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Citoyenneté d’Abramovich : Lisbonne révoque les mesures contre le rabbin de Porto

Selon le tribunal de Lisbonne, aucune preuve que le rabbin n’ait appliqué un traitement préférentiel concernant les demandes de citoyenneté dans l’affaire liée à Abramovich

La synagogue Kadoorie à Porto, la plus importante synagogue de la péninsule ibérique (Crédit :  Wikipedia/Bricking/CC BY-SA)
La synagogue Kadoorie à Porto, la plus importante synagogue de la péninsule ibérique (Crédit : Wikipedia/Bricking/CC BY-SA)

JTA – Depuis mars, le rabbin Daniel Litvak doit se présenter trois fois par semaine au bureau du magistrat de Porto, la ville portugaise où il est accusé d’avoir déposé des demandes de citoyenneté frauduleuses pour des Juifs sépharades. On lui a confisqué ses passeports et on lui a interdit d’entrer en contact avec l’avocat qui représente l’autre accusé dans les poursuites pénales engagées contre lui.

Une cour d’appel de Lisbonne a décidé jeudi de révoquer ces mesures contraignantes. La cour a également critiqué les procureurs portugais pour la manière dont ils ont géré l’affaire contre Litvak, selon le journal portugais Expresso.

« Il est dit que le prévenu, dans l’exercice de ses fonctions, avait des connaissances et des relations privilégiées … qui lui permettait d’être prioritaire dans les demandes relatives à l’obtention de la nationalité pour les Juifs sépharades », indique le jugement, selon Expresso.  » Mais il n’existe pas un seul fait permettant d’étayer cette conclusion, à savoir quels fonctionnaires avaient des liens privilégiés avec le requérant et, plus important encore, en quoi consistaient ces liens et ces privilèges. »

La décision ne met pas fin à l’affaire pénale contre Litvak, un Argentin-Israélien qui a été arrêté en mars alors qu’il se préparait à se rendre en Israël. Mais cette décision lui permet de quitter librement le pays et porte un coup important à l’accusation dans cette affaire qu’un dirigeant juif de Porto a qualifiée de « plus grande attaque contre une communauté juive en Europe au XXIe siècle ».

L’arrestation de Litvak a eu lieu dans le cadre d’enquêtes menées par plusieurs agences portugaises sur la manière dont Roman Abramovich, un oligarque juif russe, a pu obtenir la nationalité portugaise en vertu de la loi de 2013 autorisant la naturalisation des descendants de Juifs sépharades. Cette loi était une tentative d’expiation de l’Inquisition, les persécutions religieuses qui ont eu lieu en Espagne et au Portugal au XVIe siècle et qui ont contraint des dizaines de milliers de Juifs à émigrer, à cacher leur identité juive ou à la dénoncer.

Le gouvernement a délégué la tâche d’examiner les demandes de citoyenneté à deux groupes, la communauté juive de Lisbonne et l’organisation de Litvak à Porto. Des dizaines de milliers de candidats sont devenus des citoyens portugais en vertu de la loi – qui a contribué à faire de Porto une destination juive – et grâce aux honoraires de 250 euros par personne, les candidats ont aidé à résoudre les problèmes de trésorerie de la communauté juive locale.

Le rabbin Daniel Litvak dans une interview avec les nouvelles de la Douzième chaîne israélienne, diffusée en mars 2022. (Crédit : Capture d’écran/Douxième Chaîne)

La naturalisation d’Abramovitch – qui lui a permis d’obtenir pour la première fois un passeport de l’Union européenne – a soulevé des questions car la plupart des Juifs russes sont ashkénazes et n’ont pas de racines sépharades. Mais Litvak a déclaré en janvier qu’il était certain qu’une enquête prouverait que son organisation avait évalué la demande d’Abramovitch comme toute autre demande.

L’arrestation de Litvak plusieurs semaines plus tard pour fraude fiscale, falsification de documents, blanchiment d’argent et autres délits a eu lieu peu après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ce qui a soulevé la question de savoir si les Russes comme Abramovitch, qui ont des liens étroits avec le président Vladimir Poutine, pouvaient fuir leur pays.

Cette affaire a attiré l’attention sur les divisions entre les communautés de Porto et de Lisbonne. En juin, le chef de la communauté juive de Porto a déclaré dans une lettre adressée aux législateurs que les investigations menées à l’encontre de Litvak et de la communauté constituaient « la plus grande attaque contre une communauté juive en Europe au XXIe siècle » et « la perpétration d’une ‘Shoah contre les familles’« . Un ancien dirigeant de la communauté juive de Lisbonne a publiquement rejeté les allégations de Senderowicz comme étant sans fondement et « absurdes ».

Après l’arrestation de Litvak, son groupe a annoncé qu’il ne traiterait plus de demandes de citoyenneté sépharades, laissant à la seule communauté juive de Lisbonne le droit de naturaliser les descendants de Juifs sépharades. On ignore combien de demandes sont actuellement en attente auprès de la Communauté juive de Porto, qui a traité des milliers de demandes de ce type depuis l’entrée en vigueur de la loi sur la citoyenneté en 2015.

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