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Décès d’Harold Livingston, pionnier dans l’armée de l’air israélienne et scénariste

Connu pour avoir été un opérateur radio au franc-parler, il a achevé sa mission et est rentré aux États-Unis où il a mené une longue carrière en tant que scénariste et romancier

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Harold Livingston, l'un des fondateurs de l'armée de l'air israélienne, scénariste et romancier, apparaît dans le documentaire " Above and Beyond ", en 2014. (Crédit: Capture d'écran)
Harold Livingston, l'un des fondateurs de l'armée de l'air israélienne, scénariste et romancier, apparaît dans le documentaire " Above and Beyond ", en 2014. (Crédit: Capture d'écran)

Harold Livingston, un aviateur américain qui a participé à la fondation de l’armée de l’air israélienne avant de devenir le scénariste attitré de Star Trek, est décédé jeudi à l’âge de 97 ans, a déclaré son neveu au magazine Variety.

Né en 1924 et élevé à Haverhill, dans le Massachusetts, près de Boston, Livingston a servi comme opérateur radio dans l’armée de l’air américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, son daltonisme l’ayant empêché de devenir pilote.

Au début de l’année 1948, un de ses amis travaillant à la Trans World Airlines l’a contacté pour savoir s’il souhaiterait aider à acheminer des armes aux Juifs de Palestine, alors sous mandat Britannique.

« J’ai reçu une lettre de l’un de mes amis de la TWA. La lettre disait simplement : « Si vous êtes intéressé par le transport de munitions vers la Palestine, appelez ce numéro à New York et demandez Swifty » », se souvient Livingston dans « Above and Beyond », un documentaire de 2014 sur les aviateurs américains qui ont servi dans la guerre d’indépendance d’Israël.

« Je me suis dit, pourquoi pas ? J’ai appelé le numéro. Je savais que ma vie toute entière allait changer. J’en avais tout simplement conscience. »

Swifty était le surnom d’Irwin Schindler, un pilote juif américain qui possédait une petite compagnie aérienne, Service Airways, qu’il avait confiée à la milice pré-étatique Haganah pour qu’elle l’utilise comme façade pour ses opérations. En effet, plusieurs embargos sur les armes – par les États-Unis, le Royaume-Uni et d’autres nations européennes – empêchaient les Juifs de Palestine sous mandataire d’acheter ouvertement du matériel militaire.

Livingston a été l’une des premières personnes à rejoindre ce qui allait devenir l’armée de l’air israélienne.

Avant de se rendre au Moyen-Orient, Livingston a d’abord aidé à recruter d’autres aviateurs, en parcourant les dossiers militaires volés à la recherche de pilotes portant des noms à consonance juive.

Une fois que Service Airways a acquis, illicitement, des avions de transport et trouvé suffisamment d’aviateurs pour les piloter, Livingston et les autres ont quitté les États-Unis à bord d’avions Curtiss C-46 Commando, des surplus de l’armée américaine, pour se rendre en Tchécoslovaquie, d’où ils transportaient du matériel vers la Palestine mandataire.

À l’époque, les milices juives pré-étatiques n’avaient pratiquement pas d’armes lourdes et manquaient cruellement de fusils et de munitions, même les plus élémentaires.

Malgré le rôle crucial des volontaires aériens américains dans la guerre de 1948, leur contribution a été sous-estimée, voire presque ignorée par le gouvernement israélien. Ces dernières années, cependant, un certain nombre de livres et de documentaires relatant leurs efforts ont vu le jour.

Pendant la plus grande partie de la guerre d’indépendance d’Israël, Livingston a servi dans ce que l’on appelait le Commandement du transport aérien – une unité semi-indépendante qui acheminait principalement des avions, des armes et des munitions dont la Haganah et Tsahal avaient terriblement besoin.

Dans certains cas, cependant, Livingston et le commandement effectuaient également des raids de bombardement avec des avions de transport C-46 en « éjectant » les bombes par les portes ; un rail a été installé plus tard pour rendre cette opération un peu plus sûre et plus précise, car le pays ne possédait pas de bombardiers à l’époque.

Les hommes d’Al Schwimmer devant un avion C-46 aux couleurs du Panama. (Crédit: Avec l’aimable autorisation de Boaz Dvir via JTA)

Bien que Livingston se soit farouchement engagé à aider l’État d’Israël naissant, il n’avait aucune intention de rester dans le pays après la guerre et se considérait, sans équivoque, comme un Américain.

Dans « Above and Beyond », Livingston se souvient d’une dispute avec une petite amie israélienne qui voulait qu’il s’installe en Israël après la guerre.

« Non, je suis un yankee, un Américain. Je ne suis ici que pour vous aider. » lui avait-il répondu.

« Tu pourrais nous aider en nous aidant à nous développer. », avait-elle rétorqué.

Il avait mis fin à la discussion en déclarant : « je vous aide à devenir un Etat, n’est-ce pas déjà suffisant ? »

C’est pour cette raison qu’à la fin de l’année 1948, lorsque le commandement des transports aériens devait être intégré à la nouvelle armée de l’air israélienne, Livingston a mené une pseudo-mutinerie. Livingston et un certain nombre d’autres aviateurs ont considéré la dissolution du commandement comme un acte d’ingratitude de la part de l’armée de l’air et comme une menace potentielle pour leur citoyenneté américaine.

Bien que cette disposition soit rarement appliquée aujourd’hui, à l’époque, les Américains risquaient légitimement d’être déchus de leur citoyenneté pour avoir servi dans une armée étrangère, et en effet, un certain nombre de personnes ayant servies dans Service Airways ont été poursuivies par le gouvernement américain, sans pour autant qu’aucune d’entre elles n’ait été déchue de sa citoyenneté.

Livingston et les autres menacèrent de se mettre en grève si le projet se concrétisait, mais les aviateurs américains décidèrent finalement de faire marche arrière, rétractant leur ultimatum et rejoignant l’armée de l’air israélienne.

Peu de temps après, Livingston a terminé sa mission et est rentré aux États-Unis. Il écrit son premier livre quelques années plus tard, The Coasts of the Earth, un roman sur les aviateurs américains qui se sont portés volontaires au service d’Israël. Il écrit deux autres romans puis décida de se tourner vers le monde de la télévision, devenant co-scénariste pour un certain nombre de séries dans les années 1960 et 1970, notamment « Mission : Impossible » et « L’Homme qui valait trois milliards ».

En 1979, il écrit le scénario de « Star Trek : The Motion Picture », un succès au box-office malgré les critiques assez moyennes qu’il reçu pour son rythme considéré comme lent. Pour autant, le film est devenu culte. Paramount Pictures a sorti une version 4K du film début avril.

Livingston est revenu sur son expériences des débuts de l’armée de l’air israélienne en 1994, en écrivant un livre de 262 pages, intitulé No Trophy, No Sword.

Livingston laisse derrière lui ses filles, Leah Livingston Hopkins et Eve Livingston, son fils, David Livingston, et son neveu, Robert Livingston.

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