Des chercheurs à Jérusalem développent une injection contre les superbactéries
Rechercher

Des chercheurs à Jérusalem développent une injection contre les superbactéries

Le traitement, qui permet d'administrer par intraveineuse un médicament jusqu'alors topique, "révolutionne" la lutte contre les bactéries résistantes aux antibiotiques

Agrandi de 20 000X, ce micrographe électronique à balayage (MEB) coloré représente un groupe de bactéries Staphylococcus aureus (MRSA) résistantes à la méthicilline. (Crédit : Janice Carr/Public Health Image Library PHIL)
Agrandi de 20 000X, ce micrographe électronique à balayage (MEB) coloré représente un groupe de bactéries Staphylococcus aureus (MRSA) résistantes à la méthicilline. (Crédit : Janice Carr/Public Health Image Library PHIL)

Des chercheurs israéliens affirment avoir mis au point une injection intraveineuse pour lutter contre les superbactéries des hôpitaux – des bactéries qui résistent à la plupart des antibiotiques actuels.

Yechezkel Barenholz, de la faculté de médecine de l’Université hébraïque de Jérusalem et de l’école de médecine Hadassah, a déclaré au Times of Israël que ce traitement « révolutionnait » la lutte contre les bactéries résistantes aux antibiotiques.

Le traitement pourrait être particulièrement utile alors que le monde lutte contre la pandémie de coronavirus, de nombreux patients développant des infections bactériennes secondaires.

Une étude publiée dans The Lancet, une prestigieuse revue médicale britannique, a suivi un échantillon dans lequel un patient sur deux décédé du coronavirus avait développé une infection secondaire.

« Les patients atteints de coronavirus reçoivent souvent des antibiotiques à titre préventif, mais il existe encore des cas d’infections dues à des bactéries qui ont développé une résistance aux antibiotiques », explique Yechezkel Barenholz, qui dirige le laboratoire de recherche sur les membranes et les liposomes à la faculté de médecine Hadassah.

Si les patients atteints de coronavirus sont particulièrement vulnérables, les bactéries résistantes aux antibiotiques préoccupent grandement les médecins. Elles constituent une menace majeure pour la santé mondiale, selon l’Organisation mondiale de la santé et les Centers for Disease Control américains.

Yechezkel Barenholz de la Faculté de médecine de l’Université hébraïque de Jérusalem (Crédit : l’Université hébraïque)

Grâce au financement des Instituts nationaux de la santé aux États-Unis et à l’aide du Centre Helmholtz pour la recherche sur les infections en Allemagne, l’équipe de Yechezkel Barenholz a utilisé les nanotechnologies pour mettre au point une forme d’injection de mupirocine. Elle affirme que ce médicament antibiotique topique commun, souvent vendu sous forme de pommade Bactroban, s’est révélé particulièrement efficace pour lutter contre les superbactéries.

« Nous avons trouvé des personnes infectées par des bactéries difficiles à traiter avec d’autres médicaments, puis nous avons infecté des animaux avec leurs bactéries, et nous avons traité avec succès les animaux en utilisant ce médicament », indique le chercheur. Les bactéries testées incluaient un type de gonorrhée pour lequel un antibiotique n’a pas encore été identifié, et le Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline, qui réagit à une gamme limitée d’antibiotiques, qui sont sujets à des effets secondaires.

« C’est très excitant étant donné que nous avons traité une bactérie qui est résistante à tous les antibiotiques mais qui n’est pas résistante à ce médicament », se réjouit Yechezkel Barenholz.

Il a ajouté que la mupirocine était connue depuis longtemps pour ses fortes propriétés antibiotiques, mais comme elle ne pouvait qu’être appliquée sur la peau, son utilisation était limitée dans le traitement des infections hospitalières. « Le médicament sur lequel nous avons travaillé est le même [que la pommade] mais nous avons changé la façon dont il est administré, ce qui permet de l’injecter », indique-t-il. « Maintenant, il peut être utilisé de manière sélective, pour atteindre les tissus de l’infection ».

Des membres du personnel de l’hôpital Ichilov de Tel Aviv déplacent un patient vers un nouveau service, le 22 mars 2020. (Crédit : Yossi Zamir / Flash90)

Ce fut un processus difficile car, sans modification intense, la mupirocine se dissout normalement dès qu’elle est injectée dans le corps.

Le médicament reformulé est appelé nano-mupirocine, en raison de la complexité des nanotechnologies utilisées dans le processus.

Ce procédé consiste à envelopper la substance dans un liposome artificiel, que Yechezkel Barenholz décrit comme « une très petite boule, une nano-boule, avec une coquille, de l’eau à l’intérieur, et la substance dans l’eau ». Elle comprend également un mécanisme qui s’apparente à une « minuscule pompe » qui « aspire le médicament en très forte concentration exactement là où il doit aller ».

Il a déclaré que cette méthode de pointe pour l’administration du médicament le rend différent de la plupart des autres antibiotiques, et a prédit que cela signifiera que si les bactéries développent une résistance à son médicament, ce sera un processus lent. Il a expliqué : « Comme l’antibiotique se trouve dans un liposome, le corps y est moins exposé aux antibiotiques qu’à la normale, et par conséquent la résistance [bactérienne] se développerait plus lentement ».

D’après le chercheur, l’injection est en cours de préparation pour des tests cliniques et pourrait être approuvée d’ici quatre mois.  » Nous espérons que lorsqu’il y aura une deuxième vague de coronavirus, ce sera un outil pour les médecins afin de prévenir l’impact des bactéries résistantes ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...