Dans sa lutte contre le Covid, l’Israël divisé a fait preuve d’une rare cohésion
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Opinion

Dans sa lutte contre le Covid, l’Israël divisé a fait preuve d’une rare cohésion

Les clivages juifs-arabes, orthodoxes-laïcs sont toujours là, mais le pays les a transcendés, se serrant les coudes pour réduire les ravages de la pandémie

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Deux ambulanciers priant devant une ambulance des American Friends of Magen David Adom (AFMDA) : un Juif de Beer Sheva face à Jérusalem, et un Arabe de Rahat face à la Mecque, le 24 mars 2020. (Crédit : MAGEN DAVID ADOM)
Deux ambulanciers priant devant une ambulance des American Friends of Magen David Adom (AFMDA) : un Juif de Beer Sheva face à Jérusalem, et un Arabe de Rahat face à la Mecque, le 24 mars 2020. (Crédit : MAGEN DAVID ADOM)

Le site web de l’administration fiscale, apparemment simple et peu bureaucratique, via lequel les Israéliens dont les sources de revenus ont été dévastées par les restrictions liées au Covid-19 peuvent demander une indemnisation, continue de planter. Les quelque 30 000 personnes ayant demandé des subventions mercredi ont été informées jeudi qu’elles devraient le faire à nouveau, car un bogue sur le site a supprimé leurs demandes.

Un groupe d’action de parents s’est mobilisé pour protester contre le calendrier de la rentrée scolaire qui prévoit que les enfants, quelques jours après leur retour en classe, seront renvoyés chez eux pour la journée de Lag BaOmer (petite fête juive) la semaine prochaine, parce que les enseignants sont habituellement en congé ce jour-là et que personne n’a pensé à négocier avec eux étant donné que les écoles sont fermées depuis deux mois.

Une injonction de mise en quarantaine d’une ville bédouine présentant un taux élevé de contagion a été annulée parce que les autorités ont oublié de la prolonger.

Les succursales IKEA ont été autorisées à rouvrir il y a deux semaines, même si les marchés alimentaires en plein air étaient restés fermés.

Les quelques passagers arrivant à l’aéroport national étaient officiellement censés être envoyés dans des hôtels de quarantaine quelques jours avant d’y être effectivement conduits. Ceux qui étaient chargés de communiquer efficacement avec la communauté ultra-orthodoxe au début de la crise ont fait un travail plutôt bancal. Certains membres de Tsahal ne semblaient pas non plus avoir compris le message sur la distanciation sociale qui permet de sauver des vies. Il existe des plaintes crédibles selon lesquelles certaines vies perdues à cause du virus dans les établissements pour personnes âgées auraient pu être sauvées grâce à de meilleures précautions prises plus tôt.

Je pourrais continuer. Depuis les frictions et les injustices marginales jusqu’aux grands ratages, la lutte officielle d’Israël contre la pandémie n’a pas été parfaite. Mais, comme je l’ai écrit dans le passé, la stratégie globale et le leadership, incarné notamment par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, ont été d’une efficacité frappante – comme le prouve le nombre actuel de 254 morts, qui contraste extraordinairement bien avec la plupart des autres pays du monde.

Cependant, il convient également de souligner la manière dont l’opinion publique israélienne a relativement bien réagi à la crise. Oui, nous avons eu nos achats paniques de papier toilette, nos rassemblements illicites à la synagogue et nos sorties prématurées à la plage. Mais les tensions et les rivalités sont réputées être perpétuelles en Israël – un pays désespérément divisé entre gauche et droite, Juifs et Arabes, orthodoxes et laïcs. Nous nous querellons sur tout.

Sauf que, face au Covid-19, nous ne l’avons pas fait.

Des membres du personnel médical du Magen David Adom et de l’hôpital Shaarei Tzedek à Jérusalem, portant des vêtements de protection, vus avec un homme ultra-orthodoxe dans la nouvelle unité de coronavirus de l’hôpital, le 2 avril 2020. (Nati Shohat/Flash90)

À la veille de ces événements ultra-sionistes que sont Yom HaZikaron et Yom HaAtsmaout à la fin du mois dernier, le maire ultra-orthodoxe de Bnei Brak, qui n’est pas particulièrement sioniste, a envoyé un message public de reconnaissance à l’armée israélienne, généralement peu aimée, pour l’avoir aidé à assurer l’alimentation et le fonctionnement de sa ville densément peuplée de 200 000 habitants pendant le confinement qui a progressivement permis de maîtriser son niveau élevé de contagion.

Des officiers vétérans du Commandement du Front intérieur ont décrit avec une grande émotion le haut degré de coopération et de reconnaissance que leur ont témoigné les communautés bédouines du sud qu’ils ont aidées dans le traitement des cas de Covid-19 et dans la prévention contre une contamination plus large.

