Des expats Israéliens cultivent l’ambiance ‘kibboutz’ dans le paradis hawaïen
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« Les gens ne déménagent généralement pas à Hawaï pour être Juifs »

Des expats Israéliens cultivent l’ambiance ‘kibboutz’ dans le paradis hawaïen

Sur la Grande île, l'agriculture biologique et le désir de revenir à la nature attirent de manière surprenante une communauté juive unie

Michael Manor, propriétaire du label 'Miracle de Mère Nature", et sa fille, directrice de bureau, Shahar Groode, au siège de la ferme sur l'île de Hawaï (Crédit : Lisa Klug / Times of Israel)
Michael Manor, propriétaire du label 'Miracle de Mère Nature", et sa fille, directrice de bureau, Shahar Groode, au siège de la ferme sur l'île de Hawaï (Crédit : Lisa Klug / Times of Israel)

KONA, Hawaii – De l’autre côté de la planète par rapport à sa terre native israélienne, Michael Manor passe ses journées dans la nature hawaïenne bien au-dessus de la mer. Depuis une colline surplombant le Pacifique, ce vétéran de la marine israélienne cultive la terre volcanique riche en minéraux.

« J’aime être dans la nature », dit Manor, la soixantaine longiligne, dont le service militaire a coïncidé avec la guerre de Kippour. « C’est bien plus nourrissant pour mon âme ».

Manor fait partie de ce petit nombre de Juifs qui ont pris racine – littéralement – sur la Grande île d’Hawaii. Non seulement ces expats embrassent cette oasis tropicale comme leur nouveau chez eux, mais en plus ils labourent également le sol du plus grand site de l’archipel hawaïen.

Dispersés entre les zones plus touristiques de l’île, ces agriculteurs se sont engagés à produire une large gamme de produits biologiques, parfois sur des terres auparavant occupées par les usines de canne à sucre de l’île, autrefois très fréquentes. Leurs cultures vont des légumes verts au café primé, du miel brut aux fruits tropicaux. Mais même au paradis, les conditions ne sont pas toujours favorables.

L’année dernière, en fait, le mauvais temps a entraîné des pertes agricoles considérables. Mais ce printemps, les législateurs hawaïens ont institué des crédits d’impôt à l’appui des agriculteurs biologiques. Cette loi historique est la première de son genre aux États-Unis.

Voilà de bonnes nouvelles pour Manor, qui cultive sur l’île depuis 1996 et exploite l’une des activités biologiques les plus établies.

Michael Manor avec un panier de légumes biologiques cultivés dans sa ferme, le Miracle de Mère Nature. Les végétaux sont très recherchés par les chefs locaux (Crédit : Lisa Klug/Times of Israel)
Michael Manor avec un panier de légumes biologiques cultivés dans sa ferme, le Miracle de Mère Nature. Les végétaux sont très recherchés par les chefs locaux (Crédit : Lisa Klug/Times of Israel)

Dans les années 1970, après son service à Tsahal, Manor a travaillé dans les vergers d’agrumes, de retour chez lui, au kibboutz Ruhama près de Sderot. C’est alors, dit-il, qu’il a pris conscience pour la première fois des risques du contrôle classique des insectes – non seulement pour la terre et les consommateurs, mais aussi pour ceux travaillant dans les champs.

« Les mêmes produits chimiques que tout soldat israélien apprend à éviter dans la guerre chimique sont proches des composés utilisés dans les pesticides », dit Manor. « Le phosphore organique et les gaz neurotoxiques sont la même chose… La première fois que j’ai commencé à travailler dans le verger du kibboutz, j’ai lu les ingrédients des pesticides à haute voix. Les autres se moquaient de moi ».

Sous son label, le Miracle de Mère Nature, Manor fait pousser de la roquette biologique certifié, du fenouil, du chou frisé, de la moutarde, du persil, du mesclun et d’autres légumes verts. Il produit également les fleurs comestibles et les bébés feuilles de shiso, coûteuses et colorées, appréciées des chefs locaux.

« Les mêmes produits chimiques que tout soldat israélien apprend à éviter dans la guerre chimique sont proches des composés utilisés dans les pesticides »

L’origine volcanique de Hawaii continue d’influer sur le sol.

« Il conserve les minéraux et les nutriments de manière très spéciale », dit Manor. « L’astuce est de le faire travailler pour vous ».

