Des banques de Gaza vont distribuer l’aide du Qatar à 100 000 familles
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Des banques de Gaza vont distribuer l’aide du Qatar à 100 000 familles

Chaque famille pauvre de l'enclave côtière bénéficiaire va recevoir 100 dollars à partir de dimanche

Un Palestinien montre un billet de 100 dollars reçu dans le cadre de l'aide de 480 millions de dollars allouée par le Qatar à la bande de Gaza, le 13 mai 2019.(MOHAMMED ABED / AFP)
Un Palestinien montre un billet de 100 dollars reçu dans le cadre de l'aide de 480 millions de dollars allouée par le Qatar à la bande de Gaza, le 13 mai 2019.(MOHAMMED ABED / AFP)

Dimanche, des banques de la bande de Gaza vont commencer à distribuer les aides du Qatar à 100 000 familles palestiniennes dans le besoin, a déclaré le Comité qatari de Reconstruction de Gaza vendredi.

Tôt jeudi matin, Mohammed al-Emadi, l’envoyé qatari qui préside le comité, a traversé la frontière vers Gaza.

L’année dernière, les banques ont versé 100 dollars, à plusieurs reprises, à des dizaines de milliers de familles de l’enclave côtière dans le besoin, sur les fonds alloués par Doha.

Ce versement est le dernier en date du Qatar pour aider à payer le carburant, l’électricité et des denrées à la population de Gaza, l’émirat du Golfe ayant prévu une enveloppe totale de 330 millions de dollars dans le cadre d’accords plus larges négociés sous l’égide de l’ONU et l’Egypte qui prévoient l’allégement du blocus d’Israël sur l’enclave palestinienne en échange d’un calme relatif à la frontière.

Plus de 150 millions de dollars ont déjà été versés et s’ajoutent à des montants importants payés ces dernières années par le Qatar pour Gaza, enclave de deux millions de Palestiniens à l’économie minée et avec un taux de chômage avoisinant les 52 %, selon la Banque mondiale.

Israël a autorisé le Qatar à livrer régulièrement des millions de dollars en espèces dans la bande de Gaza afin d’aider à stabiliser la situation du territoire, en évitant ainsi un effondrement de la situation humanitaire et des violences supplémentaires.

« L’argent est essentiel (…) car sans cela Gaza se retrouverait dans une position où plus personne ne peut survivre ou vivre », a déclaré M. El-Emadi lors d’un entretien samedi soir dans son bureau de Gaza, à l’hôtel al-Mashtal.

« Nous savons que la situation est très mauvaise. C’est pourquoi notre argent aide (la population) et aide à prévenir une nouvelle guerre. »

Les millions ne sont pas « la seule aide » du riche émirat à Gaza, nuance-t-il. « Il y a l’aide, les communications, l’information (…) Et nous nous coordonnons directement avec les personnes qui peuvent prendre des décisions. »

Le paiement de cette semaine pour 100 000 familles marque une augmentation du nombre de bénéficiaires par rapport aux deux derniers paiements, où 60 000 familles avaient reçu de l’aide.

L’augmentation visait à « alléger le fardeau de la population de la bande de Gaza au vu de la difficile situation humanitaire dans laquelle elle vit », a déclaré le comité sur son site internet.

Le communiqué précisait que le versement intervient alors que les élèves des écoles et des universités de Gaza doivent commencer leur année scolaire.

Les bénéficiaires ont été choisis par le comité en coordination avec le ministère du Développement spécial de Gaza contrôlée par le Hamas. Le processus pour distribuer l’argent devrait s’étaler plusieurs jours.

Mohammed al-Emadi (centre), président du Comité national du Qatar pour la Reconstruction de Gaza, arrive à une conférence de presse à Gaza ville, le 25 janvier 2019. (Mahmud Hams/AFP)

La visite d’Emadi devait durer quelques jours et comprendre des discussions sur des projets d’infrastructure financés par l’émirat du Golfe dans la bande de Gaza.

Ses centaines de millions de dollars d’aide et son rôle d’intermédiaire entre les islamistes du Hamas et Israël permettent au Qatar d’éviter une nouvelle guerre à Gaza, soutient l’envoyé spécial de l’émirat dans l’enclave palestinienne.

Sa visite intervient dans un contexte d’intenses tensions entre Israël et les groupes terroristes basés à Gaza. Des roquettes ont été tirées sur Israël depuis l’enclave tard mercredi, tôt jeudi, et le week-end dernier, entraînant des frappes de ripostes israéliennes. Tard jeudi soir, des soldats israéliens ont blessé un homme palestinien qui lançait des grenades dans leur direction à travers la frontière nord de Gaza. Plus tôt ce mois, on a assisté à plusieurs tentatives d’infiltration terroristes en Israël.

Pour l’envoyé spécial du Qatar, les conditions ne sont pas réunies, à l’approche d’échéances électorales israéliennes, pour discuter d’une solution à plus long terme pour la bande de Gaza.

« En l’état actuel des choses, une nouvelle guerre à Gaza serait catastrophique pour l’enclave et sa population », remarque M. El-Emadi qui dit avoir eu des rencontres avec les branches politique et armée du Hamas et des entretiens séparés avec des responsables israéliens.

Le Qatar, comme la plupart des pays arabes, n’a pas de relations diplomatiques formelles avec Israël, et son envoyé spécial a refusé de spécifier l’identité de ses interlocuteurs côté israélien.

Vendredi, des milliers de Palestiniens ont protesté violemment le long de la frontière entre Gaza et Israël, et certains émeutiers ont participé à des affrontements violents avec des soldats israéliens. Environ 8 500 Palestiniens ont participé aux manifestations, l’un des chiffres de participation les plus élevés de ces derniers mois.

Certains émeutiers ont lancé des engins explosifs, des grenades et des cocktails Molotov sur les soldats israéliens. L’armée a répondu avec du gaz lacrymogène et parfois à balles réelles. Le ministère de la Santé de Gaza dirigé par le Hamas a affirmé que 122 Palestiniens ont été blessés dans les affrontements, dont 50 par des tirs israéliens.

Un Palestinien renvoie une grenade de gaz lacrymogène sur des soldats israéliens lors d’affrontements le long de la barrière de sécurité entre la bande de Gaza et Israël, à l’est de la ville du sud de Gaza de Khan Younis, le 23 août 2019. (Said Khatib/AFP)

Vendredi, le Hamas a salué les terroristes responsables de l’attaque à la bombe en Cisjordanie qui a coûté la vie à une jeune israélienne de 17 ans et blessé sérieusement son père et son frère.

Le deuxième groupe terroriste le plus important de Gaza, le Jihad islamique a déclaré que l’attaque était « une réponse naturelle aux actions des forces d’occupation et des groupes d’habitants d’implantations contre le peuple palestinien ». L’organisation terroriste a dit que  » la résistance vit et se propage… et continuera à se renforcer tant que l’agression contre notre peuple continuera ».

Le soutien qatari en carburant a permis de faire passer à environ 10 heures par jour l’électricité publique fournie à Gaza, contre quatre heures en moyenne auparavant selon l’ONU.

La trêve a aussi permis de relever la zone de pêche des Gazaouis en Méditerranée et le dossier des permis de travail en Israël a aussi été abordé, selon M. Emadi.

Interrogé sur les motivations réelles du Qatar, soupçonné de vouloir accroître son influence régionale au détriment de ses rivaux comme l’Arabie saoudite, l’envoyé spécial se cantonne à une réponse humanitaire : « Notre préoccupation, c’est les gens, c’est de sauver des vies, d’améliorer les conditions de la population ».

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