Dan Shapiro : Trump nuit à Israël au nom de ses intérêts politiques propres
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Dan Shapiro : Trump nuit à Israël au nom de ses intérêts politiques propres

L'ex-envoyé américain précise que l'accusation de déloyauté lancée par le président aux Juifs votant Démocrate relève des "pires types d'accusation antisémite"

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Dan Shapiro lors d'une conférence à Jérusalem à l'Institut démocratique d'Israël le 4 juin 2017. (Crédit : Oded Antman)
Dan Shapiro lors d'une conférence à Jérusalem à l'Institut démocratique d'Israël le 4 juin 2017. (Crédit : Oded Antman)

WASHINGTON — L’ex-envoyé américain en Israël, Dan Shapiro, a averti les Démocrates juifs que le président américain Donald Trump tentait de s’approprier la question israélienne pour semer la division politique aux Etats-Unis.

Les présumées pressions exercées par le président sur le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour qu’il interdise à Ilhan Omar et Rashida Tlaib, deux législatrices du Congrès américain, de se rendre à Jérusalem et en Cisjordanie, ainsi que les propos qui ont suivi, qualifiant les deux femmes d’antisémites incarnant le visage du parti Démocrate, sont aux yeux de  Shapiro autant d’indications du désir de Trump d’abîmer le lien fort unissant les Etats-Unis et l’Etat juif au nom de la défense de ses propres intérêts politiques.

« C’est réellement le signe que Trump veut attirer Israël dans sa politique intérieure très clivante aux Etats-Unis et cela, pour moi, ce n’est pas une manière appropriée de gérer cette relation », a indiqué l’ex-envoyé américain lors d’un entretien téléphonique, lundi, qui avait été organisé par le JDCA (Jewish Democratic Council of America).

« Cette relation s’est toujours appuyée sur des bases de soutien partisan, quelque chose qui, nous l’avons déterminé, permet à cette relation de conserver sa stabilité pendant les périodes d’accords et de désaccords et indépendamment des changements de gouvernements qui surviennent dans les deux pays », a continué Shapiro.

Le président américain Donald Trump dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, le 9 juillet 2019. (Nicholas Kamm/AFP)

« Un président prenant des initiatives qui ne peuvent que créer des dissensions, qui sont l’antithèse du principe d’esprit bipartisan dans cette relation, ce n’est pas le genre d’amitié que peuvent souhaiter tous ceux pour qui cette relation est importante », a-t-il ajouté.

Shapiro, qui a été ambassadeur en Israël de l’Administration américaine de Barack Obama de 2011 à 2017 et qui est ensuite resté au sein de l’Etat juif, avec sa famille, pour y travailler pour un think-tank stratégique israélien, a expliqué qu’il estimait que l’interdiction faite à Omar et Tlaib de se rendre à Jérusalem et en Cisjordanie était une « erreur », malgré le grand soutien apporté par les deux députées à la campagne BDS (Boycott, Divestment, and Sanctions) anti-israélienne.

En 2017, Israël a adopté une loi controversée qui autorise le pays à refuser à tout étranger faisant la promotion du boycott de l’Etat juif l’entrée sur le territoire.

Shapiro, qui avait lui-même critiqué les deux élues, s’était impliqué dans l’organisation de rencontres avec d’anciens responsables israéliens de la sécurité et avec des députés Juifs et Arabes de la Knesset pour Ilhan Omar, avant la décision de leur interdiction d’entrée par Israël.

Au mois de juillet, l’ambassadeur israélien aux Etats-Unis, Ron Dermer, avait déclaré que Jérusalem autoriserait en principe Tlaib et Omar à entrer dans le pays. « Par respect pour le Congrès américain et au nom de la formidable alliance entre Israël et les Etats-Unis, nous n’interdirons l’entrée du pays à aucun membre du congrès », avait déclaré Dermer au Times of Israel à ce moment-là.

Puis, le 15 août, Trump avait écrit sur Twitter qu’Israël ferait preuve
d’ « une grande faiblesse » en autorisant la présence sur son territoire des deux parlementaires. Quelques heures plus tard, l’Etat juif était revenu sur sa décision.

Trump avait ensuite écrit une série de tweets dans lesquels il affirmait que les deux femmes membres du Congrès « HAISSENT Israël » et « sont le visage du parti Démocrate ».

Des propos qui, selon Shapiro, ne laissent finalement aucun doute sur ses intentions.

Les représentantes Ilhan Omar et Rashida Tlaib à une conférence de presse à St Paul, dans le Minnesota, le 19 août 2019. (Crédit : AP Photo/Jim Mone)

« Ce qui apparaît très clairement des commentaires récents du président… c’est qu’il tente d’instrumentaliser cette relation pour servir ses intérêts politiques étroits et ses propres tactiques politiques de division », a estimé Shapiro.

« Je ne pense pas qu’il y ait un doute là-dessus ».

Le diplomate a également indiqué que les récentes déclarations de Trump disant que les Juifs votant pour les Démocrates faisaient preuve de « déloyauté » faisaient écho à un trope antisémite dangereux.

« Dire que les Juifs sont déloyaux… répercute et relève l’une des pires sortes d’accusation antisémite lancée à travers de nombreux siècles et qui, dans certains cas, a entraîné des violences », a dit Shapiro.

Tandis que le président a ensuite précisé la semaine dernière, devant les journalistes, qu’il avait voulu dire que les Juifs votant pour les Démocrates se montraient déloyaux envers Israël et « les Juifs » en général, Shapiro a déclaré qu’il pensait que l’attitude de Trump laissait transparaître sa réelle frustration de ne pas obtenir les faveurs de la communauté juive américaine après la mise en oeuvre de ses politiques de soutien de l’Etat juif – avec notamment le déplacement de l’ambassade américaine à Jérusalem et la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan.

« Ce que nous comprenons aujourd’hui assez bien au sujet de ce président, c’est que ce qu’il a réellement voulu dire : A savoir que les Juifs américains qui votent pour le parti Démocrate se montrent déloyaux envers lui », a dit Shapiro.

« Ce qui est cohérent avec son narcissisme et sa nature transactionnelle qui s’expriment dans un grand nombre d’autres situations », a poursuivi Shapiro. « Il croit que tous ceux pour lesquels il fait quelque chose devraient – il le pense – lui en être reconnaissants, le saluer en montrant une sorte de gratitude obséquieuse et lui exprimer leur soutien. Et il s’attend à cela », a-t-il conclu.

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