Des dérives universitaires à la Sorbonne
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Des dérives universitaires à la Sorbonne

Une journaliste a tenté de réhabiliter Dieudonné dans un "canular universitaire", salué par une professeure

Illustration : vue de l'Université de la Sorbonne à Paris, jeudi 19 septembre 2013 (Crédit : AP Photo / Rémy de la Mauvinière)
Illustration : vue de l'Université de la Sorbonne à Paris, jeudi 19 septembre 2013 (Crédit : AP Photo / Rémy de la Mauvinière)

Dans une série de onze articles pour le magazine Le Point, la journaliste Anna Breteau a passé un semestre en « cultural studies » à la Sorbonne.

Sa série, intitulée « Dérives à la Sorbonne », s’intéresse ainsi aux « cultural studies », « c’est-à-dire les thèmes qui touchent au genre, aux inégalités, au racisme et à leur traitement médiatique ».

Dans son 7e article, intitulé « La place des Juifs dans les ‘cultural studies’, elle expliquait que la « question des concurrences mémorielles » y était abordée avec « beaucoup d’ambiguïté ».

Une enseignante, qui avait déjà soutenu le controversé « Parti des Indigènes de la République » lors d’un cours précédent, avait alors évoqué « l’histoire de la Shoah qui a une place particulièrement importante, une place qui n’a pas été gagnée d’emblée. C’est le fruit d’un long processus pour la faire reconnaître. Il y a des histoires qui sont mises sur le devant de la scène et des histoires effacées. Ce sont donc bien des enjeux de pouvoir ».

Dans un autre cours sur la montée de l’islamophobie en France, un professeur avait déclaré que « Zemmour s’illustre plutôt avec une rhétorique proto fasciste… en plus, de la part de quelqu’un qui est Juif par ailleurs. Finkielkraut, c’est un peu différent, vous avez quelqu’un de Juif qui, par obsession identitaire, va hiérarchiser les cultures. Et puis aussi, encore et toujours, comprendre le mal, le nazisme, etc. Bon, en même temps, on peut le comprendre, par son histoire familiale ». Des propos jugés « tout à fait étonnants dans ce cadre » par la journaliste. « Enfin, pas besoin des Juifs pour verser dans le racisme, les cathos font ça très bien aussi », avait ajouté le professeur.

Dans son 11e article, la journaliste explique avoir monté un « canular universitaire » autour de la réhabilitation de Dieudonné afin de « tenter de voir jusqu’où pouvaient aller les théories les plus fumeuses ».

Le but était ainsi de « réhabiliter Dieudonné, que l’on fera passer pour la victime d’un traitement médiatique injuste » via une étude intitulée « Affaires Yann Moix et Dieudonné : l’illustration d’une hégémonie blanche dans les médias ».

« C’était bien, votre devoir, je vous ai mis une très bonne note », a réagi la professeure au devoir, qui a obtenu 16/20.

« Alors que l’humoriste semble bénéficier d’une étonnante indulgence dans le monde des cultural studies, nous nous sommes engagés dans une thèse pour le moins houleuse : et si l’antisémitisme de Dieudonné n’était qu’une forme de résistance à la domination blanche dans la sphère publique ? », écrit la journaliste.

La théorie : « Yann Moix aurait bénéficié d’un traitement de faveur parce que blanc, et Dieudonné, d’accusations excessives parce que ‘racisé’. »

La journaliste explique avoir utilisé et tronqué différentes sources de presse censées valider son étude, sans utiliser celles la contredisant. Si la correctrice a regretté le manque de sources, elle a néanmoins validé l’analyse qui en était faite.

« Par une série de syllogismes plus ou moins grossiers, notre raisonnement se construit ainsi : les propos antisémites sont fermement exclus de la sphère publique, majoritairement blanche, bourgeoise et masculine. Dieudonné tient des propos antisémites. Donc Dieudonné fait œuvre de résistance à la domination blanche dans la sphère publique », explique la journaliste. « C’était très bien, j’ai trouvé ça convaincant », a noté la correctrice.

Elle ajoute avoir trouvé « ‘tout à fait défendable’ l’idée que les médias sont structurés par une domination blanche, masculine et bourgeoise ».

La professeure n’a jamais condamné le fond du devoir mais a tout de même regretté sa forme. « Quelqu’un qui voudrait détraquer vos propos pourrait vous reprocher de réhabiliter Dieudonné », a-t-elle indiqué. « Ne vous bridez pas, mais essayez d’adopter des formes d’écriture pour faire passer ce que vous voulez dire. Trouvez des stratégies d’écriture », a-t-elle osé conseiller afin de mieux défendre une telle idée.

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