Dépistage du Covid 2.0 : les tests sérologiques prévus dans l’armée expliqués
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Interview

Dépistage du Covid 2.0 : les tests sérologiques prévus dans l’armée expliqués

L'immunologiste Mordechai Gerlic a commencé à analyser le sang de soldats ; il est convaincu que c'est le meilleur moyen de garantir leur sécurité en mission

Un travailleur de santé prélève du sang sur un malade pour un test d'anticorps à la COVID-19 au Volusia County Fairgrounds de DeLand, en Floride, le 5 mai 2020. (Crédit : AP Photo/John Raoux)
Un travailleur de santé prélève du sang sur un malade pour un test d'anticorps à la COVID-19 au Volusia County Fairgrounds de DeLand, en Floride, le 5 mai 2020. (Crédit : AP Photo/John Raoux)

La course menée par Israël pour pratiquer un grand nombre de tests sanguins pour le dépistage du coronavirus s’intensifie, alors que l’attention ne se porte non plus sur les cliniques civiles, mais sur l’armée, afin, selon les immunologistes, de maintenir les unités militaires à l’abri du virus.

Les tests sanguins, aussi appelés tests sérologiques permettent d’évaluer les unités de l’armée avant de les envoyer en mission, a déclaré Mordechai Gerlic du Centre de lutte contre les pandémies de l’Université de Tel-Aviv, qui effectue des tests à grande échelle au sein de Tsahal dans le cadre d’une étude qui impliquera des milliers de soldats.

Professeur de microbiologie clinique et d’immunologie, Mordechai Gerlic a indiqué qu’avec les tests sérologiques du ministère de la Santé pour les civils qui en sont encore à leurs débuts, son projet représente l’une des utilisations les plus ambitieuses du dépistage sérologique en Israël pour combattre la pandémie.

Il a souligné que cela pourrait permettre à l’armée d’envoyer des unités en mission en toute tranquillité d’esprit en ce qui concerne le coronavirus. Il a suggéré que les tests sérologiques sont plus précis que les tests par écouvillon, et que si tous les soldats d’une unité ont un résultat négatif, l’armée peut « supposer avec 98 % de précision qu’ils sont sains ».

Un soldat israélien à un point de contrôle temporaire à Jérusalem pour contrôler que les Israéliens ne violent pas les restrictions destinées à contenir le coronavirus, 2 avril 2020. (Crédit : Nati Shohat//Flash90)

Contactée par le Times of Israël, l’armée israélienne n’a pas voulu faire de commentaires spécifiques sur ce sujet précis, mais a confirmé sa participation à diverses études médicales qui « font partie de l’aide de l’armée israélienne aux efforts nationaux et internationaux pour combattre le virus », et elle a envoyé un bref aperçu du projet de l’immunologiste qui a été rédigé par l’Université de Tel-Aviv.

Jusqu’à présent, Israël, comme la plupart des autres pays du monde, a surtout utilisé lest tests dits PCR, ou test par écouvillon, pour vérifier la présence du coronavirus. Mais le dépistage sérologique suscite un intérêt croissant au niveau international.

La sérologie ne devrait pas remplacer le test PCR, car elle ne révèle pas si une personne infectée s’est rétablie ou non, et des écouvillons sont encore nécessaires pour les déclarer indemnes du virus une fois que leur état de santé s’est amélioré. Mais les tests sanguins sont considérés comme un outil complémentaire pour les médecins.

Mordechai Gerlic et son collègue, le professeur Ariel Munitz, ont commencé leur projet la semaine dernière, alors que le ministère de la Santé se préparait à lancer l’une des plus grandes campagnes mondiales de tests sérologiques pour la population civile, à l’aide de dizaines de milliers de kits de tests obtenus à l’étranger.

