Comment les technophiles israéliennes s’entraident dans la Silicon Valley
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Comment les technophiles israéliennes s’entraident dans la Silicon Valley

Les entrepreneuses travaillent pour donner aux femmes les outils pour progresser dans cette sphère notoirement masculine

Darya Henig Shaked est la fondatrice de WeAct, une organisation qui amène des femmes entrepreneurs israéliennes à participer à des missions de mise en réseau dans la Silicon Valley (Crédit : Autorisation Shaked)
Darya Henig Shaked est la fondatrice de WeAct, une organisation qui amène des femmes entrepreneurs israéliennes à participer à des missions de mise en réseau dans la Silicon Valley (Crédit : Autorisation Shaked)

SUNNYVALE, Californie (JTA) — Avant de monter à bord de l’avion à destination de la Silicon Valley depuis Israël, Darya Henig Shaked critiquait déjà les stéréotypes féminins en matière de technologie.

Chez les technophiles israéliens mariés dans la Bay Area, on suppose toujours que ce sont les hommes qui ont obtenu un visa de travail pour venir aux États-Unis, et qui ont emmené leurs femmes avec eux. Dans plusieurs entretiens, les hommes israéliens travaillant dans le domaine de la technologie qualifient les femmes de leurs collègues de « plus un ».

Mais Shaked n’était pas la « plus un » de son mari.

Au début des années 2000, elle a été conseillère du Premier ministre de l’époque, Ehud Barak, avant de prendre part au financement en capital-risque israélien pour des entreprises technologiques en Afrique subsaharienne.

En 2015, elle et son mari, Eyal Shaked, également investisseur en technologie, ont décidé d’emménager dans la Silicon Valley pour s’immerger dans la scène technologique. Et quand ils ont fait le déménagement, c’était avec le visa de Shaked.

Shaked a tout de suite apprécié la culture professionnelle locale, l’accès au réseau et aux connexions, le fait que les gens sont heureux de se donner des conseils. Mais elle a aussi rapidement réalisé que beaucoup de femmes israéliennes avaient du mal à accéder à ces connexions, alors que leurs homologues masculins eux avaient réussi.

« Ce que j’ai compris, c’est qu’il y a une opportunité, une communauté d’aide [dans la Silicon Valley] plus encore qu’à Tel Aviv », a confié Shaked au JTA dans un café de l’un des plus grands incubateurs technologiques de la Silicon Valley.

« J’ai senti qu’il y avait une opportunité que les femmes fondatrices ignoraient. Je me suis dit que je pouvais saisir cette opportunité pour
elles. »

Quelques mois après son arrivée, Shaked a fondé WeAct, une organisation qui réunit des femmes israéliennes ayant fondé des start-ups lors de missions dans la Silicon Valley pour qu’elles puissent rencontrer des investisseurs, des responsables de géants technologiques comme Facebook et Google, et d’autres entrepreneurs.

Jusqu’à présent, elle a fait venir 50 femmes réparties sur trois voyages d’une semaine. Shaked ouvre également un espace de travail partagé pour les femmes entrepreneurs.

Yasmin Lukatz est la fondatrice d’ICON, un organisme sans but lucratif qui relie les entrepreneurs israéliens aux ressources et aux investisseurs de la Silicon Valley (Crédit : Autorisation Lukatz)

Shaked est l’une des nombreuses femmes israéliennes qui contribue à faire avancer d’autres femmes israéliennes dans le monde notoirement masculin de la technologie.

La plupart de ces initiatives, de l’investissement en capital-risque aux rencontres informelles, se fondent sur l’idée que si les femmes peuvent obtenir les outils et atteindre les protagonistes dont elles ont besoin dans le monde technologique, elles réussiront davantage tout en inspirant d’autres femmes entrepreneurs.

« Pourquoi les femmes choisissent-elles de ne pas fonder une entreprise et ne font pas appel à la technologie ? », s’interroge Shuly Galili, partenaire fondatrice d’UpWest Labs, une société de capital-risque qui finance les start-ups israéliennes souhaitant s’étendre à la Silicon Valley.