L’équipe de Manor comprend les travailleurs dans les champs, un manager des ventes et du marketing, et un directeur de bureau – sa fille, Shahar Groode, mariée et mère de trois enfants. Le résultat intensif de la récolte est transformé dans ce que Manor appelle « la cuisine ».

« Le nettoyage est une grande partie de la préparation des mescluns de salade », dit Manor. « Il faut en fait plus de temps pour laver, nettoyer et mettre en sac, que pour récolter et cultiver ».

Manor est amical avec les autres Israéliens locaux, y compris Shai Yerlick, un ancien restaurateur qui a passé des années dans la baie de San Francisco.

Yerlick et sa femme, Trina, gèrent une chambre d’hôtes de de cinq chambres dans un quartier paisible près de la touristique Ali’i Drive à Kona. Les sols offrent un assortiment de plantes en fleurs, avec avocat, orange, citron, citron vert, goyave, petites bananes de Cuba et fruits de la passion.

Les hôtes profitent de repas en plein air dans le 'lanai', le porche extérieur traditionnel à Hawaï. Avant de gérer une chambre d'hôtes, Shai Yerlick s'occupait d'une entreprise de restauration qui fonctionnait bien, dans les environs de San Francisco (Crédit : Facebook)
Les hôtes profitent de repas en plein air dans le ‘lanai’, le porche extérieur traditionnel à Hawaï. Avant de gérer une chambre d’hôtes, Shai Yerlick s’occupait d’une entreprise de restauration qui fonctionnait bien, dans les environs de San Francisco (Crédit : Facebook)

En hawaïen, le fruit de la passion se dit lilikoi. Inspirés, les Yerlicks ont nommé leur logement le Lilikoi Inn.

En plus de toutes les verdures extérieures, la cuisine du jardin de l’auberge donne également des tomates, haricots verts, aubergines, oignons verts, menthe, coriandre, basilic, chou frisé, cherimoya et corossol. Les prochaines au menu ? Les dattes Medjool – cultivées à partir de noyaux récupérés dans un lot acheté au Costco à proximité.

Les pesticides, dit Yerlick, ne sont pas utilisés.

« Bien sûr, j’ai des problèmes avec les insectes, mais pourquoi rajouter des problèmes ? », dit Yerlick.

Leur entreprise se fait davantage par passion que pour le profit.

« Nous espérons réussir à couvrir nos frais avec le café », dit Yerlick. « Le B & B c’est ce qui nous rapporte des sous ».

« Tout ce que vous voyez, je l’ai construit »

Les Yerlick ont déménagé vers l’île tempérée de Holualoa, bien au-dessus de l’aéroport international de Kona, après avoir visité l’île il y a neuf ans. Shai, originaire de Herzliya, avait géré une entreprise de restauration réussie dans la East Bay de San Francisco, « peignant » sa signature sous forme de couchers de soleil et autres modèles avec du paprika et du curcumin en poudre sur ses plateaux de houmous.

Sur l’île, Yerlick travaille la terre, gère les agriculteurs bénévoles recrutés grâce au wwoofing, et approvisionne les repas servis en plein air, sur le lanai, le porche extérieur hawaïen traditionnel. Un jacuzzi, un chemin de pierre et une douche en plein air sont plantés au milieu du verger, semblable à la jungle.

« Tout ce que vous voyez, je l’ai construit », dit Yerlick.

Trina, éducatrice chevronnée qui enseigne également l’anglais langue étrangère, gère l’auberge et les réservations. Une petite ménagerie de poulets, deux chiens, un chat et un cochon ventru nommé « Kosher » se déchaîne.

« Pour autant que je sache, c’est le seul porc casher au monde »», dit Yerlick.

Plus au sud, dans la région du Capitaine Cook, dont la baie homonyme attire les plongeurs, une autre ferme a des racines juives. Comme Yerlick, Una Greenaway et son mari, Leon Rosner, cultivent le café Kona biologique.