Mordechai Gerlic (assis) et Ariel Munitz (debout) du Centre de lutte contre les pandémies de l’Université de Tel Aviv. (Yoav Biran)

Lorsque les gens se rendront dans les cliniques pour des tests sanguins concernant leur état de santé général, ils se verront bientôt proposer un test sérologique Covid-19 qui leur indiquera s’ils ont été infectés à un moment donné.

Le ministère de la Santé espère que ce test permettra de dresser un tableau de l’étendue du virus en Israël au cours de la première vague, ce qui lui permettra de mieux planifier l’avenir.

Cette image de microscope électronique à transmission montre le SRAS-CoV-2, le virus qui provoque la COVID-19, isolé chez un patient aux États-Unis, émergeant de la surface des cellules cultivées en laboratoire. (NIAID-RML / Wikipédia)

Mordechai Gerlic est optimiste quant à la possibilité que cela permette aux gens d’être déclarés immunisés. Le ministère, en revanche, est circonspect sur la question de savoir si une personne ayant été testée séropositive – c’est-à-dire infectée – sera à l’abri d’une réinfection une fois rétablie, question toujours à l’étude par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Dans une interview accordée au Times of Israël, l’immunologiste a déclaré que les rapports selon lesquels des personnes contractent le virus deux fois, ce qui prouverait qu’il n’y a pas d’immunité, sont des « infox ». Le Wall Street Journal vient de rapporter que 160 Sud-Coréens avaient été testés positifs pour le coronavirus après leur rétablissement, et les hôpitaux en Israël ont rapporté au moins deux cas de ce type, mais Mordechai Gerlic pense que ces affirmations ne sont pas fiables.

Il est convaincu que les tests sérologiques auront des avantages significatifs en termes de rapidité, de coût et de précision du dépistage, de planification des futures épidémies et – à mesure que la recherche progresse – de déclaration d’immunité.

Vous avez commencé à dépister des soldats. Les tests sérologiques permettent de détecter si une personne possède des anticorps. Si c’est le cas, cela signifie qu’ils sont contaminés où ont été contaminés par le passé. Comment interprétez-vous ce résultat ? 

Si tous les membres d’une unité est négative aux anticorps, on peut supposer, avec 98 % de précision, qu’ils sont tous sains et qu’il n’y a aucune crainte à avoir à déployer leur unité de façon isolée. Si des personnes ont été testées positives par PCR, on peut alors procéder à un test sérologique pour voir à quel point ils ont propagé l’infection, et si le protocole d’isolation qui a été mis en place a été efficace. S’il a été efficace, le virus ne s’est pas propagé, et le reste de l’unité peut continuer ses opérations normalement.

Mordechai Gerlic (à gauche) et Ariel Munitz du Centre de lutte contre les pandémies de l’Université de Tel Aviv. (Avec l’aimable autorisation de l’Université de Tel Aviv)

Qui s’avère contaminé lors d’un dépistage sérologique ?

Quiconque a vu le virus [entrer dans son corps] par définition, qui a été contaminé montrera normalement la présence d’anticorps. Peut-être qu’il ou elle a été asymptomatique, mais qu’ils sont encore infectés, et cela se verra.

Pourquoi le dépistage sérologique suscite tant d’enthousiasme ?

C’est plus fiable que le test par écouvillon, parce que les anticorps restent plus longtemps dans notre corps. À long terme, cela nous permettra de dire si une personne est immunisée. Cela ne sera pas du 100 %, mais c’est une première étape pour affirmer si une personne est immunisée.

Des membres du personnel de MDA effectuent des tests de dépistage du coronavirus par écouvillonnage. (Photo : Magen David Adom Israël)

Nous reviendrons à l’immunité d’ici peu, mais d’abord, comment peut-on comparer les tests par écouvillon et les sérologies en termes de coûts et de rapidité ?

