Comment empêcher l’extrémisme islamique de pénétrer avec ses victimes ?
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Opinion

Comment empêcher l’extrémisme islamique de pénétrer avec ses victimes ?

Alors que l'Europe est aux prises avec une crise migratoire, ses dirigeants pourraient se demander s’ils auraient pu en faire davantage pour alléger certaines de ses causes

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Des réfugiés syriens accostent sur l'île de Lesbos, après avoir traversé la mer Egée, le 3 septembre 2015 (Crédit : ANGELOS TZORTZINIS/ AFP)
Des réfugiés syriens accostent sur l'île de Lesbos, après avoir traversé la mer Egée, le 3 septembre 2015 (Crédit : ANGELOS TZORTZINIS/ AFP)

Nous assistons aux premiers jours de la nouvelle crise migratoire qui attend l’Europe. Elle pourrait être d’une ampleur sans précédent. Mais au risque d’ajouter de nouvelles questions à celles qui sont déjà sans réponse, je me demande :

1. L’Europe est-elle en train de payer le prix de son insistance à se tenir éloignée des crises récentes et en cours au Moyen-Orient, comme la guerre civile en Syrie ?

L’Occident sait depuis le début, et dans tous ses terribles et glaçants détails, que le président Bashar al-Assad massacre son propre peuple. Et pourtant, et avec un immense discrédit moral, il lui a permis de continuer à le faire.

Les solutions miracles pour mettre fin à la guerre civile syrienne n’existent plus. Il est facile de réclamer une intervention militaire, et tout aussi facile de se plaindre de son absence, et beaucoup plus difficile de mettre en place un plan d’intervention présentant des chances réalistes de succès. Et pourtant, le boucher de Damas a été autorisé à éclipser le dernier boucher de Damas (son père) dans une quasi-impunité, gazant même son propre peuple sans conséquences notables.

Il est certain que l’Europe n’a pas suffisamment insisté pour que le président américain Barack Obama punisse Assad pour son utilisation d’armes non conventionnelles.

C’est même le Parlement britannique, après convocation d’une session d’urgence en août 2013 dans laquelle il a rejeté l’idée d’une action punitive promise par les Etats-Unis d’Obama, qui a fourni au président américain au moins un prétexte partiel pour faire descendre la tension.

2. Qu’est-ce que fuient exactement les migrants du Moyen-Orient ?

Parmi les facteurs qui expliquent la recrudescence spectaculaire des efforts désespérés pour échapper à cette région, on trouve : le régime meurtrier d’Assad et d’autres qui lui sont similaires, des régimes qui sont « simplement » répressifs et non pas meurtriers, la brutalité extrême de l’Etat islamique, d’Al-Qaïda et d’autres groupes terroristes islamistes, la pauvreté, les inégalités et une myriade d’autres raisons.

Même avec la meilleure volonté du monde, et il y a beaucoup d’Européens, et même avec quelques gouvernements européens qui ne manquent pas de bonne volonté, ces causes profondes ne seront pas résolues efficacement du jour au lendemain.

Mais une insistante réticence de la part de l’Occident à lutter contre les régimes voyous et à traiter les causes profondes de l’extrémisme islamique (au sein des instances dirigeantes, des médias, du système éducatif et des autorités spirituelles de cette région) ont réussi à aggraver la crise. Tout comme cette incapacité à stabiliser des pays qui chancellent mais qui ne sont pas encore tombés.

Les Egyptiens, par exemple, ne tentent pas encore de fuir en masse, mais il est plausible qu’ils le feront si leur économie venait à s’effondrer. Et pourtant les efforts occidentaux pour aider à sauver l’économie égyptienne, pour faire pression pour une plus grande transparence et pour ainsi faciliter les investissements solides, se sont avérés nettement décevants.

3. Désolé de mentionner Israël, mais puis-je oser demander si, dans l’hypothèse où certains dirigeants et instances dans le monde auraient été un peu moins obsédés par la notion d’Israël comme la racine de tous les maux du Moyen-Orient, et un peu plus concernés par la tyrannie et l’extrémisme religieux comme la racine du mal au Moyen-Orient, l’effet de levier diplomatique et économique de l’Occident aurait pu contribuer à atténuer au moins certaines des horreurs auxquelles une partie de la population tente d’échapper ?

4. Et, désolé encore une fois, mais les puissances mondiales croient-elles vraiment que leur dernier acte en tant que « communauté des nations », c’est-à-dire récompenser l’Iran pour son programme nucléaire voyou avec un accord qui envoie des dizaines de milliards dans les coffres du régime et consacre les ayatollahs rapaces et tyrans au pouvoir, favorisera une plus grande stabilité dans cette partie du monde ?

5. L’Europe n’est-elle pas en retard dans l’établissement de politiques migratoires cohérentes ?

Nous semblons être témoin de l’énième exemple de leadership mondial manifestement incapable d’élaborer des stratégies, et contraint de formuler des politiques ad hoc à des moments critiques.

Par exemple, que peut faire désormais l’Allemagne, le cœur de la puissance économique de l’Europe, pour faire face à ce qui constituera certainement une escalade dans les demandes des opprimés du monde à acquérir sa citoyenneté ? Comment l’Allemagne peut-elle, avec l’histoire du 20e siècle qui est la sienne, s’autoriser à fermer ses portes aux nécessiteux et aux persécutés ?

Mais comment, en même temps, éviter une résurgence de l’extrême droite en réaction à cet afflux ? Et comment faire en sorte que ceux qui cherchent un refuge et un nouveau départ aujourd’hui souhaitent vraiment s’intégrer, et non pas troubler les sociétés ouvertes d’Europe ? Comment empêcher les maux de l’extrémisme islamique d’entrer avec ses victimes ?

6. Pour ramener encore le problème dans notre cercle, comment Israël doit-il agir ?

L’Etat juif doit-il ouvrir ses frontières aux peuples du nord du pays, qui sont éduqués pour nous haïr ? Certainement pas. Mais nous avons une certaine obligation à l’égard des peuples persécutés autour de nous. Peut-être que les Druzes de Syrie sont un cas particulier, au nom desquels nous devons agir plus énergiquement ?

Il est difficile d’imaginer l’Occident nous condamnant aujourd’hui pour avoir choisi, ces dernières années, de sceller la frontière avec l’Egypte, afin d’éviter que ne se comptent en millions les dizaines de milliers de demandeurs d’asile africains qui ont fait leur chemin vers la seule démocratie accessible par voie terrestre dans la région.

Il est plus difficile maintenant de mépriser les arguments des dirigeants israéliens qui affirmaient qu’une frontière poreuse pourrait défaire l’équilibre démographique d’Israël.

Devrions-nous permettre aux personnes d’origine palestinienne de passer en Cisjordanie depuis la Syrie et le Liban, comme l’a exigé le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas ? On peut dire que ce serait plus facile si nous étions en paix avec les Palestiniens, et non dans une impasse, et si Abbas avait publiquement renoncé à la demande du « droit au retour » qui utilise la démographie comme une arme contre Israël.

Trop de questions pour trop peu de réponses.

Et la confirmation d’une assertion que nous connaissons bien : le Moyen-Orient est le convive du dîner qui ne rentre jamais chez lui. Ignorez-le ou essayez de vous en débarrasser – à vos risques et périls.

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