement de [2005] de Gaza, précisément quand il aurait pu le contrer… Netanyahu aussi a gelé la construction dans les implantations ; adopté la solution à deux Etats, et même gaspillé le temps passé par le président Trump au pouvoir – ce qui constitue peut-être une occasion unique pour les implantations en Judée et en Samarie. Et nous ne parlons même pas du fait que le sud en flammes est devenu l’otage des groupes terroristes de Gaza depuis des années. »

Dans le quotidien Maariv, le journaliste Kalman Liebskind a appelé à une réévaluation de la relation entre Netanyahu et la droite religieuse.

Il a exhorté la communauté sioniste religieuse à « se regarder dans un miroir et à vérifier si nous sommes en accord avec les positions que nous soutenons ».

« Parce que le sentiment est que Netanyahu nous réchauffe tous dans une casserole, comme l’histoire de la cuisson du homard. Il augmente progressivement la température, une fois pour la « loi française », une autre fois pour la loi sur les recommandations de la police, pour une autre tentative de le soustraire aux poursuites, et une autre application du droit au service de ses problèmes personnels. Et à chaque fois, la température augmente légèrement, et à chaque fois, la température ne semble qu’un peu plus chaude qu’avant, et la grande peur est qu’un matin, nous nous réveillons et découvrons que toutes les valeurs sur lesquelles nous avons élevé nos enfants ont bouilli et qu’il ne reste rien. »

Suite aux critiques qui lui ont été adressées depuis son premier tweet, Riklin a semblé faire marche arrière mardi et a tenté d’apaiser les tensions.

« Je propose une trêve dans le camp de la droite jusqu’à la fin des élections. Pendant ce cessez-le-feu, il sera permis à chacun d’exprimer son opinion sur tous les sujets, à condition que cela ne nuise pas aux chances de la droite de gagner et de former un gouvernement », a-t-il tweeté.

Shimon Riklin participe à la Conférence israélienne sur la démocratie, qui a eu lieu à Tel Aviv, le 17 février 2015.(Amir Levy/FLASh90)

Mais la lutte entre les représentants politiques de la communauté sioniste religieuse ne fait que s’intensifier.

Les politiciens de droite, en quête d’unité, déclarent la guerre

La dissidence de la presse de droite a fait place mercredi à une lutte de plus en plus combative entre politiciens de droite, sur fond de tentatives pour la formation d’une liste unifiée en vue des élections de septembre.

Tout en soignant les blessures de l’élection précédente, au cours de laquelle la fragmentation des différents petits partis de droite a laissé plusieurs d’entre eux hors de la Knesset, les législateurs pro-implantation espèrent surmonter leurs différences pour créer un parti de droite et ainsi renforcer le Likud de Netanyahu.

Mais les différences idéologiques sont criantes et les griefs nombreux.

Dans un acte d’accusation cinglant contre le parti qu’il a dirigé, le président de HaYamin HaHadash, M. Bennett, a déclaré mercredi qu’il n’avait pas l’intention de réintégrer HaBayit HaYehudi, affirmant que son intolérance n’était pas représentative de la communauté sioniste religieuse qu’il prétend représenter.

Moti Yogev (à gauche) et Naftali Bennett, le dirigeant de son parti HaBayit HaYehudi. (FLASH90)

Bennett répondait aux remarques faites plus tôt dans la journée par le député Moti Yogev de l’Union des partis de droite, l’itération actuelle de HaBayit HaYehudi, qui a dit à la radio Galey Israël que son parti n’accueillera pas de nouveau un « traître » qui les avait trahis.

« Bennett n’a pas été loyal envers le sionisme religieux et ses adeptes », a déclaré M. Yogev, accusant l’ancien chef de HaBayit HaYehudi d’avoir abandonné le parti avec des millions de shekels de dettes – une décision qu’il a qualifiée de « viol » en février.

En réponse à ces critiques, M. Bennett a rédigé un long article sur Facebook dans lequel il expliquait pourquoi il n’était pas intéressé à réintégrer le parti qu’il avait dirigé.

Il a prétendu qu’il est parti « parce que vous [Yogev] et d’autres dans la faction et à l’extérieur de celle-ci ont kidnappé le parti HaBayit HaYehudi pour lui faire prendre un chemin qui est loin de celui de mes convictions et de celles des autres – dont celles des membres du parti ».

Smotrich, de l’Union des partis de droite, s’est précipité pour intervenir.

Les députés Bezalel Smotrich (à droite) et Amir Ohana à la Knesset, le 8 août 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

« Il y a des moments où il faut s’arrêter ! » a-t-il tweeté. « Mes amis, notre but est de former un gouvernement de droite. La seule façon d’y arriver est qu’il y ait un grand parti de droite à la droite de Netanyahu. Il y a et il y aura des désaccords légitimes entre nous et c’est normal. Le manque de respect, la calomnie, les insultes ne nous mèneront nulle part. Faisons taire nos egos et trouvons une solution. Il le faut ! »

Le message semblait se tenir – du moins au début.

« Malgré le fait que les choses qui ont été écrites sont fausses, j’ai choisi de ne pas répondre », a tweeté Yogev une heure plus tard.

Jacob Magid a contribué à cet article.

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