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Opinion

Comment éviter le pire scénario catastrophe de la COVID

Dans un océan de confusion et de désinformation, l'impératif de vaccination constitue un îlot de bon sens - et le seul moyen éprouvé d'éviter les plus sombres des prédictions

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Mutations de la protéine de pointe du variant Omicron (MRC-University of Glasgow Centre for Virus Research)
Mutations de la protéine de pointe du variant Omicron (MRC-University of Glasgow Centre for Virus Research)

Aux premières heures de la pandémie de COVID, en mars 2020, notre site jumeau en hébreu, Zman Yisrael, publiait une interview des plus terrifiantes du professeur David Passig, futuriste israélien respecté, dans laquelle il émettait l’alarmante suggestion que le virus pourrait tuer jusqu’à 300 millions de personnes.

« J’en parle depuis au moins 10 ans », notait Passig, « et si ce que nous voyons maintenant est le scénario que nous avons en tête, alors cela va durer des années… Cela va complètement changer le cours du 21e siècle. J’en ai parlé à la mi-décembre [2019]… J’ai dit que c’était en train d’arriver et que nos projections parlent d’une crise qui durera entre cinq et dix ans. Si le virus qui se déclare est vraiment mortel et qu’il mute et se renforce constamment, alors notre scénario le plus pessimiste parle de 300 millions de morts. Comme personne ne sait encore ce qu’est exactement ce virus, j’espère toujours que ce n’est pas celui que nous redoutons. »

Bien que nous ayons certainement pris la pandémie très au sérieux dès le début, soulignant ses dangers et constatant qu’elle avait pris l’humanité au dépourvu, nous laissant sans défense et vulnérables, j’avais décidé à l’époque de ne pas faire traduire l’interview de Passig dans le Times of Israel en anglais. En effet, cette prédiction semblait absolument scandaleuse, bien que je l’aie mentionnée dans un éditorial. Je l’ai citée dans le contexte des avertissements apocalyptiques lancés par le Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu, qui avait déclaré que la pandémie ne ressemblait à rien de ce que le monde moderne avait connu et l’avait comparée à la grippe espagnole de 1918. « Des dizaines de millions de personnes en sont mortes », rappelait-il, « à une époque où la population mondiale représentait un quart de celle d’aujourd’hui. »

En revanche, nous avons publié plus d’un article minimisant l’impact probable de la pandémie, citant des experts estimant que nous ne verrions pas des millions de personnes mourir et accusant les dirigeants israéliens et du monde de créer un climat de panique générale injustifiée.

Professeur David Passig (Université Bar Ilan)

Plus de cinq millions de morts dans le monde plus tard, la COVID continue de nous rire au nez – experts, responsables de la santé, dirigeants politiques, commentateurs… journalistes.

Face au dernier variant du virus, l’Omicron, hautement contagieux, Israël a pratiquement fermé ses frontières – une réaction relativement extrême par rapport à la plupart des pays du monde, qui reflète deux années de réponses mondiales pour le moins différentes à la pandémie.

Différents pays ont opté pour toutes les solutions, de la fermeture la plus radicale à l’approche la plus provocante du maintien du statu quo, puis ont fait volte-face à mesure que la COVID continuait à faire des siennes. Le puissant organisme de santé américain CDC (Centers for Disease Control and Prevention) s’est révélé radicalement incapable de se montrer à la hauteur de la mission de « contrôle » qui figure pourtant dans son nom, comme le rapporte de manière convaincante l’ouvrage de Michael Lewis,  The Premonition. Certains établissements de santé issus d’autres pays ont quant à eux travaillé rapidement, agressivement et efficacement pour contenir les épidémies de virus, et ont semblé l’avoir vaincu, mais souvent au prix d’un terrible coût économique et social.

Comme on pouvait s’y attendre, l’opinion publique mondiale s’est efforcée de faire sens de la situation, se demandant qui et quoi croire. La confiance de la population a été minée par la désinformation et les fake news délibérément diffusées par l’érosion de la foi dans les institutions auxquelles il devrait pouvoir se fier (comme la Food and Drug Administration américaine, dont la réputation a été si malmenée dernièrement par le scandale des opioïdes Sackler), et par un cynisme compréhensible à l’égard de l’intérêt financier manifeste des grandes entreprises pharmaceutiques à maximiser les profits avec les ventes de vaccins.

Un travailleur de la société funéraire Hevra Kadisha prépare les corps avant une procession funéraire dans une morgue spéciale pour les victimes du COVID-19, à Holon, près de Tel Aviv, lundi 12 octobre 2020. (AP Photo/Oded Balilty)

En Israël, à l’heure actuelle, la confiance dans le processus décisionnel des dirigeants n’est guère favorisée par les enregistrements qui ont récemment fuité, montrant que nos dirigeants se disputent sans réfléchir. Mardi soir, par exemple, lors d’une réunion ministérielle animée, le ministre des Finances Avigdor Liberman s’est opposé aux experts de la santé, et tacitement au Premier ministre, en déclarant qu’il n’était pas nécessaire d’imposer de nouvelles restrictions puisque Omicron n’est « pas plus perturbant pour le moment que la grippe ». « Et tout comme nous vivons avec la grippe, nous vivons maintenant avec Omicron ».

Comme cela a été le cas tout au long de cette pandémie et de ses mutations, il y a manifestement beaucoup de choses que nous ignorons encore au sujet d’Omicron. Mais ce qui semble clair, c’est que la combinaison de la vaccination et de la distanciation sociale s’est avérée efficace pour minimiser les pires effets de la pandémie.

Près de deux ans de statistiques issues du monde entier ont permis de vérifier l’efficacité des vaccins contre les variants pré-Omicron, ainsi que la vulnérabilité radicalement disproportionnée des personnes non vaccinées aux ravages de la COVID.

Les premières données, présentées aux ministres israéliens mardi soir (et citées dans des interviews mercredi par un membre de l’équipe consultative du gouvernement, le professeur Doron Gazit), indiquent ainsi que les personnes ayant reçu toutes leurs doses de vaccin, y compris les rappels, sont environ deux fois moins susceptibles de développer une maladie grave après une infection par Omicron que celles qui ne sont pas vaccinées.

Des Israéliens reçoivent un vaccin COVID-19, dans une salle de sport transformée en centre de vaccination Clalit Health à Hod Hasharon, le 2 février 2021. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Cette pandémie semble bien partie pour continuer à nous malmener et à se moquer de nous pendant de longues années encore. Mais dans un océan de confusion et de désinformation, l’impératif de vaccination constitue un îlot de sagesse et de bon sens, et le seul moyen crédible – pour l’instant du moins – d’éviter tout ce qui pourrait ressembler aux scénarios catastrophe que je considérais comme trop scandaleux pour les prendre au sérieux il y a un peu moins de deux ans.

Passig soulignait dans son interview que ses scénarios les plus sombres étaient plausibles à environ 30 %. Entre-temps, les vaccins ont été développés plus rapidement et se sont avérés plus efficaces que ce qu’annonçaient la plupart des prévisions.

Et c’est là le message le plus important : Même s’il s’agit du virus que la modélisation statistique de Passig avait prévu, nous disposons des outils nécessaires pour empêcher ses pires ravages.

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