Una Greenway, cultivatrice bio et présidente du Kona Beth Shalom, dans sa ferme de la région de Captain Cook sur la Grande île d'Hawaï (Crédit : Lisa Klug/Times of Israel)
Una Greenway, cultivatrice bio et présidente du Kona Beth Shalom, dans sa ferme de la région de Captain Cook sur la Grande île d’Hawaï (Crédit : Lisa Klug/Times of Israel)

Ils commercialisent également des noix de macadamia, du chocolat fait avec du cacao cultivé-maison, des bananes de Cuba déshydratées et des fruits tropicaux. Dans leur ligne exotique, on trouve la Jabotica brésilienne, qu’ils récoltent, puis cuisent en confiture pour la vendre en ligne sur KuaiwiFarm.com.

Greenaway, dont le père était un réfugié allemand, a déménagé sur l’île en 1977 de Guerneville, en Californie dans le cadre du « mouvement de retour à la terre ».

« Dès le premier jour, nous avons voulu créer [notre ferme] biologique », explique Greenaway, présidente de l’Association agricole organique d’Hawaï. « Nous voulions la sauver de son passé pesticide ».

« Nous avons créé un Shabbaton avec Zalman Schachter, mon expérience la plus spirituellement satisfaisante »

Les cinq acres de la ferme Kuaiwi comprennent 1 900 caféiers et 20 arbres de noix de macadamia.

« Nous plantons davantage en permanence », dit Greenaway, qui est aussi présidente de la Congrégation non affiliée Kona Beth Shalom.

Depuis plus de 30 ans, KBS organise des programmes culturels et des services de vacances spirituelles. Des religieux lui ont rendu visite, notamment le rabbin Zalman Schachter-Shalomi, Jack Gabriel, Laura Duhan Kaplan et Daniel Lev, qui vivent sur l’île voisine d’Oahu.

« Quand nous avons fait un grand Shabbaton avec Zalman Schachter en 2008 ou 2009, ce fut mon expérience la plus spirituellement satisfaisante », explique Greenaway.

Les services du Shabbat ont lieu seulement une fois par mois.

« Les gens ne se déplacent généralement pas à Hawaï pour être Juif », dit Greenaway. « Hawaii est généralement le symbole du départ ».

Pour leur voisine Whendi Grad, qui, en se mariant a rejoint une famille d’apiculteurs, l’éducation des jeunes juifs dans le Pacifique l’a incitée à s’affilier au KBS, où ses enfants ont célébré leurs bar et bat mitzvah.

« On ne m’a jamais élevée dans une tradition très religieuse, mais ça a toujours fait partie de nous », dit Grad, dont le fils était en visite en Israël lorsqu’elle a communiqué avec le Times of Israel. « J’ai toujours eu des amis juifs. »

Grad et son mari Garrett Puett sont les co-propriétaires et dirigeants Big Island Bees, qui produit du miel biologique à partir d’une seule fleur, de la cire d’abeille et un large éventail de produits annexes. Ce déménagement a transformé leur mode de vie vers une grande simplicité et davantage de beauté.

Des apiculteurs entourés de centaines de milliers d'abeilles dans la ferme apicole de Big Island Bees. Whendi Grad et son mari Garrett Puett produisent du miel biologique, à partir d'une seule fleur et d'autres produits dans les environs de Captain Cook sur la Grande île (Crédit : Facebook)
Des apiculteurs entourés de centaines de milliers d’abeilles dans la ferme apicole de Big Island Bees.
Whendi Grad et son mari Garrett Puett produisent du miel biologique, à partir d’une seule fleur et d’autres produits dans les environs de Captain Cook sur la Grande île (Crédit : Facebook)

« C’est une belle vie », dit-Grad. « Elle est très connectée. »

Vraiment, tout est lié, selon Manor.

« En tant qu’agriculteur, vous devez tout savoir : la comptabilité, l’agriculture, les relations humaines », dit Manor. « Voilà pourquoi il est difficile pour les agriculteurs de réussir ».

Au milieu de 18 acres où poussait autrefois la canne à sucre, Manor est revenu à la plantation et la récolte régulières. Et, en tant que descendant présumé du philosophe italien, kabbaliste et éthicien du 18e siècle, Rabbi Moché Hayim Luzzatto (alias le Ramchal), Manor étudie la philosophie au cours de ses soirées. Au coucher du soleil, ses champs resplendissants résonnent des champs des oiseaux, des grenouilles et des aboiements des chiens au loin. À bien des égards, il n’est pas si loin de sa première maison.

« C’est comme un kibboutz ici », dit Manor : « Tout le monde connaît tout le monde ».

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