Tout Israélien ayant eu affaire à notre système médical – c’est-à-dire tous les Israéliens – a toujours su que nos médecins, nos infirmières, nos administrateurs de soins de santé, nos ambulanciers, l’ensemble du réseau, constitue une spectaculaire somme de diversité et d’harmonie. La photographie devenue virale dans le monde entier de deux médecins du Magen David Adom, un juif et un musulman, priant dans des directions opposées l’un à côté de l’autre près de leur ambulance, a montré une réalité que tous les Israéliens connaissaient et ont personnellement rencontrée. Mais au milieu d’une pandémie qui a mis à l’épreuve la cohésion et l’entraide de la plupart des sociétés dans le monde, cette image a symbolisé la capacité évidente d’Israël à s’élever au-dessus de ses différences profondes et sincères lorsque la coopération, la considération et le respect sont essentiels pour sauver des vies.

Le chef d’état-major de l’armée israélienne, Aviv Kohavi, (à droite), en visite dans la ville de Bnei Brak, dans le centre d’Israël, qui a été pratiquement isolée du reste du pays en raison de l’épidémie de coronavirus, le 5 avril 2020. (Armée israélienne)

Nous avons montré que nous pouvons tenir bon, et être solidaires, tout au long de notre brève histoire moderne. Nous n’aurions pas survécu autrement. Les attaques terroristes constantes de la deuxième Intifada auraient détruit des sociétés les moins résistantes. Les exigences de la conscription – pour une armée qui est fréquemment sollicitée pour défendre ce pays, avec la vie de chaque jeune génération trop souvent mise en jeu – représentent un lourd fardeau, mais la société israélienne l’a assumé. Aujourd’hui, nous relevons à nouveau un défi.

Netanyahu a pratiquement bouclé le pays bien avant que nombre de ses pairs dans le reste du monde n’aient jugé bon de le faire. Ses sombres comparaisons avec la grippe espagnole et les pestes médiévales et ses insinuations que des dizaines de millions de personnes pourraient mourir dans le monde et que des dizaines de milliers de vies israéliennes étaient en danger, semblaient bien loin de la réalité, mais elles ont certainement incité nos citoyens à tenir compte des appels à « rester chez soi » et à montrer notre amour pour les parents âgés et vulnérables en gardant nos distances avec eux.

Bien informés par des médias cohérents et intelligents, avec des journaux télévisés sérieux aux heures de grande écoute qui, dans l’ensemble, évitent le sensationnalisme et l’alarmisme, les Israéliens ont assisté sur leurs écrans aux querelles entre les autorités du ministère de la Santé qui voulaient nous confiner plus drastiquement et plus longtemps, et les chefs du ministère des Finances qui réclamaient la réouverture de l’économie. Si les querelles publiques ont suscité des critiques selon lesquelles les dirigeants ne parviennent pas à prendre une décision, elles ont également permis à notre population assez avertie de reconnaître les incertitudes persistantes liées à la lutte contre ce virus et de tirer ses propres conclusions sur la manière dont nous devrions agir.

Des soignants du Magen David Adom
collectent des tests du coronavirus sur un site mobile le long de la barrière de sécurité autour du camp de réfugiés de Shuafat, à Jérusalem, le 16 avril 2020.
(Yonatan Sindel/Flash90)

Les incidents qui ont fait la une des journaux, qu’il s’agisse de l’homme qui a pris le bus de Haïfa à Jérusalem tout en sachant qu’il était porteur du Covid-19, ou du passager rentré contaminé des États-Unis, de celui qui est allé faire des courses chez IKEA et de celui qui a quitté un centre de quarantaine, l’ont été précisément parce qu’ils sont les rares exceptions frappantes à la règle.

Je ne sais pas à quel point nous, Israéliens, avons intériorisé le fait que, en tant que société, nous nous comportons de manière assez impressionnante en ce moment. Dans ces mêmes journaux télévisés, nous avons vu des reportages sur des pays proches et lointains où les dirigeants ayant tardé à prendre conscience de la menace ou préférant encore la nier, ont adopté des politiques beaucoup moins efficaces. Nous avons vu des pays où les divisions sociales et politiques ont exacerbé le défi de cette période cauchemardesque, des pays affligés par des ruptures de confiance entre les autorités et la population et donc plus vulnérables à la pandémie. Mais sur le plan personnel, ce n’est que lorsque vous parlez à vos parents et amis à l’étranger, et que vous réalisez à quel point certains d’entre eux sont déconcertés par la façon dont leurs dirigeants, autorités et citoyens ont traité, ou n’ont pas traité, le Covid-19, que vous réalisez que le bon sens relatif démontré ici n’est pas nécessairement la norme ailleurs.

Nos divisions familières n’ont pas disparu. En effet, nombre d’entre elles ont joué en parallèle avec cette crise du coronavirus dans l’arène politique, qui a vu une opposition active à Netanyahu s’effondrer, notre Premier ministre qui polarise l’opinion publique est sur la bonne voie pour occuper ses fonctions au moins 18 mois de plus, et la question immensément fatidique de l’annexion de la Cisjordanie est sur le point d’être abordée.

Je ne m’attends pas un instant à ce qu’une nouvelle harmonie s’épanouisse dans nos champs traditionnels de dissension interne. Mais en relevant un défi qui ne fait pas de distinction entre Arabes et Juifs, entre orthodoxes et laïcs, mais qui fait la distinction entre jeunes et vieux, entre personnes en bonne santé et infirmes, Israël – ses dirigeants, ses services médicaux et son public – ont opté pour une réaction large, efficace et qui privilégie la vie.

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