« Est-ce parce qu’il n’y a pas de place pour elles ? Est-ce parce qu’il y a moins de modèles, où quelqu’un peut dire : ‘un tel l’a fait. Pourrais-je le faire aussi ?’. Il doit y avoir beaucoup plus de visibilité. »

Environ un cinquième des start-ups financées par UpWest ont des fondatrices, contre 9 % des start-ups dans leur ensemble, selon un rapport de la Harvard Business Review. On retrouve une représentation de ces statistiques également lors de conventions technologiques, qui peuvent être massivement masculines.

Boaz Katz, un co-fondateur de Bizzabo, qui met la technologie au service de ces grands événements, a posté avec indignation un message sur Facebook pour dénoncer le fait qu’une conférence technologique en Israël ne comprenait presque pas de femmes.

« Il y a 200 personnes ici », s’indignait-il. « Devinez quoi ? Il n’y a que deux femmes. Deux. Tous les autres sont des hommes … La seule chose qui me traverse l’esprit est le mot honte. Nous devrions avoir honte de cette situation dans notre industrie. »

Après avoir vu le message, un ami de Katz, l’entrepreneur technologique Yonatan Zur, a lancé un projet intitulé Let’s Get to 51 % [Arrivons à 51 %], qui vise à faire de ce pourcentage le pourcentage de femmes fondatrices dans la technologie.

Le projet permet aux femmes entrepreneurs de planifier des réunions avec des cadres techniques expérimentés israéliens et américains qui ont réservé a cette fin des créneaux dans leur emploi du temps.

Les femmes au travail dans l’espace de travail commun d’ICON (Crédit : Ben Sales)

Au lendemain de la publication de Katz, 17 personnes ont proposé des réunions. Deux jours plus tard, le nombre s’élevait à environ 80.

« Tout le monde comprend qu’il y a un problème et est prêt à aider », s’est réjoui Zur.

Les Israéliens notent que le service militaire obligatoire, qui permet aux femmes de s’entraîner techniquement, peut leur donner une longueur d’avance sur le terrain. L’unité des renseignements d’élite 8 200, une sorte d’école de préparation pour le domaine des start-ups d’Israël, a un pourcentage élevé de femmes.

Yasmin Lukatz, la fondatrice d’ICON, ou Israël Collaboration Network, un organisme à but non lucratif qui relie les entrepreneurs israéliens aux ressources et aux investisseurs de la Silicon Valley, a déclaré que les femmes israéliennes ne sont pas déconcertées par les hommes qu’elles surnomment « douchebags » [‘connards’].

« Elles sont fortes même quand elles sont discriminées par un investisseur qui veut les rencontrer dans un bar », a-t-elle déclaré au cours d’un entretien au campus étendu et fastueux de la JCC à Palo Alto, qui est en lui-même un témoignage du flux de l’argent israélien dans le nord de la Californie. « Elles sont fortes et ne seront pas intimidées par cela, et elles connaissent leur valeur. »

Les partenaires d’ICON comprennent le JCC, diverses sociétés de technologie et de droit, le Conseil israélo-américain ainsi que la Mission économique du gouvernement israélien sur la côte ouest.

Mais les activistes féminines ont ajouté que le fardeau de la technologie ne devrait pas incomber uniquement aux femmes. Shaked a expliqué qu’il est difficile même pour les femmes entrepreneures de laisser derrière les attentes traditionnelles d’une femme et d’une mère. Les voyages qu’elle propose sont d’une semaine, explique-t-elle, en partie parce que les femmes lui ont fait comprendre qu’elles ne laisseraient pas leurs enfants davantage.

Shaked connaît ce sentiment — et souhaite que les hommes partagent plus équitablement les responsabilités de la parentalité.

« Je sais que les hommes veulent jouer un rôle clé dans leur famille. J’espère que les hommes diront : ‘Je ne veux pas partir plus d’une semaine’. Je souhaite mettre un terme à ces problèmes. »

Lukatz a ajouté que les employeurs masculins devraient chercher plus sérieusement des femmes qualifiées à embaucher.

« L’autonomisation des femmes n’est pas seulement pour les femmes, mais les hommes ont besoin de le voir aussi », a-t-elle ajouté. Les hommes qui se plaignent qu’il est difficile de trouver des femmes ingénieurs à embaucher, a-t-elle ajouté, doivent persister.

« Ne pas abandonner juste parce que c’est difficile », a déclaré Lukatz.
« Pense à ta fille. Une fois que les hommes deviennent pères de filles, ils travaillent plus dur pour créer un monde meilleur pour leurs filles. »

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