Je peux effectuer sans problème 2 500 tests par jour dans mon laboratoire, ce qui représente plus d’un quart du nombre total de tests par écouvillon effectués en une journée à l’échelle nationale. Il faut une heure pour traiter les tests, mais une personne peut en faire plusieurs en une heure, et cela sans recourir à la robotique. Si nous introduisons la robotique, ce sera beaucoup plus rapide. J’estime que le coût pourrait représenter un tiers du coût d’un test PCR.

Votre logique, c’est que si vous voyez des anticorps, c’est que la personne a été contaminée, et est donc immunisée. Mais l’OMS n’est pas encore arrivée à cette conclusion, et des questions sur ce principe subsistent.

C’est toujours une question, et ce que nous pouvons dire jusqu’à présent, c’est que nous savons qu’une personne qui a été contaminée possède des anticorps, mais nous ne savons pas s’ils sont bons. Cependant, nous espérons pouvoir conclure, après d’autres recherches, qu’il y a une immunité et dire qui est immunisé. Nous espérons pouvoir dire, par exemple, que nous allons peut-être mettre ce médecin, ou d’autres membres du personnel, dans le service des coronavirus parce qu’il ou elle a des anticorps.

Des soldats sud-coréens portant des équipements de protection pulvérisent du désinfectant pour lutter contre la propagation du coronavirus COVID-19, dans un quartier commercial de Séoul, le 4 mars 2020. (Jung Yeon-je / AFP)

Beaucoup de gens disent que la supposée immunité est mise en doute par les cas signalés de personnes infectées à deux reprises. Selon vous, cela est-il exact ?

C’est une sorte d’infox. Si vous prenez ce qui existe, la plupart des histoires de personnes réinfectées viennent de Corée du Sud, et les cas sont si peu nombreux qu’ils sont statistiquement insignifiants et représentent probablement des erreurs de tests par écouvillon. Nous ne savons pas vraiment, mais d’après tous les résultats obtenus jusqu’à présent, il n’y a pas vraiment de preuve de réinfection.

Vos perspectives d’immunité ne se limitent pas aux anticorps. Vous espérez également que les cellules immunitaires connues sous le nom de cellules T empêchent les gens d’être réinfectés. Dites-nous-en davantage.

Une grande partie de notre immunité ne provient pas des anticorps. Dans les cercles profanes, tout le monde parle d’anticorps, mais en réalité, une partie importante de notre immunité provient de cellules spécifiques, les cellules T, et ces cellules peuvent reconnaître de petits fragments du virus que l’on trouve normalement dans celles infectées. Ces cellules T vont généralement tuer les cellules infectées et arrêter le développement du virus.

Liat Edry-Botzer prépare des échantillons pour des tests sérologiques au laboratoire de l’université de Tel Aviv dirigé par Mordechai Gerlic et Ariel Munitz. (Yoav Biran)

Pendant que vous examinez les soldats, on parle beaucoup des tests sérologiques pour les civils, afin d’aider les autorités à se faire une idée de la situation sanitaire du pays. Comment ces « renseignements » seront-ils utilisés ?

Pour l’instant, nous avons une connaissance limitée de l’étendue du virus, mais si les tests sérologiques nous indiquent qu’un pourcentage élevé de la population a déjà eu le virus et possède des anticorps, alors il n’y aura peut-être pas besoin de mettre les gens en quarantaine en cas de seconde vague. De plus, si 50 % des gens avaient des anticorps, cela pourrait signifier que nous disposons d’une immunité collective. Si c’est le contraire, et que seul un très faible pourcentage de personnes a rencontré le virus, cela orientera la politique gouvernementale dans la direction opposée.

Pouvez-vous expliquer simplement comment fonctionne ce test sérologique ?

La machine que nous utilisons n’est pas récente. Ce qui est nouveau, c’est que nous avons mis au point un protocole et déterminé quelle protéine prélever sur le virus pour les tests. Nous recouvrons une certaine surface avec cette protéine et nous prélevons des anticorps dans le sang testé. Si des anticorps de coronavirus sont présents, ils se fixent à la protéine et nous savons que le résultat du test est positif.

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